Mardi 24 février au soir, Donald Trump a prononcé le premier discours sur l'état de l'Union de son second mandat devant le Congrès réuni en session conjointe au Capitole, à Washington. Pendant une heure et quarante-huit minutes — un record absolu dans l'histoire moderne de cet exercice — le 47e président des États-Unis a dressé un bilan résolument optimiste de sa première année de retour au pouvoir, tout en lançant des attaques appuyées contre l'opposition démocrate.


Un rituel ancré dans la Constitution
Le discours sur l'état de l'Union (State of the Union Address) est l'un des rendez-vous les plus importants du calendrier politique américain. Il trouve son origine dans l'Article II, Section 3 de la Constitution des États-Unis, qui stipule que le président « devra de temps en temps donner au Congrès des informations sur l'état de l'Union et recommander à son attention les mesures qu'il jugera nécessaires et opportunes ».
George Washington fut le premier à se plier à cet exercice, le 8 janvier 1790, devant le Congrès réuni à New York. Thomas Jefferson, jugeant la prestation orale trop « monarchique », préféra ensuite envoyer un simple message écrit — une pratique qui perdura plus d'un siècle, jusqu'à ce que Woodrow Wilson rétablisse le discours en personne en 1913. Depuis Franklin Roosevelt, la tradition s'est solidement ancrée, amplifiée par la radio dès 1923, la télévision en 1947, puis Internet. Aujourd'hui, ce rendez-vous annuel constitue une occasion unique pour le président de s'adresser simultanément au Congrès et à la nation tout entière.
Une économie au cœur du discours
Dans un contexte de midterms prévues en novembre 2026, Trump a consacré une large part de son allocution à l'économie et au pouvoir d'achat — un sujet sensible, alors que les sondages montrent une insatisfaction croissante des Américains sur ce front. Le président a vanté la baisse du prix de l'essence et des œufs, la hausse des marchés boursiers — le Dow Jones a franchi pour la première fois la barre des 50 000 points ce mois-ci — et la création d'emplois dans le secteur privé.
Il a également annoncé la création d'un système d'épargne-retraite de type 401(k) soutenu par le gouvernement pour les travailleurs ne bénéficiant pas d'un abondement de leur employeur, et a demandé au Congrès d'interdire définitivement aux grands investisseurs institutionnels d'acquérir des maisons individuelles.
Sur le front de l'énergie, Trump a présenté un « Rate Payer Protection Pledge » visant à obliger les entreprises technologiques à financer elles-mêmes l'alimentation électrique des centres de données liés à l'intelligence artificielle, une mesure qui intervient alors que les factures d'électricité des particuliers suscitent un mécontentement grandissant.
Immigration, Iran et la Cour suprême
Le président a défendu fermement sa politique d'immigration, affirmant que les États-Unis disposent désormais de « la frontière la plus sûre de l'histoire américaine ». Il a demandé l'adoption du SAVE America Act, exigeant une pièce d'identité avec photo et une preuve de citoyenneté pour voter, ainsi que la fin du vote par correspondance sauf exceptions.
Sur la politique étrangère, Trump a été relativement bref, promettant que l'Iran n'aura jamais l'arme nucléaire et évoquant le déploiement d'actifs militaires américains dans la région. Il a également décerné la Medal of Honor à un vétéran de la guerre de Corée âgé de 100 ans et à un militaire blessé lors de l'opération de capture de l'ancien président vénézuélien Maduro.
Le président a aussi qualifié d'« unfortunate » (malheureuse) la récente décision de la Cour suprême invalidant ses droits de douane d'urgence, tout en affirmant que l'histoire lui donnerait raison.
Une soirée marquée par les tensions
Si la première heure du discours s'est déroulée sur un ton relativement consensuel — avec notamment un hommage bipartisan à l'équipe masculine américaine de hockey sur glace, médaillée d'or aux Jeux olympiques —, la seconde partie a pris un tournant nettement plus combatif. Trump a directement pointé du doigt les démocrates, les accusant d'être responsables de l'inflation et des problèmes d'accessibilité financière.
L'élu démocrate Al Green, du Texas, a été escorté hors de l'hémicycle après avoir brandi une pancarte « Black People Aren't Apes » (« Les Noirs ne sont pas des singes »), en référence à une vidéo que Trump avait repartagée sur Truth Social. D'autres élus démocrates, dont Ilhan Omar et Rashida Tlaib, ont interpellé le président à voix haute pendant son discours. De nombreux parlementaires démocrates avaient choisi de boycotter entièrement la cérémonie.
La gouverneure de Virginie, Abigail Spanberger, a livré la réponse officielle des démocrates, affirmant que Trump avait menti, désigné des boucs émissaires et détourné l'attention sans proposer de solutions concrètes aux défis du pays.
Un moment politique décisif
Ce discours sur l'état de l'Union intervient à un moment charnière pour l'administration Trump. Les midterms de novembre pourraient faire basculer le contrôle du Congrès, et les sondages révèlent qu'une majorité d'Américains estiment que le pays va dans la mauvaise direction. Un sondage NPR/PBS News/Marist montre que six Américains sur dix considèrent que le pays se porte moins bien qu'il y a un an.
Entre revendications de succès économiques et climat politique extrêmement polarisé, cette soirée au Capitole a illustré une fois de plus la profonde fracture qui traverse la vie politique américaine — une fracture que les prochains mois de campagne pour les midterms ne feront probablement qu'approfondir.
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