Directrice générale de l'Alliance française de San Diego, elle a reçu le 1ᵉʳ juin dernier le Trophée Lifting Up Legacy, sponsorisé par Delta, lors de la première édition des Trophées des Français de l'Ouest américain, en présence de Paul Salvaire, Vice-Consul général de France à San Francisco, représentant la Consule générale Valérie Brisset. Portrait d'une passionnée qui a fait de la transmission du français et des cultures francophones sa mission.


Trophée Lifting Up Legacy : un travail invisible, un impact bien réel
Cela a une vraie valeur pour moi
La nouvelle l'a prise de court. « J'étais très contente, et je l'avoue assez surprise aussi. Je ne m'attendais pas à être sélectionnée, donc cela m'a fait très plaisir. » D'autant qu'elle mentionne qu'elle lit le petit journal de San Francisco depuis sa création em 2024 journal et que : « Cela a une vraie valeur pour moi ».
Si la distinction compte à ce point, c'est qu'elle vient éclairer une activité dont on ne perçoit d'ordinaire que la surface. « Le travail que je fais est parfois compliqué, il y a beaucoup de choses invisibles, et les gens ne réalisent pas toujours ce qu'il y a derrière, c'est a dire une équipe formidable et un travail minutieux », explique-t-elle. Le reste suit : « Cette reconnaissance, c'est aussi une manière de redonner un élan pour continuer à porter de beaux projets. »
Une soirée de trophées, entre émotion et humilité
Le 1ᵉʳ juin, ce sont les autres qui l'ont marquée. Eva Villanueva d'abord, assise juste à côté d'elle, « stressée, pleine d'humilité ». Puis les autres nommées, avec lesquelles elle a longuement échangé : « elles ont toutes des parcours formidables ».
De quoi la ramener, dit-elle, à une juste mesure de sa propre action : « Je ne suis pas au niveau de quelqu'un qui sauve des femmes battues. » Elle en convient volontiers, l'impact d'une association comme la sienne ne se voit pas toujours — et c'est précisément ce qu'un tel trophée vient corriger.
La plus belle réaction est d'ailleurs venue de là où elle ne l'attendait pas. Quelques membres lui ont écrit pour la féliciter, surtout ses collègues américaines qui l'ont le plus émue, le jour où elle a posé l'objet sur une table du bureau de l'Allinace Française. « Pour elles, c'était quelque chose de tangible, d'extraordinaire — surtout que Delta est une grosse entreprise américaine. Je crois que nous, les Français, on y accorde parfois moins d'importance que les américains. »
Ce que ce trophée apporte à l'Alliance française de San Diego
Lifting Up Legacy : la catégorie récompense ceux qui font vivre un héritage. Difficile de trouver plus littéral. L'Alliance française de San Diego fêtera ses 100 ans l'an prochain, et son histoire est plus accidentée qu'on ne l'imagine — plusieurs faillites, des archives comptables qui ne remontent qu'à 1982. « Je suis justement en train de retrouver tout ça pour préparer nos 100 ans », confie Julie Ripoll.
Pour une institution qui a longtemps manqué de reconnaissance et de moyens, ce trophée agit comme un coup de projecteur bienvenu, une visibilité qui, espère-t-elle, pourra profiter à la fois au rayonnement de l'Alliance et à sa capacité à mobiliser de nouveaux soutiens, dans un écosystème américain où le prestige d'une distinction pèse concrètement dans la levée de fonds.
