Dans le quartier de Belltown, à Seattle, un parfum de renouveau flotte depuis quelques jours : La Parisienne, la pâtisserie-boulangerie fondée par la famille Morin en 2014, vient de rouvrir ses portes après une transformation d’envergure. Plus vaste, plus lumineuse et polyvalente, la nouvelle Parisienne marque une étape décisive dans l’histoire de cette famille d’artisans français devenue, au fil des années, une véritable institution francophone locale. Cette réouverture n’est pas seulement un agrandissement : c’est l’aboutissement d’un rêve américain, nourri depuis plus de dix ans par Patrick, Christine et leur fille Élise, et désormais porté par une équipe élargie, des partenariats multiples et une vision renouvelée de ce que peut être une pâtisserie française aux États-Unis.


Un nouveau chapitre pour une institution francophone de Seattle
L’histoire de cette renaissance commence presque par hasard, lorsqu’un restaurateur voisin, qui partageait jusque‑là un mur mitoyen avec La Parisienne, vient trouver Christine et Patrick Morin avec une proposition inattendue. Comme le raconte Christine, « c’est le voisin qui est venu nous voir… Il nous a dit : mon restaurant, le Petra Mediterranean Café ne marche plus aussi bien qu'avant. Je souhaite réduire mon espace d'exploitation : est‑ce que ça vous intéresse de reprendre cet espace qui correspond à la moitié de mon restaurant ? ». L’idée d’agrandir fait son chemin du côté de Patrick et Christine, mais reste lettre morte du côté du voisin restaurateur. Quelques temps plus tard, une seconde information tombe : on leur propose de reprendre l’intégralité du restaurant. Une décision lourde de conséquences, mais qui s’impose comme une évidence. « On s’est dit : c’est le moment de concrétiser ce qu’on a toujours voulu… notre rêve américain. »
Après plusieurs mois de discussions avec les propriétaires du bâtiment en parallèle de l'élaboration du projet avec l'architecte Henry Walters, la signature est actée en septembre 2025. Les premières démolitions commencent juste avant Noël. Le chantier est ambitieux et nécessite de repenser entièrement l’espace, de revoir la circulation, d’imaginer une salle capable d’accueillir davantage de clients et de nouveaux usages. C’est une transformation profonde, pensée pour durer et pour offrir à La Parisienne une nouvelle dimension.
Un espace repensé : plus grand, plus vivant et encore plus parisien
La nouvelle boutique offre désormais 62 places assises, et peut accueillir jusqu'à 107 personnes, un changement majeur pour un établissement qui, auparavant, peinait à accueillir les groupes. Christine raconte une scène révélatrice : « Ce matin, un groupe de marcheurs est passé devant la boutique. La leader m’a interpellée : on a vu que vous aviez de grandes tables. Est‑ce que l’on pourrait venir à douze après nos marches du jeudi ? ».

Aujourd'hui, l’objectif est clair : faire de La Parisienne un lieu où l’on peut venir du petit‑déjeuner jusqu’à l'heure du happy hour, un espace vivant et convivial, prêt à accueillir des événements et des ateliers.
On voulait absolument garder le noir et blanc, le bois, le métal... le style Chanel, le chic parisien.
Sur le plan esthétique, le couple Morin a choisi de rester fidèle à son identité. « On voulait absolument garder le noir et blanc, le bois, le métal... le style Chanel, le chic parisien. » Les chaises et les tables ont été renouvelées, les banquettes latérales presque toutes supprimées pour gagner en fluidité. Le résultat est une atmosphère élégante, contemporaine, mais toujours profondément française, un véritable art de vivre à la parisienne au cœur de Belltown.
Une équipe renforcée et cosmopolite pour une dynamique nouvelle
Cette renaissance s’accompagne d’une équipe élargie et cosmopolite. Aux côtés de Patrick, maître pâtissier, travaillent désormais plusieurs pâtissiers et boulangers, des collaborateurs spécialisés dans le salé, ainsi qu’une équipe de boutique structurée autour de Christine. Cette nouvelle génération dynamique apporte également des compétences complémentaires, notamment dans les domaines artistiques et numériques, avec une maîtrise affirmée des réseaux sociaux. Certaines de ces compétences seront dévoilées prochainement (pour un peu de suspense), mais elles contribuent déjà à l’énergie nouvelle du lieu.
Grâce à cette équipe renforcée, une programmation culturelle se construit progressivement. L’agrandissement permet désormais une ouverture plus tardive et l’organisation d’événements réguliers. Sont prévus des happy hours et des rencontres, dans un esprit français. L’ambition est de faire de La Parisienne un véritable lieu de vie, un espace où l’on vient autant pour les pâtisseries, que pour l’ambiance et l’art de vivre à la française.
Des ateliers pour adultes et enfants : transmettre le savoir‑faire français
Le cœur de l’activité reste la pâtisserie, particulièrement appréciée des Seattleites, comme en témoignent les nombreuses vidéos sur les réseaux sociaux qui capturent l’enthousiasme des clients.
Autre nouveauté majeure : le retour des classes de pâtisserie, très attendues par la communauté francophone et francophile. Les ateliers, proposés le samedi après‑midi ou le dimanche matin, permettent de réaliser des macarons, chouquettes ou fraisiers, selon les séances, et s’adressent tantôt aux enfants, tantôt aux adultes.
Ils sont animés par Patrick Morin lui-même et par Guillaume Barre, et parfois organisés en partenariat avec des enseignantes francophones locales ou des partenaires comme Laurence Boris fondatrice de Pâtisserie Mon Amour qui fera l’objet d’un portrait dans un prochain article. Ces collaborations renforcent les liens entre La Parisienne et les acteurs locaux de la francophonie.

