Directrice générale de l'Alliance française de San Diego, elle a reçu le 1ᵉʳ juin dernier le Trophée Lifting Up Legacy, sponsorisé par Delta, lors de la première édition des Trophées des Français de l'Ouest américain, en présence de Paul Salvaire, Vice-Consul général de France à San Francisco, représentant la Consule générale Valérie Brisset. Portrait d'une passionnée qui a fait de la transmission du français et des cultures francophones sa mission.


Une reconnaissance inattendue
Cette reconnaissance a donc une vraie valeur pour moi.
Le 1ᵉʳ juin dernier, lorsque le jury des Trophées des Français de l'Ouest américain a prononcé son nom pour le Trophée Lifting Up Legacy, Julie Ripoll était sincèrement surprise.
« Je ne m'attendais pas à recevoir ce trophée. Cela m'a fait très plaisir, d'autant que je lis Le Petit Journal depuis sa création. Cette reconnaissance a donc une vraie valeur pour moi. »
Au-delà de la fierté personnelle, la distinction vient éclairer un travail dont une grande partie reste invisible. Les événements, les cours, les festivals — c'est la face visible de l'Alliance. Derrière, il y a le reste : gestion d'équipe, finances, marketing, recherche de financements, partenariats, sécurité, stratégie. Tout ce qui fait qu'une organisation tient debout sans que personne ne s'en aperçoive vraiment.

Des débuts sans moyens et presque seule
Mon travail est beaucoup plus facile aujourd'hui parce que je suis entourée d'une équipe formidable
Janvier 2022. Julie Ripoll pousse pour la première fois la porte de l'Alliance française de San Diego en tant que directrice générale. Treize membres. Presque plus d'événements sociaux depuis des mois. À ses côtés, une seule collègue — Amélie Chappaz, directrice pédagogique — et dans les caisses, à peine de quoi tenir. Le conseil d'administration en place, arrivé au terme d'un cycle, peine à accompagner la transformation qui s'impose.
Elle présente une vision, ambitieuse : reconstruire la communauté, professionnaliser l'organisation, redonner à l'Alliance une place centrale dans la vie culturelle de la ville.
« Les débuts ont été très difficiles. Il fallait revoir toute la stratégie, mais aussi faire fonctionner l'Alliance au jour le jour. Il n'y avait pas d'argent et très peu de personnes pour m'aider. Je devais à la fois imaginer l'avenir de l'organisation et accomplir tout ce qui permettait simplement de la faire fonctionner. »
Elle ne maintient pas l'existant. Elle reconstruit.
Quatre ans plus tard : plus de 600 membres, des revenus multipliés par cinq, trois salariées à temps plein — une première dans toute l'histoire du chapitre — et une quinzaine de collaborateurs et d'enseignants à temps partiel. Elle est la première à tempérer.
« Mon travail est beaucoup plus facile aujourd'hui parce que je suis entourée d'une équipe formidable. Je sais ce que représente le fait de travailler sans elle — et c'est aussi pour ça que je mesure pleinement sa valeur. »
Faire vivre un héritage centenaire
Nous avons la responsabilité de préserver ce qui a été construit avant nous
La catégorie Lifting Up Legacy ne pouvait pas mieux tomber pour une institution qui célébrera son centenaire en 2027. Un héritage qui n'a pas toujours été simple à porter — plusieurs faillites dans l'histoire, des archives comptables qui ne remontent qu'aux années 1980.
C'est là que réside l'enjeu pour Julie Ripoll : non seulement développer, mais construire quelque chose d'assez solide pour aborder un deuxième siècle.
« Nous avons la responsabilité de préserver ce qui a été construit avant nous, mais aussi de préparer l'Alliance pour les générations suivantes. Un héritage ne peut rester vivant que si l'on continue à le faire évoluer. »
Dans l'écosystème philanthropique américain, une distinction portée par une entreprise internationale comme Delta pèse concrètement — elle ouvre des portes, donne de la crédibilité, attire de nouveaux soutiens. Le trophée remis à la veille du centenaire servira, elle y compte.
