Mannequin dans sa jeunesse, une carrière entière dans la tech en Silicon Valley jusqu'au poste de directeur informatique, danseur au Carnaval de Rio : Eric Roul s'est inscrit à Next Runway Star, un concours dont le gagnant défilera à la New York Fashion Week et repartira avec 20 000 dollars. Portrait d'un homme aux multiples facettes et qui refuse de croire que les rêves ont une date de péremption.


Il y a des reconversions discrètes, et il y a celle-là. À 64 ans, alors que beaucoup commencent à compter les trimestres qui les séparent de la retraite, Eric Roul s'est inscrit à un concours de mannequinat ouvert au vote du public. Après plusieurs tour de votes, il fait maintenant partie des top 10.
Je défile pour montrer à quoi ressemblent la confiance, la résilience et la joie après une vie d'expériences.
« À 64 ans, je ne défile pas pour prouver que l'âge n'a pas d'importance », explique-t-il dans sa candidature. « Je défile pour montrer à quoi ressemblent la confiance, la résilience et la joie après une vie d'expériences. »
Trois vies en une
Le parcours tient en trois pricipaux chapitres qui, sur le papier, n'ont rien à faire ensemble, et pourtant…
D'abord le mannequinat, dans sa jeunesse — le monde des castings, des lumières et des podiums. Puis, virage à 180 degrés : l'informatique. Une carrière longue de plusieurs décennies, menée dans la Bay Area, dans les couloirs beaucoup moins glamour des serveurs, des architectures réseau et des projets d'infrastructure, jusqu'à des fonctions de direction IT. Sur LinkedIn, il se présente aujourd'hui comme un dirigeant technologique international — CTO, CIO, consultant — avec l'arsenal de compétences qui va avec : infrastructure, sécurité, télécoms, gestion de projet.
Entre les deux, quatre enfants élevés, un pays quitté, une culture nouvelle apprivoisée. C'est peut-être là que se cache le vrai fil rouge : « J'ai élevé quatre enfants formidables, construit une carrière dans la technologie, embrassé de nouvelles cultures, et affronté les difficultés de la vie avec de la résilience plutôt qu'avec des regrets », résume-t-il. Ce dont il dit être le plus fier n'est ni un titre ni une promotion : « c'est de n'avoir jamais cessé de grandir ».
Troisième chapitre, donc : la scène.
Danseur au carnaval de Rio

Plusieurs années de suite, Eric Roul est parti au Carnaval. Pas en touriste installé dans les gradins avec une caïpirinha : en danseur. Le costume, la chaleur, les heures de préparation, et le moment où il faut tenir le rythme devant une foule qui ne pardonne pas l'approximation. Voilà un homme qui gérait des projets d'infrastructure informatique le lundi et qui, quelques semaines plus tard, dansait au milieu de l'une des plus grandes fêtes de la planète.
C'est le détail qui explique tout le reste. Entre le mannequinat de ses vingt ans et le concours d'aujourd'hui, il n'y a pas eu quarante ans de sommeil suivis d'un réveil brutal : il n'a jamais cessé de monter sur scène. Le Carnaval était un des rendez-vous, ainsi que sa participation aux spectacles de danse des la compagnie Harmony Dance plusieurs années de suite.. Son imitation de Michael Jackson, moonwalk compris, que ses proches connaissent bien, en est le prolongement domestique.
Ce qui, soit dit en passant, remet le concours à sa juste place : un homme qui a dansé à Rio n'a pas peur d'un podium. Ce que Next Runway Star lui offre, ce n'est pas une reconversion. C'est un projecteur.
Un podium à New York, 20 000 dollars et une cause
Next Runway Star n'est pas un casting d'agence. C'est une compétition numérique ouverte à tous les adultes, quels que soient l'âge, la morphologie ou l'expérience — l'inscription est gratuite, et c'est le public qui vote.
Le prix est loin d'être symbolique. Le vainqueur défile comme mannequin vedette au Rise Fashion Show pendant la New York Fashion Week, empoche 20 000 dollars, bénéficie d'un coaching de podium, d'un stylisme signé par un grand créateur, du coiffage et du maquillage professionnels, et de billets d'avion et d'hôtel pour lui et jusqu'à trois invités.
Derrière l'événement, une association : Rise, fondée par Amanda Nguyen, désignée femme de l'année par le magazine Time. Rise milite pour les droits des victimes d'agressions sexuelles et revendique plus d'une centaine de lois adoptées aux États-Unis. Son défilé, qui en est à sa sixième édition, a déjà attiré des figures comme Paris Hilton ou l'acteur Terry Crews, et des maisons comme Chloé ou 3.1 Phillip Lim ont habillé ses mannequins.
Un point de transparence, tout de même : chaque votant dispose d'un vote gratuit par jour, mais il est aussi possible d'acheter des votes supplémentaires. Ces achats ne sont pas des dons et ne sont pas déductibles fiscalement — l'organisateur s'engage de son côté à reverser au minimum 25 % de ses bénéfices nets à l'association.
La route jusqu'à la finale du 5 septembre
La compétition avance par éliminations successives, et le rythme est soutenu. Le tour du top 10 s'est ouvert le 3 août, et se referme le 7. Suivront le top 5 (7-11 août), les finales de groupe (11-15 août), un tour de repêchage pour les deuxièmes et troisièmes (15-18 août), les quarts (18-28 août), les demies (29 août-1er septembre), puis la finale du 2 au 5 septembre. Le nom du vainqueur doit tomber le 6 septembre au plus tard.
Autrement dit : d'ici un mois, le vainqueur sera annoncé. Et si c’était un francophone de la Bay Area?.
La beauté du message derrière le podium
Ce qui frappe, dans ses réponses, c'est que le podium n'y occupe finalement qu'une place secondaire. Ce qu'Eric Roul décrit, c'est une démonstration.
« Cette expérience serait bien plus qu'un défilé — ce serait la célébration d'une vie pleinement vécue », dit-il. « À 64 ans, elle prouverait que les rêves n'ont pas de date d'expiration et que le courage est intemporel. » Il espère parler à ceux qui pensent avoir laissé passer leur tour : « Si une seule personne décide de poursuivre un rêve parce qu'elle m'a vu sur ce podium, alors cette opportunité aura eu bien plus de valeur que la mode. »
Et les 20 000 dollars ? Il a déjà un plan. Aider d'abord certains membres de sa famille qui en ont besoin. Puis investir dans une plateforme personnelle pour porter ce message plus loin — contenus professionnels, travail avec des photographes et des coachs. Le reste irait à des causes tournées vers les jeunes, autour de la confiance en soi, de l'éducation et de l'accès aux opportunités.
Il y a, dans cette candidature, une phrase qui résume assez bien le personnage : « La vraie confiance, ce n'est pas d'avoir l'air parfait. C'est d'avoir le courage de continuer à se réinventer tout en restant fidèle à qui l'on est.
Comment voter pour Eric Roul
Rendez-vous sur nextrunwaystar.com. Un vote gratuit par jour et par personne, après vérification du compte. Et c'est là que ça devient intéressant : les compteurs se renouvellent. Chaque journée ouvre droit à un nouveau vote, chaque tour repart de zéro. Un vote acquis aujourd'hui peut donc être un vote de demain, puis d'après-demain — c'est la régularité, plus que le nombre, qui fait avancer un candidat.
Reste un dernier argument, et c'est sans doute le meilleur : il n'arrive pas si souvent que la communauté francophone de la Baie puisse envoyer l'un des siens défiler à la New York Fashion Week.







