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TikTok change de mains : la plateforme devient américaine après 4 ans de bataille

San Francisco - Après quatre années d'incertitude juridique et de tensions diplomatiques, TikTok a officiellement scellé son avenir américain le 22 janvier 2026. L'application qui a révolutionné les codes des réseaux sociaux et bouleversé les stratégies de géants comme YouTube et Meta vient de tourner une page historique. TikTok USDS Joint Venture LLC, la nouvelle entité américaine, marque la fin d'un bras de fer politique qui aura tenu en haleine plus de 170 millions d'utilisateurs américains et 7,5 millions d'entreprises.

Le logo de Tik Tok sur le drapeau américainLe logo de Tik Tok sur le drapeau américain
Écrit par Anne-Lorraine Bahi
Publié le 1 février 2026

 

 

Une restructuration complexe

L'accord final redistribue les cartes de manière spectaculaire. ByteDance, la maison-mère chinoise, ne conserve qu'une participation minoritaire de 19,9%, tandis que 80% de la nouvelle structure passent sous contrôle non-chinois. Trois investisseurs principaux se partagent 45% de l'entreprise : Oracle Corporation, le fonds d'investissement privé Silver Lake, et MGX, le fonds souverain d'Abu Dhabi, détenant chacun 15%. Le reste se répartit entre de nouveaux investisseurs et des affiliés d'investisseurs existants de ByteDance, incluant notamment le Dell Family Office et Susquehanna.

Oracle, déjà fournisseur des services cloud de TikTok, endosse un rôle crucial de "partenaire de sécurité de confiance", chargé d'auditer la conformité avec les exigences de sécurité nationale. L'algorithme de recommandation, le cœur battant de la plateforme, sera réentraîné et testé sur des données exclusivement américaines.

 

Une saga politique inédite

Tout commence en août 2020, lorsque Donald Trump signe un décret pour bannir les transactions avec ByteDance. S'ensuivent quatre années de rebondissements : batailles judiciaires, extensions de délais à répétition, coupure brève de service en janvier 2025, et négociations intenses. La loi adoptée sous l'administration Biden exigeait la cession des opérations américaines sous peine d'interdiction. Après validation par la Cour Suprême, Trump, fraîchement réélu, multiplie les extensions - 75 jours en janvier 2025, puis à nouveau en avril, et en juin - avant qu'un accord ne soit finalement trouvé.

L'ironie ne manque pas : Trump, qui avait initié la première tentative d'interdiction en 2020, a finalement facilité la transaction en septembre 2025 en annonçant avoir obtenu l'approbation du président chinois Xi Jinping. "J'ai beaucoup de respect pour le président Xi", avait-il déclaré, soulignant que "son approbation était vraiment nécessaire pour que cela se fasse correctement."

 

Des questions qui persistent

Si l'accord apporte une stabilité attendue, certaines voix s'élèvent sur les implications à long terme. Des experts en protection de la vie privée et en liberté d'expression s'inquiètent des connexions entre Larry Ellison, cofondateur et principal actionnaire d'Oracle, et le président Trump. La famille Ellison contrôle CBS via Paramount et a tenté d'acquérir Warner Bros, soulevant des questions sur la concentration médiatique.

Pour les créateurs de contenu qui dépendent de TikTok pour leur gagne-pain, cette stabilité reste toutefois une victoire. La plateforme, évaluée à environ 14 milliards de dollars pour ses opérations américaines, conserve sa structure opérationnelle tout en se conformant aux exigences de sécurité nationale : stockage local des données, contrôle de l'algorithme, et modération de contenu sous supervision américaine.

Le gouvernement chinois, lui, n'a pas publiquement commenté cette annonce qui marque un tournant dans les relations sino-américaines autour de la technologie et des données. Pour les utilisateurs américains, une chose est sûre : TikTok reste, mais sous de nouveaux propriétaires, avec de nouvelles règles, et peut-être, à terme, une nouvelle expérience.

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