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Quand la terre tremble : comment se préparer à l'inévitable à San Francisco

La question n'est pas de savoir si un grand séisme frappera la Bay Area, mais quand. Les scientifiques de l'United States Geological Survey (USGS) sont formels : il est très probable qu'un tremblement de terre dévastateur frappe la région dans les trente prochaines années, et qu'il surviendra sans avertissement. USGS Pourtant, face à cette certitude, peu de résidents savent réellement quoi faire. Voici comment vous y préparer — et ce que la ville fait déjà pour vous.

Un kit d'urgence pour les tremblements de terreUn kit d'urgence pour les tremblements de terre
Écrit par Anne-Lorraine Bahi
Publié le 3 avril 2026

Une ville assise sur deux failles majeures

La quasi-totalité des habitations, commerces et infrastructures essentielles de San Francisco se trouvent dans des zones à risque sismique élevé ou très élevé, exposées aussi bien à la faille de San Andreas qu'à la faille de Hayward.  Ce n'est pas une menace abstraite : le séisme de Loma Prieta en 1989 reste dans toutes les mémoires, et c'est précisément lui qui a déclenché une prise de conscience collective.

 

Un schéma des deux failles qui entourent San Francisco

 

Les écoles en première ligne

Les établissements scolaires occupent une place centrale dans le dispositif de préparation. L'État de Californie mise sur la formation des élèves pour diffuser les bons réflexes au-delà des murs de l'école : en apprenant à « se baisser, s'abriter et tenir bon » (Drop, Cover and Hold On), les enfants deviennent à leur tour des relais auprès de leurs familles et amis. 

 

 

Une comparaison avec la France permet de mieux saisir la spécificité californienne. Dans les écoles françaises, les exercices d'évacuation incendie sont obligatoires et bien ancrés dans la culture scolaire — chaque élève a connu au moins une fois la sonnerie stridente et la sortie en rang vers le point de rassemblement. En Californie, ce dispositif existe aussi, mais il ne représente qu'une partie de la préparation. La culture du drill scolaire y est en réalité bien plus ancienne et plus profonde : dès les années 1950, les élèves américains s'entraînaient à se protéger des retombées nucléaires avec le fameux Duck and Cover. Aujourd'hui, c'est le séisme qui a pris le relais. Les écoles ajoutent aux exercices incendie les drills sismiques, avec le Drop, Cover and Hold On — des gestes radicalement différents : là où l'incendie impose de fuir, le séisme ordonne de rester sur place, de se baisser sous son bureau et de s'y accrocher jusqu'à la fin des secousses. Apprendre à ne pas courir vers la sortie quand tout tremble autour de soi — c'est un réflexe qui s'acquiert, lui aussi, à force de répétition.

Côté bâti, la ville ne fait pas dans le détail. San Francisco a adopté une ordonnance imposant des évaluations de sécurité sismique dans toutes les écoles privées, celles-ci n'étant pas soumises aux mêmes normes que les établissements publics.  Un programme d'évaluation structurelle a ainsi passé au crible les bâtiments scolaires privés, avec des rapports remis aux autorités municipales.

 

 

NERT : le programme qui forme les quartiers

 

Affiche du Neighborhood Emergency Response Team

L'une des réponses les plus originales de San Francisco est le NERT — Neighborhood Emergency Response Team. Né en 1989 au lendemain de Loma Prieta, ce programme est aujourd'hui le seul de la ville à offrir gratuitement une formation pratique aux gestes d'urgence à toute personne qui vit ou travaille à San Francisco. 

Depuis 1990, le programme NERT a formé plus de 24 000 résidents à l'autonomie en cas de catastrophe majeure. Concrètement, les participants y apprennent les bases de la prévention et de la préparation personnelle, ainsi que des compétences pratiques — recherche de victimes, triage médical — pour agir dans leur quartier avant l'arrivée des secours professionnels.

La dernière session organisée à San Francisco State University, en mars 2026, a réuni 56 personnes certifiées en techniques de sauvetage.  Un chiffre modeste en apparence, mais multiplié par des dizaines de sessions annuelles à travers la ville.

La prochaine formation de base du Neighborhood Emergency Response Team (NERT) à San Francisco débute le 15 avril 2026, avec des sessions le mercredi soir (17h30-21h30) jusqu'au 20 mai à la Division of Training, 2310 Folsom Street.

Une autre session commence le 4 mai 2026 (lundis) chez Openhouse SF, et une grande simulation (Citywide Drill) est prévue le 18 avril 2026. 


Les inscriptions se font obligatoirement via l'application NERT Member App. Le programme est gratuit et enseigne la préparation aux catastrophes, le secourisme et la RCR. Pour plus d'informations, visitez le site officiel du SFFD NERT. 

 

Ce que chaque habitant devrait faire

Au niveau individuel, les autorités recommandent une approche en quatre étapes :

  • Élaborer un plan familial. Définir un point de rendez-vous hors du domicile, désigner un contact hors de la région et s'assurer que tous les membres de la famille connaissent les gestes de base.
  • Constituer un kit d'urgence pour 72 heures. Ce kit doit inclure des vivres, des lampes torches à piles, une radio, et un sifflet pour signaler sa présence en cas de besoin. Les autorités rappellent qu'après un séisme, les services d'urgence seront débordés et les secours ne seront pas immédiats.
  • Sécuriser son logement. Fixer les meubles lourds aux murs, sécuriser le chauffe-eau, identifier les zones dangereuses dans chaque pièce.
  • S'abonner aux alertes. Le système AlertSF ou l'App MyShake envoie des notifications par SMS en cas d'urgence. Après un séisme, mieux vaut envoyer un SMS qu'appeler : un appel téléphonique mobilise l'équivalent de 800 SMS en bande passante, et l'afflux de communications peut paralyser les réseaux et bloquer les appels d'urgence. 
  • Si vous vivez à SF ou si vous y travaillez, s'inscrire à une session NERT, formation pratique aux gestes d'urgence.

 

Des bâtiments entiers à renforcer

La ville s'attaque aussi à son parc immobilier existant. Le Mandatory Soft Story Retrofit Program, lancé en 2013, oblige les propriétaires d'immeubles en bois à plusieurs logements à renforcer leur structure, particulièrement vulnérable à l'effondrement. Les études du FEMA, dont la mission est d'aider les gens en cas de catastrophes, montrent qu'un renforcement même minimal réduit considérablement  le risque d'effondrement.

San Francisco travaille par ailleurs à identifier les quelque 3 300 bâtiments en béton non ductile construits avant les codes de construction modernes, susceptibles de s'effondrer en cas de séisme. Un programme de renforcement progressif est à l'étude.

 

La culture du risque, ancrage profond

Ce qui distingue San Francisco, c'est peut-être moins la sophistication de ses outils que la profondeur de cette culture du risque partagé. Ici, on discute de son « kit sismique » comme on parlerait de sa trousse de secours. Les voisins se connaissent, savent qui a besoin d'aide, et certains quartiers ont leur propre équipe NERT prête à intervenir.

La prochaine secousse majeure arrivera. La vraie question est de savoir combien de San-Franciscains auront eu le temps de s'y préparer.

annelorraine.bahi@lepetitjournal.com
Publié le 3 avril 2026, mis à jour le 3 avril 2026
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