Fondée par Mélanie Desliens et Fanny Ostojic, cette plateforme culturelle de San Francisco réinvente l'événement éphémère à travers des « Happenings » où créateurs, chefs et artistes partagent un même moment hors du temps. Il existe des soirées dont on sait, dès les premières minutes, qu'elles ne ressemblent à rien de ce que l'on a déjà connu. Pas de cocktail d'entreprise, pas de vernissage impersonnel, pas de réseau à tisser sous l'éclairage froid d'une galerie. Foreground, c'est autre chose : une promesse d'intensité, de connexion vraie, de beauté partagée. Une plateforme culturelle née à San Francisco, portée par deux Françaises passionnées qui ont décidé de transformer l'événement en œuvre d'art.


Deux parcours, une vision commune
Nous voulions créer un espace safe, loin des injonctions des réseaux sociaux, où les créateurs peuvent simplement être
Mélanie Desliens et Fanny Ostojic se sont rencontrées dans les milieux de l'art et du cinéma — deux univers où l'on apprend vite que la forme compte autant que le fond, et que l'émotion ne se décrète pas. Forte d'expériences ancrées dans ces deux sphères créatives, les deux femmes, aux parcours impressionnants ont progressivement convergé vers une même conviction : les événements culturels existants ne remplissaient plus leur promesse. Trop grands, trop froids, trop formatés pour les réseaux sociaux.
Leur réponse s'appelle Foreground. La plateforme est née de l'envie de concevoir des rassemblements où la qualité de la présence prime sur la quantité des invités, où chaque détail — le vin choisi, l'artiste invité, la disposition de la salle — participe d'une intention globale. Une sorte de mise en scène totale du moment.
« Nous voulions créer un espace safe, loin des injonctions des réseaux sociaux, où les créateurs peuvent simplement être. »
Le « Happening » : l'événement comme œuvre d'art
Le concept central de Foreground, c'est le « Happening » — un terme emprunté à l'histoire de l'art, qui désigne ici un événement unique, non reproductible, pensé comme une œuvre à part entière. Chaque Happening est organisé en différents « chapitres » qui permettent aux arts culinaires et aux arts plastiques de dialoguer et de se nourrir mutuellement.
La philosophie est radicale dans sa simplicité : personne n'est spectateur. Le chef, le vigneron, le sculpteur, le violoniste, le danseur et l'invité sont tous considérés comme des « contributeurs au moment ». Cette abolition des hiérarchies traditionnelles — entre celui qui produit et celui qui consomme — est ce qui distingue Foreground de toute autre initiative culturelle dans la Bay Area.
La gastronomie n'est pas un prétexte ou un décor : elle est élevée au même rang que les arts visuels ou la musique. Les vignerons et les chefs sont invités à présenter leur travail, à expliquer ce qu'il y a dans les verres et dans les assiettes. Ce qu'on mange et ce qu'on boit deviennent des œuvres à part entière.
Premier Happening : une nuit à l'Atelier Crenn
C'est exactement ça, Foreground : la beauté là où on ne l'attend pas.
Le 15 novembre 2025, Foreground dévoilait son premier Happening au grand public, en choisissant l'un des restaurants les plus emblématiques de San Francisco : l'Atelier Crenn, table triplement étoilée de la cheffe Dominique Crenn, dont la philosophie culinaire est profondément ancrée dans la nature et dans la poésie.
Le thème de la soirée — l'environnement — a guidé chaque choix. Les vins retenus étaient ceux de Hamel Family Wine, un domaine qui pratique l'agriculture sèche (dry farming) et puise son eau dans la roche volcanique, en forant à grande profondeur. En regard, l'artiste invité était Mark Baugh-Sasaki, sculpteur d'origine japonaise dont l'œuvre mêle photographies de roches imprimées sur plaques de verre et travail du bois. La connexion entre le vigneron et le sculpteur s'est avérée si organique qu'ils ont naturellement échangé, comparé leurs approches, trouvé des résonances insoupçonnées.
À cela s'ajoutait la maison Telmont, champagne bio soutenu par Leonardo DiCaprio, dont l'engagement environnemental résonne directement avec la vision de Dominique Crenn. Et pour briser encore un peu plus les conventions, le violoniste Scott Tixier — six fois récompensé aux Grammy Awards — a donné un mini-concert… directement dans la cuisine du restaurant, à côté de la machine à chocolat.
« Scott Tixier jouait du violon à côté de la machine à chocolat. C'est exactement ça, Foreground : la beauté là où on ne l'attend pas. »
La liste des invités reflétait cette même ambition de décloisonnement : Sasha De Sola, première danseuse étoile du San Francisco Ballet, a été si touchée par la soirée qu'elle a proposé spontanément une future collaboration artistique avec Scott Tixier. De même, une influenceuse culinaire était également présente et très engagée dans les échanges autour de la gastronomie. Parmi les autres créateurs invités : la tapissière Chloé Bensahel (résidente MIT), la sculptrice Manuèle Bernardi, et l'intervenante Candace Huey.
Prochains rendez-vous : du désert de Joshua Tree aux vignes de Sonoma
Fidèle à son attachement aux lieux porteurs de sens, Foreground prépare ses prochains Happenings dans deux cadres radicalement différents — mais tout aussi chargés d'histoire et d'émotion.
Le premier se tiendra à l'Invisible House, une demeure spectaculaire du désert de Joshua Tree (Californie du Sud), dont les façades entièrement recouvertes de miroirs reflètent le paysage aride à l'infini. La maison appartient à Chris Hanley, producteur de cinéma culte — on lui doit notamment American Psycho, The Virgin Suicides et Spring Breakers — et grand collectionneur de Pop Art des années 1960. Hanley possède cette sensibilité rare qui connecte le monde du rock, du cinéma, de l'architecture et de la peinture. Un terrain de jeu idéal pour Foreground.
Le second Happening se déroulera dans les vignobles de Sonoma, dans un esprit délibérément bucolique, imprégné de cette atmosphère de rêve californien que les fondatrices souhaitent capturer dans toute sa pureté. Entre les rangs de vignes, loin des écrans, Foreground continuera d'inventer ses instants d'éternité.
Un antidote à l'événementiel ordinaire
Dans un paysage culturel saturé d'événements conçus pour être photographiés et partagés, Foreground fait le pari inverse : créer des expériences qui n'existent que dans le souvenir de ceux qui y étaient. Ni réplicables, ni reproductibles, ni même vraiment descriptibles.
Ce que Mélanie Desliens et Fanny Ostojic ont compris, c'est que la rareté est devenue le nouveau luxe. Pas la rareté du prix ou de l'exclusivité sociale, mais celle de l'instant vrai — quand un vigneron et un sculpteur se découvrent une passion commune pour la roche, quand une ballerine propose à un violoniste de danser ensemble, quand la cuisine devient scène de concert.
Foreground n'est pas un événement. C'est un état d'esprit.
Foreground est une plateforme culturelle basée à San Francisco, fondée par Mélanie Desliens et Fanny Ostojic. Elle conçoit des événements éphémères — les « Happenings » — à l'intersection de l'art, de la gastronomie, du design et du vin, en Californie et au-delà.
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