La nouvelle l'a cueillie à froid. « J'étais très contente, et assez surprise aussi. Je ne m'attendais pas à être sélectionnée, donc ça m'a fait très plaisir. » Une joie doublée d'un attachement particulier : ce journal, elle le lit depuis longtemps. « Ça avait une vraie valeur pour moi. »
Si la distinction compte à ce point, c'est qu'elle vient éclairer une activité dont on ne perçoit d'ordinaire que la surface. « Le travail que je fais est parfois compliqué, il y a beaucoup de choses invisibles, et les gens ne réalisent pas toujours ce qu'il y a derrière. Cette reconnaissance, c'est aussi une manière de redonner un élan pour continuer à porter de beaux projets. »
Sponsorisé par Delta, ce trophée est habituellement remis par Virginie Durr. Empêchée cette année, c'est la directrice de l'Alliance française de San Francisco, Noémie Hérail qui lui a remit ce trophée — un joli hasard de circonstance, une Alliance française en honorant une autre, une amie en relayant une autre.

Sa plus grande fierté : le San Diego French Film Festival
Interrogée sur le moment fort de son mandat, Julie Ripoll pense d'abord à un chantier qu'on lui a confié presque vide : lancer un festival de cinéma français. « Je ne connaissais rien à l'industrie du cinéma, mais je savais organiser des événements. » Budget de départ : zéro.
Elle refait tout — lieu, image, marketing — et impose un festival en présentiel dès 2022, alors que l'incertitude sanitaire pèse encore et que les salles ferment les unes après les autres. Sa réponse tient en un mot : la fête. Un gala, un film feel good à l'ouverture, douze heures de musique francophone. Le pari est gagné : le festival pèse aujourd'hui 10 % du budget de l'Alliance, comble une partie du déficit de l'année et permet de faire venir réalisateurs et acteurs francophones sur les autres journées de programmation. La prochaine édition se tiendra du 25 au 29 avril 2027.
Une réussite qu'elle ne s'attribue pas seule. Julie Ripoll insiste sur le travail de son équipe, souvent invisible : formations avec un policier francophone, avec des pompiers, sexual harassment training, gestes de premiers secours — la sécurité de l'Alliance repose sur un plan qu'elle a mis en place avec ses collègues, une première selon le consul adjoint. Et quand le conseil d'administration lui propose enfin un poste à temps plein, elle refuse tant que ses deux collaboratrices, payées à l'heure, n'obtiennent pas le même statut. « Je me suis sentie tellement coupable par rapport à elles que je suis repassée à mi-temps en paye — même si dans les faits, j'ai toujours fait un temps plein. » Une fierté qui, pour elle, se conjugue toujours au pluriel.
Reste un autre moment marquant, plus personnel : l'installation en 2024 dans de nouveaux locaux, après des années de salles sans fenêtres. « Ça y est, on a une maison à nous, où on se sent bien. »
Un parcours au service du français
Rien de tout cela n'était écrit. Avant les États-Unis, Julie Ripoll dirigeait un système d'information géographique dans une commune des Alpes-Maritimes et siégeait comme conseillère municipale. Elle a tout arrêté pour suivre son conjoint — « comme le font énormément de femmes dans cette situation », précise-t-elle.
À San Diego, son visa lui interdit de travailler pendant cinq ans, le temps d'obtenir la green card. Elle se lance dans le bénévolat, y découvre l'écosystème du fundraising américain, retourne étudier à UCSD, puis enchaîne une entreprise d'accompagnement des francophones, des cahiers pédagogiques et un MBA obtenu en 2021. Quand une amie lui signale que l'Alliance cherche une directrice générale, tout ce qu'elle a accumulé converge enfin vers un seul objet.
Un festival né de rien, une équipe traitée à égalité, une Alliance qui prépare son siècle : difficile de dire laquelle de ces réussites compte le plus pour elle. Mais toutes répondent, au fond, à la même conviction. « On a fait le choix d'être loin de notre pays, mais tout ce qui nous y rattache compte — que ce soit la nourriture, la langue ou la culture », résume-t-elle.
À noter : l'Alliance française de San Diego recrute activement des enseignants pour la rentrée. N'hésitez pas à les contacter ici.
Loin de la France, une langue ne se transmet pas toute seule : elle tient à des gens qui refusent de la laisser filer, une classe, un gala, une équipe à la fois. « Plus on se rassemble, plus on est forts. »
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