Il restait 5,1 secondes à jouer, samedi, jour d'Halloween, quand Veronica Burton a planté les deux lancers francs de la délivrance. Les Golden State Valkyries, qui ne disputaient que leur deuxième saison, tenaient leur titre WNBA, au bout d'un match 7 haletant face à Atlanta. Et dans ce sacre, il y a beaucoup de bleu-blanc-rouge : une MVP des Finales, une remplaçante qui a pulvérisé les records et une pivot appelée en renfort à quelques jours des playoffs. Portrait de trois Françaises devenues reines de la Bay, et mode d'emploi de la parade de mercredi.


Les Valkyries championnes WNBA dès leur deuxième saison
Commençons par une petite leçon de sport à l'américaine. Ici, pas de montée ni de descente : une ligue crée une nouvelle équipe de toutes pièces, une expansion team (franchise d'expansion), et celle-ci démarre en général tout en bas. Les Valkyries, lancées en 2025, ont décidé d'ignorer le règlement implicite. Dès leur première saison, elles sont devenues la première franchise d'expansion de l'histoire de la WNBA à se qualifier pour les playoffs. Un an plus tard, les voilà championnes.
La finale contre l'Atlanta Dream a tenu toute la Bay Area en haleine. Menées 2-1 après deux défaites, les joueuses de Natalie Nakase ont arraché les matchs 4 et 5, perdu le 6 en Géorgie, puis tout misé sur le match 7, disputé à domicile le samedi 31 octobre 2026. Score final : 68-63. C'était la toute première finale WNBA allée jusqu'à sept matchs dans les 30 ans d'histoire de la ligue. Selon NBC Sports, aucune équipe d'expansion n'avait jamais été aussi rapide à décrocher un titre dans le sport professionnel américain.
Le propriétaire Joe Lacob avait promis à sa coach, en octobre 2024, un titre dans les cinq ans. Il en aura fallu deux.
Gabby Williams, MVP des Finales WNBA et héroïne du match 7
À la mi-temps du match décisif, Gabby Williams n'avait marqué que 2 points, et les Valkyries étaient menées de six longueurs. Ce qui a suivi fera partie du folklore local. L'ailière a inscrit 15 points dans le seul troisième quart-temps, enchaîné les tirs à trois points, et terminé avec 30 points, dont 28 en deuxième mi-temps : un record pour un match de Finales WNBA. Ajoutez quatre interceptions et deux contres, et le trophée de MVP des Finales (meilleure joueuse de la série) ne faisait plus vraiment de doute. Sur l'ensemble de la finale, elle a tourné à 19,6 points par match, et NBC Sports la crédite du plus grand total de points jamais marqué sur une série de Finales.
Pour les lecteurs qui découvrent la joueuse : Gabby Williams, 30 ans, est née dans le Nevada, a joué à l'université de UConn, la fabrique à championnes du Connecticut, et défend les couleurs de la France, dont elle est la capitaine. Elle compte une médaille de bronze olympique (Tokyo) et une d'argent (Paris 2024) avec les Bleues. Sa part française lui vient de sa famille, avec une grand-mère parisienne. Elle a aussi un peu grandi dans la Bay Area, ce qui rend son arrivée aux Valkyries, au printemps 2026, d'autant plus symbolique. Elle confiait alors que parfois, elle avait l'impression de rêver.
Sa saison régulière avait déjà été la meilleure de sa carrière : 14,4 points par match, une sélection dans la meilleure équipe défensive de la ligue et une deuxième place au vote de la meilleure défenseure de l'année.
Janelle Salaün, meilleure remplaçante de la WNBA et recordwoman
Voilà une histoire qui parlera à tous ceux qui ont dû accepter un rôle moins visible en arrivant aux États-Unis. En 2025, pour sa saison de rookie (débutante), Janelle Salaün avait été titulaire dans 33 de ses 36 matchs, avec à la clé une place dans l'équipe type des rookies. En 2026, la coach lui a demandé de sortir du banc. Elle n'a plus été titulaire une seule fois.
Résultat : la Parisienne de 25 ans, médaillée d'argent aux Jeux de Paris, a été élue meilleure sixième joueuse de la saison (Sixth Player of the Year, le prix de la meilleure remplaçante), à l'unanimité des 74 votants. Une première depuis la création du prix en 2007, selon le San Francisco Standard. Au passage, elle a établi les records WNBA sur une saison pour une remplaçante en points (509) et en paniers à trois points, avec 12,7 points de moyenne en 22 minutes de jeu.
