Il y a des projets qui ne tiennent qu'à un fil — celui, ténu mais solide, d'une rencontre entre deux personnes qui ne se cherchaient pas vraiment, mais qui se sont trouvées au bon moment. Drôle de Choeur, La chorale francophone montée par Céline Bonnier et Cathy Kehon est de ceux-là. Un an et demi après ses débuts, elle rassemble vingt-sept choristes tous les lundis soir, chante 100 % a cappella, et s'apprête à donner son prochain concert le dimanche 10 mai au Community Center de Los Altos. Mais derrière les harmonies, il y a surtout l'histoire d'un duo dont l'entente saute aux yeux dès qu'on les écoute parler.


Une étincelle venue de France
L'idée naît dans l'esprit de Cathy. De passage en France, elle assiste à une répétition de la chorale de sa cousine et en ressort bouleversée. « Je suis sortie de là profondément émue », raconte-t-elle. De retour dans la Baie, le manque se fait sentir : aucune chorale francophone à l'horizon, et cette envie de chanter qui ne la quitte plus. Il lui faut quelqu'un. Pas n'importe qui — quelqu'un de musicien, capable de tenir la barre artistique d'un projet encore informe.
Le hasard fait le reste. Céline, musicienne aguerrie et compositrice, vient justement de poster une annonce pour donner des cours de chant privés. Cathy la contacte. Les deux femmes ne se connaissent pas. Mais dès la première rencontre, Cathy comprend qu'elle a trouvé la bonne personne. Elle propose alors quelque chose que Céline n'avait pas anticipé : ne pas faire des cours privés, mais monter une chorale, ensemble.
La place de chacune, sans qu'on en parle
Je me suis sentie à ma place
Ce qui frappe quand on les écoute, c'est la fluidité avec laquelle chacune occupe son rôle — sans rivalité, sans flou, sans ego. Cathy est l'instigatrice, celle qui fédère, qui veille sur la cohésion humaine du groupe. Céline est la directrice artistique, et elle le revendique avec une simplicité désarmante : « Je me suis sentie à ma place. »
Cette répartition n'a jamais été décrétée. Elle s'est imposée d'elle-même, comme une évidence. Quand Cathy parle de Céline, c'est avec une reconnaissance manifeste pour le travail colossal qu'elle abat dans l'ombre. Quand Céline parle de Cathy, c'est avec gratitude pour avoir cru en elle avant même qu'elle ne se voie elle-même à la tête d'une chorale. Entre elles, pas de leadership disputé : deux femmes qui se font confiance, et qui célèbrent ce que l'autre apporte.
Un répertoire pour tout le monde
L'objectif, c'est d'inclure même celles qui ne savent pas chanter mais qui veulent partager le plaisir d'être ensemble
La chorale chante exclusivement en français, et exclusivement de la pop : Juliette Armanet, Angèle, Mylène Farmer, Françoise Hardy, Dalida. Pas de classique, pas de variété datée — un patrimoine pop francophone qui parle à toutes les générations.
C'est Céline qui compose les arrangements. Tous. Elle écrit les deuxièmes et troisièmes voix, enregistre chaque pupitre séparément, ajuste les volumes pour que les choristes puissent travailler leur partie chez elles. Un travail d'orfèvre, pensé pour une obsession : que chacune trouve sa place, y compris celles qui n'ont pas l'oreille musicale ou qui n'ont jamais lu une partition. « L'objectif, c'est d'inclure même celles qui ne savent pas chanter mais qui veulent partager le plaisir d'être ensemble », explique Céline.
Le pari est ambitieux, surtout en a cappella — sans instrument pour rattraper les fragilités. Mais c'est précisément ce qui force le groupe à se réapproprier les chansons, à les transformer, à les surprendre.
La solidarité comme moteur
La musique fédère, elle crée de la solidarité
Le lundi soir, durant les répétitions, il se passe quelque chose qui dépasse la musique. Les choristes s'entraident pupitre par pupitre — les graves apprennent aux aiguës, les médianes corrigent les rythmes, des amitiés naissent. Des bénévoles se proposent spontanément pour les tâches logistiques. « La musique fédère, elle crée de la solidarité », résume Cathy.
Cette dynamique, les deux fondatrices la cultivent sans la forcer. Elles n'ont pas voulu monter une association formelle, ni cadrer le projet outre mesure. « On est plutôt un groupe d'amies », sourit Cathy. Le projet grandit pourtant tout seul : on est passé de vingt-quatre à vingt-sept membres, une session de jour vient d'ouvrir pour les mères qui ne peuvent pas venir le soir, et les sollicitations affluent.
Cap sur San Francisco
Et le mouvement ne devrait pas s'arrêter là. Forte de l'élan de la South Bay, la chorale envisage désormais de se développer à San Francisco dans un avenir proche, pour offrir aux francophones du Nord de la Baie le même rendez-vous hebdomadaire qui a fait son succès à Los Altos. Le format reste à inventer — sessions dédiées, antenne autonome, partenariat avec une institution locale — mais l'envie est là, et elle répond à une demande qui se fait entendre depuis plusieurs mois. Un moyen, aussi, de continuer à fédérer la communauté francophone au-delà des frontières naturelles de la péninsule.
Rendez-vous le 10 mai
Le prochain concert aura lieu le samedi 10 mai au Community Center de Los Altos, et l'entrée est gratuite. Un moment convivial est prévu après le spectacle pour que le public, les familles et les choristes puissent échanger autour d'un verre.
Pour celles qui souhaiteraient rejoindre l'aventure à la prochaine session — y compris à San Francisco quand le projet y prendra forme — les inscriptions se feront directement auprès de Céline et Cathy. Pour cela, envoyez un message ici. Une chose est sûre : on ne rejoint pas seulement une chorale. On rejoint un duo qui a réussi le plus difficile — créer un espace où chacune trouve sa voix.
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