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Sébastien Robert raconte les 50 ans de l’École Bilingue de Berkeley

En septembre 1976, quelques parents se réunissent dans une maison du nord de Berkeley avec un projet : offrir à leurs enfants une école bilingue près de chez eux. Un an plus tard, l’École Bilingue de Berkeley ouvre ses portes avec 50 élèves. Elle en accueille aujourd’hui plus de 400 et prépare ses 50 ans avec un collège à rénover et l’idée d’un lycée. Rencontre avec Sébastien Robert, son chef d’établissement, passionné de langues et profondément attaché à l'histoire de son école.

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Sébastien Robert - Directeur de l'école bilingue de Berkeley - Photo : Cheri Hudnut / Roots & Shoots Photography, avec l’aimable autorisation de l’École Bilingue de Berkeley
Écrit par Anne-Lorraine Bahi
Publié le 23 octobre 2026

1977 : des parents, une maison, une école bilingue

Pour comprendre une école, il faut vraiment comprendre son histoire, pour pouvoir l'amener vers le futur.

Tout commence en septembre 1976, dans une maison du nord de Berkeley. Quelques parents s’y réunissent à plusieurs reprises avec un objectif : créer une école bilingue de ce côté de la baie. Plusieurs ont leurs enfants à l’école franco-américaine de San Francisco et voudraient une école plus proche de chez eux.

À l’époque, raconte Sébastien Robert, le consulat de France se montre peu enthousiaste à l’idée d’une troisième école dans la Baie. Les familles n’en poursuivent pas moins leur projet.

À la rentrée 1977, l’École Bilingue ouvre avec 50 élèves, six enseignants et dix nationalités. Dix ans plus tard, elle dépasse les 300 élèves. Le collège voit le jour en 1988, puis s’installe en 1991 sur Grayson Street, à proximité du campus du primaire de Heinz Avenue, à West Berkeley.

Près de cinquante ans plus tard, Sébastien Robert reste en contact régulier avec trois des familles fondatrices, au fil de déjeuners ou d’une visite à Santa Barbara. Il les sent animées par « un sentiment de fierté, un sentiment d’accomplissement ». Pour lui, c’est aussi une méthode de travail : « Pour comprendre une école, il faut vraiment comprendre son histoire, pour pouvoir l’amener vers le futur. »

 

Sébastien Robert, de l’enseignement à la direction d’EB

Je pense que j'ai un appétit pour les langues et pour cette découverte d'une autre culture aussi

Le goût des langues de Sébastien Robert remonte bien avant Berkeley. Au lycée, il étudie déjà l’anglais, l’allemand et l’espagnol, puis poursuit ses études en anglais à l’université. « Je pense que j’ai un appétit pour les langues et pour cette découverte d’une autre culture aussi », dit-il. Enseignant à partir de 2003, titulaire d’un master de français langue étrangère, il dirige pendant huit ans l’école élémentaire Félix-Éboué, au Pecq, qui accueille la section britannique du Lycée international de Saint-Germain-en-Laye.

Il arrive en Californie en 2016, comme enseignant de CM2 au Lycée Français de San Francisco. Deux ans plus tard, l’École Bilingue de Berkeley cherche un nouveau directeur pour son école élémentaire. Des parents du Lycée, qui connaissent son expérience de direction en France, l’encouragent : « Tu devrais postuler, c’est exactement ton profil. » Il n’envisageait pas de changer de poste : il n’était au Lycée que depuis deux ans. Il présente pourtant sa candidature. Directeur de l’élémentaire en 2018, il assure l’intérim de la direction générale à l’été 2021, puis devient chef d’établissement en novembre 2021.

Il travaille aux côtés d’un conseil d’administration d’une petite vingtaine de membres, coprésidé par un ancien élève, dont les deux filles sont aujourd’hui à EB, et par un administrateur « complètement américain », convaincu par l’immersion. « Deux profils vraiment opposés, mais qui se complètent », dit le directeur.

Le directeur parle plus volontiers de son équipe que de lui-même : « Nous avons vraiment un corps professoral qui est incroyable, qui est vraiment dévoué à la mission de l’école et aux élèves. Et cela n’englobe pas uniquement les enseignants, c’est aussi par exemple le staff qui supervise la cour de récréation, les administrateurs, la réception. »

 

Une école bilingue, et même multilingue

Nous ne sommes pas une école française à l'étranger. Nous sommes vraiment une école bilingue, voire une école multilingue.

Sa première impression en arrivant : « Cette école est vraiment différente d’un lycée français. » Ici, le français partage la place avec l’anglais, et même avec une troisième langue au collège.

Selon le directeur, près des deux tiers des élèves sont américains ou parlent une autre langue que le français à la maison. Certains ne parlent ni français ni anglais chez eux. Pour Sébastien Robert, respecter la langue de chacun est essentiel : « Nous ne sommes pas une école française à l’étranger. Nous sommes vraiment une école bilingue, voire une école multilingue. »

L’école mise sur le co-enseignement. Dès la maternelle et jusqu’au CM2, l’enseignant de français et celui d’anglais se retrouvent régulièrement ensemble devant la classe. Une histoire est racontée à deux voix, un problème de mathématiques se résout en passant d’une langue à l’autre : c’est ce que les Américains appellent le code switching. Au collège, ce sont les professeurs d’une même matière qui partagent certaines heures. EB est une école privée américaine, homologuée par l’Éducation nationale de la petite section à la 4e (8th grade, fin du middle school américain), membre du réseau de l’AEFE et partenaire de la Mission laïque française depuis 2017.

