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Pessah 2026 : la fête de la liberté célébrée par les Juifs du monde entier

Cette année, Pessah coïncide avec la Semaine Sainte chrétienne et le Vendredi Saint — une confluence rare qui invite au dialogue interreligieux. Pour la communauté francophone juive de la Bay Area, c'est l'occasion de perpétuer un rituel millénaire, entre transmission et identité.

Pessah avec du pain azym, une torah et du vinPessah avec du pain azym, une torah et du vin
Écrit par Anne-Lorraine Bahi
Publié le 4 avril 2026

Une fête fondatrice : la sortie d'Égypte

Pessah — le mot signifie « passage » en hébreu — est l'une des fêtes les plus importantes du calendrier juif. Elle commémore la libération du peuple hébreu de l'esclavage en Égypte, telle que la rapporte le livre de l'Exode : après quatre siècles de captivité sous le joug de Pharaon, Dieu envoie dix plaies sur l'Égypte pour contraindre ce dernier à laisser partir le peuple de Moïse. La dixième, la mort de tous les premiers-nés égyptiens, emporte la décision. Les Hébreux fuient alors si précipitamment qu'ils n'ont pas le temps de laisser lever leur pain — d'où la matsa, le pain azyme, symbole central de la fête.

Au-delà de la commémoration historique, Pessah est avant tout une fête de l'identité : c'est le moment fondateur où les Hébreux émergent comme peuple. « Dans chaque génération, chacun est tenu de se considérer comme s'il était lui-même sorti d'Égypte », rappelle le Talmud. Une injonction qui fait de Pessah une expérience aussi personnelle que collective.

 

Le Séder : un repas, un récit, une transmission

Le cœur de la célébration est le Séder — mot hébreu signifiant « ordre » — qui se tient le premier soir de la fête (et le deuxième soir pour les communautés de la diaspora, dont font partie les Juifs de la Bay Area). C'est un repas hautement ritualisé, conduit selon un ordre précis consigné dans la Haggada, le récit de la sortie d'Égypte.

Autour de la table familiale, on retrouve les éléments emblématiques du plateau du Séder :

  • La matsa, pain sans levain, en mémoire de la fuite précipitée hors d'Égypte
  • Le maror, herbe amère (souvent raifort), pour rappeler l'amertume de l'esclavage
  • Le haroset, mélange sucré de fruits et de noix, symbolisant le mortier utilisé par les esclaves hébreux
  • Un os d'agneau, rappel du sacrifice pascal
  • Un œuf dur, symbole de cycle et de renouveau

Quatre coupes de vin rythment la soirée. Et c'est le plus jeune enfant qui pose la question inaugurale — « En quoi cette nuit est-elle différente des autres nuits ? » — ouvrant ainsi le récit que les aînés transmettent aux nouvelles générations. Une pédagogie de la mémoire au cœur même du rituel.

 

Ashkénazes et Séfarades : deux traditions, une même fête

Dans la communauté francophone — qui rassemble aussi bien des Juifs d'origine nord-africaine (Maroc, Tunisie, Algérie) que d'Europe de l'Est — Pessah se célèbre avec des nuances culturelles distinctes, mais une même ferveur.

Les Séfarades, très représentés parmi les Juifs francophones de la Bay Area, apportent à la table des saveurs particulières : la harissa pour le maror, des chants liturgiques aux mélodies orientales, et dans certaines familles marocaines, la tradition du Mimouna — une grande fête joyeuse célébrée à l'issue de Pessah, marquant le retour au hamets (levain) avec des pâtisseries au miel et une convivialité ouverte à tous les voisins.

Les Ashkénazes, eux, s'astreignent souvent à l'interdiction des kitniot (légumineuses, riz, maïs) en plus du levain, une rigueur qui marque la différence entre les deux grandes traditions.

À San Francisco, le Chabad — mouvement juif mondial réputé pour son accueil sans condition —propose chaque année un Séder communautaire ouvert à tous — fidèles, étudiants, expatriés de passage — dans l'esprit de l'accueil qui caractérise la fête. La synagogue séfarade Magain David, fondée en 1935, perpétue quant à elle les rites issus de la tradition séfarade.

 

Les dates en 2026 : Pessah en diaspora

Cette année, Pessah débute le mercredi 1er avril 2026 au soir et se clôt le jeudi 9 avril au soir pour les communautés de la diaspora — soit huit jours de célébration, contre sept en Israël. Les deux premiers soirs (1er et 2 avril) sont ceux des Séders. Pendant toute la durée de la fête, tout aliment contenant du levain — pain, pâtes, bière, viennoiseries — est banni du foyer.

 

Une confluence rare avec Pâques et le Vendredi Saint

Cette année, la temporalité est particulièrement éloquente sur le plan interreligieux. Le Vendredi Saint catholique et protestant tombe les 2 et 3 avril — au cœur même de Pessah. Les Pâques orthodoxes se tiendront le 12 avril. Une proximité qui n'est pas accidentelle : la résurrection du Christ est célébrée par les chrétiens comme une Pâque nouvelle, héritière directe de la Pâque juive. Jésus lui-même célébrait le Séder avec ses disciples la nuit précédant sa crucifixion.

Pour les Juifs et les chrétiens francophones de la Bay Area, ce chevauchement calendaire est une invitation naturelle au dialogue et au partage — deux traditions qui portent, chacune à leur manière, une même espérance de liberté et de renouveau.

 

Le bon mot : comment saluer ses amis juifs ?

Vous n'êtes pas juif, mais vous souhaitez marquer l'occasion avec un collègue, un voisin ou un ami ? La formule consacrée est « Hag Pessah Saméah » — « Joyeuse fête de Pessah » en hébreu. Plus simple encore, « Chag Saméah » (« Joyeuse fête ») fonctionne en toutes circonstances. En anglais, « Happy Passover » est tout aussi bien reçu.

En revanche, mieux vaut éviter le réflexe du « Joyeuses Pâques » : même si les deux fêtes se chevauchent cette année, elles n'ont pas la même signification et la confusion peut maladroitement effacer l'identité propre de chacune.

Et si votre interlocuteur est d'origine séfarade — ce qui est fréquent dans la communauté francophone de la Bay Area — mentionner la Mimouna, la fête joyeuse célébrée à la clôture de Pessah, sera à coup sûr apprécié.

 

En 2026, les trois grandes traditions du Livre semblent avoir décidé, le temps d'un printemps, de rassembler ce que les hommes séparent parfois. Présage d'une entente possible ? L'histoire, elle, reste ouverte.

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