Le pari du San Diego French Film Festival
Sa plus grande fierté ? Le San Diego French Film Festival. À son arrivée, le projet existe sur le papier. Budget de départ : zéro. Elle ne connaît rien à l'industrie cinématographique — mais elle sait organiser des événements, et après plus de dix ans à San Diego, elle connaît la ville.
Elle refait tout : lieu, identité, communication. Et elle fait un pari risqué — revenir en présentiel dès 2022, en pleine incertitude sanitaire, alors que les salles ferment les unes après les autres. Pour convaincre les gens de sortir à nouveau, elle mise sur la fête : un gala, un film feel-good à l'ouverture, plusieurs heures de musique francophone.
Ça marche.
Le festival accueille aujourd'hui plus de mille spectateurs. Il représente 10 % du budget de l'Alliance. Il permet de faire venir à San Diego des cinéastes et des acteurs francophones — la dernière marraine était Julie Delpy. La prochaine édition aura lieu du 25 au 29 avril 2027.
Une maison pour la communauté
Nous avons une maison à nous, un endroit où les gens peuvent se sentir bien.
En 2024, l'Alliance déménage dans de nouveaux locaux à University City : quatre salles de classe, une cuisine, une bibliothèque, des espaces pour expositions et projections. Et une fontaine dans le patio — détail auquel Julie Ripoll tient particulièrement.
« Le jour où nous avons ouvert, je me suis dit : ça y est, nous avons une maison à nous, un endroit où les gens peuvent se sentir bien. »
Après des années dans des salles sans fenêtres, l'Alliance a enfin un espace harmonieux à son image avec même, une fontaine dans la cour.
Un parcours qui l'a préparée à diriger
Rien de tout ça n'était prévisible. Avant San Diego, Julie Ripoll dirigeait un système d'information géographique dans une commune des Alpes-Maritimes et siégeait comme conseillère municipale dans une autre. Elle interrompt sa carrière pour suivre son conjoint aux États-Unis, comme le font encore beaucoup de femmes dans cette situation.
Elle se lance dans le bénévolat, apprend les rouages du fundraising américain, retourne étudier à UCSD, crée une activité d'accompagnement des francophones, publie des cahiers pédagogiques sur l'histoire de San Diego. En 2021, elle obtient un MBA à l'IAE Paris-Sorbonne.
Quand le poste de directrice générale de l'Alliance se présente, tout ce qu'elle a traversé converge vers un seul point. Chaque détour avait une raison.
Faire grandir l'Alliance sans oublier ceux qui la construisent
Je ne pouvais pas accepter seule une évolution dont mon équipe ne bénéficiait pas.
Cette expérience des débuts influence aussi sa manière de diriger. Lorsque le conseil d'administration lui propose enfin un poste à temps plein, Julie Ripoll refuse tant que ses deux collaboratrices ne peuvent pas, elles aussi, bénéficier d'une amélioration de leur situation.
« Je ne pouvais pas accepter seule une évolution dont mon équipe ne bénéficiait pas. »
Aujourd'hui, le contraste est immense : l'organisation autrefois presque dépourvue de moyens dispose d'une équipe structurée et de salariées à temps plein. Pour Julie Ripoll, ce chemin parcouru compte autant que la croissance financière ou le succès des événements.
Le Trophée Lifting Up Legacy ne vient donc pas seulement célébrer un résultat. Il reconnaît les années difficiles, le travail accompli dans l'ombre et la transformation progressive d'une institution appelée à durer.
À l'approche de ce centenaire, Julie Ripoll voit cette distinction moins comme un aboutissement que comme un encouragement à poursuivre.
« Nous avons fait le choix de vivre loin de notre pays, mais tout ce qui nous y rattache compte : la langue, la culture, la nourriture et les souvenirs. Plus nous nous rassemblons, plus nous sommes forts. »
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