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« Her Song » enchante San Jose et les Pyrénées font chavirer les cœurs américains

Sélectionné comme film d'ouverture du prestigieux festival Cinequest, le film franco-américain de John M. Keller "Her Song" a conquis le public de Silicon Valley avec une grâce rare — et nous avons eu la chance de rencontrer toute l'équipe du film.

L'équipe du film HER SONG au festival Cinequest à San JoseL'équipe du film HER SONG au festival Cinequest à San Jose
De gauche à droite: John M. Keller, Eléa Clair, Marine Assaiante, Thais Sobriero, Wilhelm Kuhn, Dhruv Goel, Archana Raghuraman, Joelle Haddad Champeroux.Photo Jesse Kornblum
Écrit par Anne-Lorraine Bahi
Publié le 16 mars 2026

Il y a des films que l'on ressent avant même de les comprendre. Her Song, sélectionné pour ouvrir le festival Cinequest à San Jose, est de ceux-là. Dès les premières images, la lumière dorée des Pyrénées s'invite dans la salle obscure, et quelque chose se passe dans le public — une attention particulière, presque un silence complice, comme si chacun retenait son souffle pour ne rien manquer.

Ce soir-là, le public de San Jose avait regardé une sélection de courts métrages juste avant la projection. Qquand Her Song a démarré, la salle était en mode spectateur à part entière et le film a saisi le public dès les premières images : les subtilités de l'histoire ont été captées avec finesse, les moments d'émotion reçus avec sincérité, et les touches d'humour glissées dans certaines répliques accueillies avec le sourire qu'elles méritaient. Un contraste frappant avec la première new-yorkaise au Lycée Français, où le public, face à un film présenté seul ce soir-là, avait mis un peu plus de temps à entrer dans l'histoire.

 

Une histoire simple, universelle, lumineuse

Le film raconte le retour d'Olivia, auteure franco-américaine, dans le village provençal de ses ancêtres. Elle y vient avec un projet précis : écrire l'histoire de sa grand-mère. Mais c'est une rencontre inattendue qui va tout changer. Madeline, femme du pays, ancrée dans la terre et dans le temps, aux multiples talents portés avec une discrétion désarmante, s'impose peu à peu comme une figure centrale — au point de devenir le visage même du roman qu'Olivia est en train d'écrire. Entre elles va se nouer une relation d'une belle franchise : de l'admiration sans flatterie, de la tendresse sans sentimentalisme, et une complicité qui se construit aussi bien dans les silences que dans les moments de légèreté partagée.

Car Her Song est avant tout un film narratif, porté par la beauté de ses personnages et la profondeur de leurs liens. Mais John M. Keller y a glissé, avec une grande délicatesse, des touches d'humour dans les répliques de ses protagonistes. Chaque personnage a sa façon bien à lui d'habiter le monde — les voisins du village, les habitués du café, les anciens dont les histoires forment la mémoire collective du lieu — et c'est cette vérité humaine, parfois légère, parfois grave, qui rend chacun d'eux si attachant.

 

Les Pyrénées comme personnage à part entière

Un village des Pyrénées

 

On a vu beaucoup de films tourner dans le sud-ouest de la France. Peu réussissent à en capturer l'âme sans tomber dans la carte postale. Her Song y parvient avec élégance. La beauté des Pyrénées n'y est pas décorative : elle est narrative. Les pierres des vieilles ruelles ont de la mémoire, les marchés bruissent de vie vraie, et les paysages portent le poids doux des étés qui se ressemblent et ne se répètent jamais. Le réalisateur John M. Keller filme son décor comme on filme un personnage — avec attention, avec respect, avec curiosité.

Ce rapport au village, aux interactions humaines, aux souvenirs qui font l'identité d'un lieu — voilà ce que le film met en lumière avec une tendresse rare. Les gens se connaissent, se parlent, se rendent service. Il y a dans ce microcosme provençal une bienveillance que l'on sent sincère, jamais naïve. C'est un monde où l'on prend soin les uns des autres, et le film le montre sans jamais en faire une leçon.

 

Une musique qui enveloppe chaque scène

On ne peut pas parler de Her Song sans évoquer sa bande originale. Composée par Dhruv Goel, la musique du film ne cherche jamais à s'imposer — elle accompagne, elle respire, elle soutient. Chaque scène est enveloppée avec une justesse remarquable : les mélodies épousent les silences provençaux, amplifient les émotions sans les surligner, et donnent au film une couleur sonore qui reste longtemps après la sortie de la salle. Une partition discrète mais essentielle, qui participe pleinement à la magie de l'ensemble.

 

Her Song, un film franco-américain en ouverture du festival Cinequest à San José

 

Un film né de la détermination et de la passion

 

 

Derrière la beauté de l'image se cache une aventure humaine tout aussi belle. Her Song est une production franco-américaine indépendante, tournée en France en seulement cinq semaines, avec un budget serré et une énergie sans limites.


Les défi était multiples. Le légendaire producteur oscarisé James Ivory, 97 ans, venait d'accepter de rejoindre l'aventure. L'actrice internationales Kalki Koechlin n'était disponible que sur une courte fenêtre de l'été 2024, période des Jeux Olympiques en France. Cinq semaines, donc, pour tout faire : tourner, continuer à lever des fonds, tenir des appels investisseurs après de longues journées de plateau, transformer la maison parentale en cantine et sans compter les caprices du Wi-Fi à des moments parfois cruciaux.

 

Des "fun fact" pour nos lecteurs

A la question sur le profil des investisseurs. il en ressort que certains sont des amoureux du cinéma, et que investir dans un film les rapproche de leur passion. C'est ainsi qu'un des investisseurs se retrouve avec un petit rôle au volant d'un camion, parfait pour lui. C'est cela, le cinéma indépendant : une communauté d'amoureux du film pour qui tout est possible.

L'acteur Christophe Grundman, qui jour Claude dans le film Her Song joue dans le court métrage " 2 people exchanging saliva" qui vient de remporter l'Oscar du meilleur court métrage.

 

Le Petit Journal a rencontré l'équipe

À l'issue de la projection, le Petit Journal San Francisco a eu le privilège de s'entretenir avec l'équipe présente au festival, et d'échanger longuement avec Eléa Claire et Marine Assaiante, deux des protagonistes de cette belle aventure et productirces du film. Ce qui frappe d'emblée, c'est leur énergie communicative — la même que celle du film. On parle de l'Occitanie, de la diaspora française à New York, des défis de distribuer un long-métrage francophone aux États-Unis, et aussi de ce rêve, discret mais bien présent : une éligibilité aux Oscars.

Leur ambition pour le film ne s'arrête pas à la projection festivalière. Elles parlent avec passion de la constitution de communautés artistiques françaises aux États-Unis, de la nécessité de rendre visible ce cinéma qui dit quelque chose d'universel dans une langue et à travers des paysages qui nous appartiennent. Her Song n'est pas un film nostalgique. C'est un film vivant, qui croit à la beauté des liens humains — et le public de San Jose, ce soir-là, l'a bien compris.

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