Le prix lui a été remis avant un match à Chase Center, et elle n'a pas retenu ses larmes. « J'ai toujours fait des sacrifices, fait le travail que les gens ne voient pas », résumait-elle dans les colonnes du SF Standard. En finale, la rotation s'est resserrée et elle a parfois regardé ses coéquipières depuis le banc, comme lors du match 5. Mais sans sa saison, les Valkyries ne seraient sans doute pas allées jusque-là.
Aminata Gueye, de la finale mondiale aux playoffs WNBA en deux semaines
Le parcours d'Aminata Gueye ressemble à un scénario de film. Le 13 septembre 2026, à Berlin, elle dispute la finale de la Coupe du monde avec les Bleues, battues par les États-Unis (97-79). Clin d'œil savoureux : Natalie Nakase faisait alors partie du staff de l'équipe américaine. Une semaine plus tard, le 20 septembre, la pivot de 24 ans (1,91 m), qui sortait d'une saison en Espagne à Saragosse après être passée par Villeneuve-d'Ascq, signe un contrat jusqu'à la fin de la saison avec les Valkyries.
Qui a poussé pour la recruter ? Gabby Williams elle-même. « Mettez-la sur le terrain. Cette fille est prête », avait lancé la capitaine des Bleues, citée par le SF Standard. Elle avait raison. En demi-finale face aux Las Vegas Aces, la coach a confié à la rookie une partie de la défense sur A'ja Wilson, meilleure marqueuse de la ligue. Pour le match 1, remporté 71-60, Gueye a inscrit 9 points à 4 sur 5 au tir, en 13 minutes. Pas mal pour sa troisième apparition en WNBA.
Elle est arrivée pour remplacer, dans l'effectif, une autre Française : Iliana Rupert, qui a manqué toute la saison 2026 en raison de sa grossesse.
Avant elles, trois Françaises seulement avaient été championnes WNBA
La WNBA, c'est la ligue professionnelle féminine nord-américaine, considérée comme la plus relevée au monde. Sa saison se joue entre le printemps et l'automne, ce qui permet aux joueuses de rejoindre des clubs européens l'hiver (Janelle Salaün a d'ailleurs signé cet été avec Galatasaray, à Istanbul).
Jusqu'ici, seules trois Françaises avaient remporté le titre : Sabrina Palie avec Detroit en 2006, Sandrine Gruda avec Los Angeles en 2016 et Iliana Rupert avec Las Vegas en 2022. Elles étaient chacune seule de son côté. Cette fois, elles sont trois à soulever le trophée la même année, avec la même équipe. Pour un basket français qui venait de décrocher l'argent mondial, l'automne est plutôt doux.
Parade des Valkyries le mercredi 4 novembre : le mode d'emploi
San Francisco fête ses championnes le mercredi 4 novembre 2026, de 12 h à 14 h, le long de l'Embarcadero. Voici ce qu'il faut savoir.
- Suivez le parcours. Le cortège part du Ferry Building, à hauteur de Mission Street, descend l'Embarcadero vers le sud et se termine à l'angle de King Street et de Second Street, près d'Oracle Park.
- Arrivez tôt. Les fans peuvent s'installer le long du parcours à partir de 9 h.
- Guettez les tambours. Gabby Williams et le maire Daniel Lurie doivent lancer la parade en jouant du tambour, un clin d'œil à la tradition des matchs à domicile.
- Prenez le BART. Descendez aux stations Embarcadero ou Montgomery ; BART prévoit des trains supplémentaires.
- Oubliez le tram F et la ligne N. Ces lignes Muni seront suspendues le long de l'Embarcadero de 9 h 30 à 15 h.
- Ne comptez pas sur la voiture. De nombreuses rues seront fermées entre minuit et 16 h, de Broadway à King Street, et les robotaxis seront interdits dans une grande partie du secteur. La liste complète des fermetures est publiée sur sf.gov.
Et si vous croisez une joueuse des Valkyries, un « bravo » en français devrait faire son petit effet.
Le Petit Journal San Francisco félicite nos championnes !
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