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Des élèves dans une salle de class avec Sébastien Robert et une enseignante de l'école bilingue de Berkeley
Sébastien Robert dans une salle de classe de l'école bilingue de Berkeley., aux cotés d'une enseignante et entouré des élèves

 

Le bien-être des élèves… et des parents

L'école arrive à créer une communauté autour de l'éducation des enfants

L’école travaille aussi sur l’éducation émotionnelle depuis une quinzaine d’années, sous l’impulsion de Magali Noth, aujourd’hui directrice du primaire. Elle se traduit par un cours hebdomadaire, la présence d’un coach dans les classes et un temps d’échange consacré aux émotions. « Maintenant, tout le monde le fait. Ça arrive même en France », note le directeur. Une équipe de soutien suit par ailleurs les élèves à besoins éducatifs particuliers.

Depuis environ deux ans, selon le directeur, EB propose aussi aux parents des séances de discipline positive. Une trentaine de parents y participent. Le principe consiste à rester ferme mais bienveillant, et à chercher le besoin qui se cache derrière la colère d’un enfant. Il ne s’agit pas d’un cours mais d’un groupe de parole, où chacun peut évoquer les difficultés du quotidien, comme les tensions du repas du soir. « L’école arrive à créer une communauté autour de l’éducation des enfants », explique Sébastien Robert.

 

Ces anciens élèves qui reviennent avec leurs enfants

Selon le directeur, 22 anciens élèves sont aujourd’hui parents d’élèves, contre 18 l’an dernier et 16 l’année précédente. Certains ont un parent français, d’autres pas du tout. « Une éducation bilingue va au-delà de la langue », estime-t-il. « C’est la manière d’appréhender le monde, d’appréhender la différence, de se connecter avec les gens. »

À l’approche des 50 ans, l’école renoue avec ses anciens, sur LinkedIn comme lors de retrouvailles organisées à New York et dans la Baie. Plusieurs anciens élèves d’EB, aujourd’hui étudiants à UC Berkeley, passent six mois, voire un an, à Sciences Po, en France. « Ils n’ont pas peur d’aller dans un pays étranger », dit Sébastien Robert.

 

Les 50 ans : un collège rénové, et pourquoi pas un lycée

« Les 50 ans, c’est l’avenir ! », lance Sébastien Robert. Pendant vingt-cinq ans, l’école a surtout investi dans la maternelle et l’élémentaire. L’effort porte désormais sur le collège. « Il faut qu’on lui montre de l’amour, comme on a montré de l’amour à la Lower School », dit le directeur.

Selon lui, l’école cherche à lever des fonds pour rénover entièrement le bâtiment de Grayson Street, un projet à deux ou trois ans. Il prévoit un media lab pour les podcasts, un espace pour les arts de la scène et une cuisine pour servir le déjeuner : les familles n’auront plus à préparer le repas de midi. EB se prépare aussi à devenir école IB, avec le MYP, le programme de l’International Baccalaureate pour les 11-16 ans.

Après la 4e, environ la moitié des élèves rejoint Berkeley High, qui propose le diplôme IB, selon le directeur. Les autres partent dans des écoles privées de l’East Bay, comme Bishop O’Dowd ou Head-Royce.

Une idée revient aussi régulièrement au conseil d’administration : ouvrir un lycée, d’ici cinq à dix ans, pour offrir aux élèves un parcours complet. « Il n’y a pas tant de lycées internationaux de ce côté-ci de la Baie », note le directeur.

 

Inscrire son enfant à l'École Bilingue : ce qu'il faut savoir

L’école compte 406 élèves cette année, selon son directeur, et des effectifs stables. De nombreuses familles internationales s’installent dans la région pour rejoindre l’université de Berkeley. « On est vraiment ancrés dans Berkeley », dit Sébastien Robert.

La scolarité représente un investissement important : pour 2026-2027, les frais de scolarité vont de 38 150 dollars par an en maternelle à 43 200 dollars au collège. Entre 35 et 40 % des familles reçoivent une aide, soit 2,74 millions de dollars d’aides en 2026-2027, bourses du gouvernement français comprises. Le directeur y voit la marque d’« une école humaniste ». Ces bourses scolaires, que les familles françaises peuvent demander, représentent 504 000 dollars cette année, contre 596 000 dollars en 2025-2026. Le directeur souligne aussi la taille des classes de CP, qui comptent 12 ou 13 élèves.

Pour les enfants qui ne parlent pas français, un programme de français accéléré permet d’entrer en CP, en CE1 ou en 6e, avec des cours intensifs en petits groupes avant de rejoindre la classe.

Pour se faire une idée, l’école invite les familles à la visiter. « On essaie de leur faire vivre l’expérience », explique le directeur :

  • Portes ouvertes du primaire : samedi 21 novembre 2026, de 9 h à 11 h, au 1009 Heinz Avenue, à Berkeley.
  • Portes ouvertes du collège : vendredi 18 décembre 2026, de 9 h à 11 h, au 901 Grayson Street, à Berkeley.
  • Visites guidées : d’octobre à février, à dates fixes, sur inscription en ligne sur eb.org (renseignements : admissions@eb.org, 510-809-0641).

Le dernier mot à Sébastien Robert, pour les familles qui hésitent : « Qu’est-ce que j’ai envie que mon enfant devienne quand il aura 20 ans ? […] J’ai envie qu’il ait des valeurs. J’ai envie qu’il soit intègre. J’ai envie qu’il puisse accepter la différence chez quelqu’un. »

Cinquante ans après les premières réunions dans une maison du nord de Berkeley, le pari des familles fondatrices est largement réussi. Et l’école est entre de bonnes mains : celles d’un bâtisseur, fidèle à leur esprit.

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