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Visas aux États-Unis : le rêve américain à l'épreuve de Trump

Pour des dizaines de milliers de Français installés outre-Atlantique, la politique migratoire du 47ème président américain a bouleversé le quotidien. Entre hausse des coûts, allongement des délais et incertitude juridique, le chemin vers le visa est devenu un parcours du combattant.

Un passeport et un visa pour les Etats-UnisUn passeport et un visa pour les Etats-Unis
Pour des milliers de Français, s'installer aux États-Unis n'a jamais été aussi compliqué.
Écrit par Anne-Lorraine Bahi
Publié le 6 avril 2026

 

 

Vivre et travailler aux États-Unis : le rêve américain à l'épreuve de Trump

 

Il fut un temps où obtenir un visa américain relevait d'un processus certes complexe, mais prévisible. Aujourd'hui, pour les Français qui souhaitent s'installer, travailler ou simplement voyager aux États-Unis, la donne a changé. Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier 2025, les règles du jeu se réécrivent à un rythme que même les avocats spécialisés peinent à suivre.

 

Le H-1B, visa-phare des travailleurs qualifiés, dans la tourmente

 

Un drapeau américain et le mot H1-B Visa en lettre de scrabble

C'est le visa de référence pour les ingénieurs, développeurs et professionnels qualifiés qui veulent exercer aux États-Unis. Plus de 30 000 Français en dépendent. Et depuis septembre 2025, il est au cœur d'une réforme brutale. La mesure phare frappe par son ampleur : le coût d'un visa H-1B est passé de quelques centaines de dollars à 100 000 dollars, une somme que doivent désormais payer les entreprises américaines souhaitant recruter un salarié étranger.

Concrètement, cela signifie que les start-up, les PME et les universités — grands employeurs de Français expatriés — se retrouvent dans l'impossibilité d'absorber un tel surcoût. Une procédure judiciaire avait tenté de bloquer cette mesure en décembre 2025, sans succès.

Mais le choc financier n'est pas le seul problème. Les délais administratifs s'allongent dramatiquement : on parle désormais de trois à cinq ans pour l'obtention d'une carte verte, et de près de deux ans pour un simple renouvellement de visa. Pour les familles, la situation est particulièrement anxiogène. Les conjoints des titulaires de H-1B, bénéficiaires du visa H-4, subissent une instabilité chronique : leur autorisation de travail, accordée sous Obama, supprimée sous Trump, rétablie sous Biden, est de nouveau suspendue à partir de 2026.

 

Le système de loterie réformé : priorité aux mieux payés

À partir du cycle de mars 2026, le tirage au sort aléatoire qui présidait jusqu'ici à l'attribution des visas H-1B est remplacé par un système pondéré par le salaire. En clair : plus l'employeur propose une rémunération élevée, plus les chances d'obtenir le visa sont importantes. Les projections de l'USCIS estiment que les dossiers au niveau de salaire le plus élevé pourraient atteindre environ 60 % de probabilité de sélection, contre seulement 15 % pour les niveaux d'entrée.

Pour les jeunes diplômés français qui débarquent avec leur premier emploi, la fenêtre se referme.

 

Touristes et visiteurs : l'ESTA plus cher, les réseaux sociaux peut-être bientôt obligatoires

Ce durcissement ne concerne pas seulement les travailleurs. Les simples visiteurs sont aussi touchés. Depuis le 30 septembre 2025, le coût de l'ESTA — l'autorisation de voyage électronique indispensable pour entrer aux États-Unis — a quasiment doublé, passant de 21 à 40 dollars.

Et ce n'est peut-être qu'un début. Il est possible que les touristes français pourraient être tenus de fournir l'historique de leurs réseaux sociaux des cinq dernières années, leurs numéros de téléphone et leurs adresses e-mail utilisés depuis dix ans, ainsi que les coordonnées détaillées des membres de leur famille.

 

ESTA et réseaux sociaux obligatoires : le vrai du faux

 

Une Amérique qui se ferme — et ses conséquences

Les effets se font déjà sentir : les arrivées internationales vers les États-Unis ont reculé de 6,3 % en 2025. Certains y voient une opportunité pour la France. Olivier Piton, avocat et conseiller à l'Assemblée des Français de l'étranger, le reconnaît lui-même : « Un certain nombre de candidats à l'expatriation pourraient apporter leur plus-value et leurs compétences à la France plutôt qu'aux États-Unis. »

Reste que pour les Français déjà installés, le message est clair : s'informer, anticiper, et consulter un avocat spécialisé avant d'entreprendre la moindre démarche. Dans l'Amérique de Trump, l'imprévisibilité est devenue la seule constante.

 

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