Des partenariats locaux forts : un ancrage dans l’écosystème francophone
C'est d'ailleurs tout naturellement que La Parisienne s’appuie sur un réseau solide de partenaires locaux pour son approvisionnement, ce qui constitue l’une de ses grandes forces. Christine insiste sur ce point : « Tout ce qui est alimentaire… la farine, les fromages, les charcuteries, les cornichons, la moutarde… tout est français. » Parmi les partenaires cités figure Michel Lallaison de The Peterson Cheese Company, un acteur clé de l’importation de produits français dans la région. Ces collaborations permettent à La Parisienne de maintenir un niveau d’exigence élevé et de proposer des produits authentiques, fidèles aux standards français.
Cadre très différent, mais toujours une même logique, l'équipe de La Parisienne travaille d'ores et déjà à construire des partenariats avec des acteurs francophones locaux. Preuve s’il en fallait, le 15 mai prochain, un Café Rencontre animé par Alice de l'Union des Français de l'Étranger (UFE) y sera accueilli.
Une histoire familiale ancrée dans la tradition française
Pour comprendre l’importance de cette réouverture, il faut revenir à l’histoire de la famille Morin. Patrick, né au Mans, découvre la pâtisserie aux côtés de son père. Dans son livre La Parisienne, Bien plus qu'une passion ! en vente à la boutique, on lit : « Chaque dimanche matin, ils préparaient ensemble le déjeuner dominical… Le fameux chausson aux pommes, sa viennoiserie préférée. » Après une première pâtisserie au Mans, puis une autre à Paris, la famille nourrit un rêve : exporter son savoir‑faire à l’étranger.
L’arrivée aux États‑Unis en 2014 marque un tournant. « Leur passion et leur ténacité vont leur permettre d’ouvrir La Parisienne le 20 janvier 2014. » Christine devient l’âme de la boutique, Patrick le créateur, Élise (la petite dernière de la fratrie) l’entrepreneuse. Une aventure familiale, artisanale et profondément humaine, immortalisée dans un passage du reportage de l'émission 66 Minutes sur M6.
Une renaissance qui dépasse les murs de la boutique
La réouverture de La Parisienne n’est pas seulement un événement commercial. C’est un symbole. Un symbole de résilience, après des années marquées par la pandémie et une série de difficultés dues à des facteurs externes. Un symbole d’ambition, avec un projet pensé pour durer. Un symbole de communauté, grâce aux partenariats, aux ateliers et aux événements.
La Parisienne devient un lieu où se croisent familles francophones, Seattleites francophiles ou curieux, artistes, professeurs, associations, amateurs de pâtisserie française et même des groupes de marcheurs. Un lieu qui incarne, à sa manière, la vitalité de la francophonie à Seattle.
On veut créer ce qu’on avait toujours imaginé quand on est arrivés à Seattle, il y a dix ans… un lieu ouvert du petit‑déjeuner jusqu’au happy hour, empli de bruit, de joie et de bonheur.
Avec une salle et une terrasse agrandies, un parking à disposition des clients, de nouveaux menus dont un brunch, une ouverture prolongée pour les happy hours, le développement des classes et d’autres surprises à venir, La Parisienne entre dans une nouvelle ère. Christine le résume avec simplicité : « On veut créer ce qu’on avait toujours imaginé quand on est arrivés à Seattle, il y a dix ans… un lieu ouvert du petit‑déjeuner jusqu’au happy hour, empli de bruit, de joie et de bonheur. »
La Parisienne version 2026 est donc bien plus qu’une pâtisserie. C’est un art de vivre, un lieu culturel, un pont entre Seattle et la France. Avec son nouvel espace, ses événements, ses ateliers, son équipe renforcée et son histoire profondément inspirante, La Parisienne s’impose plus que jamais comme un incontournable de la scène francophone et gourmande de Seattle. Une renaissance qui donne envie de pousser la porte, de s’installer à une grande table, de savourer un chausson aux pommes ou un fraisier, et de partager un moment de France au cœur du Pacific NorthWest.
Sur le même sujet















