Édition internationale

Journée mondiale de la femme : San Francisco célèbre, résiste et se souvient

Chaque année, le 8 mars marque un temps d'arrêt collectif. Une date gravée dans l'histoire des luttes sociales, qui résonne aujourd'hui avec une acuité particulière dans un contexte politique américain marqué par des reculs institutionnels sur les droits des femmes. À San Francisco, comme dans de nombreuses villes du monde, la journée se décline sous mille formes — de la mobilisation militante à la célébration culturelle.

Des tetes de femmes en cercleDes tetes de femmes en cercle
Écrit par Anne-Lorraine Bahi
Publié le 8 mars 2026, mis à jour le 9 mars 2026

 

Une histoire née des luttes ouvrières

La Journée internationale des droits des femmes trouve ses racines au début du XXe siècle. La première Journée nationale de la femme aux États-Unis est observée le 28 février 1909, organisée par le Parti socialiste américain en hommage à la grève des ouvrières du textile de New York en 1908, qui protestaient contre leurs conditions de travail. En 1910, l'Allemande Clara Zetkin propose une journée internationale pour défendre les droits des femmes et promouvoir le droit de vote, une idée soutenue par plus de 100 femmes issues de 17 pays. La date du 8 mars s'impose progressivement, et l'ONU en fait une journée officiellement reconnue à l'échelle mondiale.

Depuis lors, les avancées ont été considérables : droit de vote conquis en France en 1944, légalisation de la contraception, accès à l'éducation et aux professions longtemps réservées aux hommes, reconnaissance juridique des violences conjugales. Mais le chemin reste long. Aux États-Unis, la révocation en 2022 de l'arrêt Roe v. Wade a constitué un choc symbolique et concret, privant des millions de femmes de l'accès à l'avortement dans plusieurs États.

 

Les femmes françaises qui ont osé

Les pionnières (XVIIIe – XIXe siècle)

  • Olympe de Gouges (1748-1793) — autrice de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (1791), guillotinée pour ses idées
  • Flora Tristan (1803-1844) — militante socialiste et féministe, précurseure du mouvement ouvrier
  • George Sand (1804-1876) — écrivaine qui a incarné l'émancipation féminine par ses choix de vie autant que par son œuvre

Le tournant du XXe siècle

  • Hubertine Auclert (1848-1914) — première à se revendiquer publiquement « féministe », militante pour le droit de vote
  • Marguerite Durand (1864-1936) — journaliste, fondatrice du journal féministe La Fronde
  • Marie Curie (1867-1934) — symbole de la place des femmes dans la science, dans un monde qui leur était hostile

L'après-guerre et la révolution des mœurs

  • Simone de Beauvoir (1908-1986) — autrice du Deuxième Sexe (1949), ouvrage fondateur du féminisme moderne
  • Gisèle Halimi (1927-2020) — avocate emblématique, défenseure des droits des femmes devant les tribunaux (procès de Bobigny, 1972)
  • Simone Veil (1927-2017) — ministre qui a fait voter la loi sur l'IVG en 1975, au prix d'un combat parlementaire historique

Les voix contemporaines

  • Annie Ernaux (née en 1940) — prix Nobel de littérature 2022, dont l'œuvre explore le corps, la classe et la domination masculine
  • Rokhaya Diallo (née en 1978) — militante et journaliste, à l'intersection du féminisme et des questions raciales

 

À San Francisco, la rue et la scène

Cette année encore, la ville se mobilise avec un agenda varié qui reflète la pluralité des engagements.

Du côté du mouvement Women's March, un rassemblement protestataire est organisé à Union Square, au coin de Stockton et Geary, à partir de 10h du matin, pour défendre les droits, les corps et l'avenir des femmes. L'appel est sans détour : pas besoin d'autorisation, il suffit de se montrer.

Par ailleurs, un rassemblement spécifiquement dédié aux femmes mexicaines se tient devant le Consulat, sous la bannière "Hasta que la dignidad se haga costumbre" — "Jusqu'à ce que la dignité devienne une habitude" — une mobilisation ouverte à toutes en solidarité, enfants bienvenus.

Sur un registre plus festif, le Kilowatt Bar accueille dès 13h un concert de groupes à chanteuses — ska, rockabilly et punk rock — avec The Nineteens, Bond Girl et Lolah pour célébrer la journée sur scène.

Enfin, pour ceux qui préfèrent voguer plutôt que marcher, une croisière à bord de la goélette Freda B au départ de Sausalito propose une balade sur la baie de San Francisco à la découverte de figures féminines marquantes de la région : de la chanteuse Janis Joplin à l'architecte Julia Morgan, en passant par Lotta Crabtree et Alma de Bretteville.

 

Un écho mondial, une résonance locale

San Francisco s'affirme depuis longtemps comme un foyer d'activisme féministe, accueillant chaque année une programmation qui mêle marches, forums universitaires, expositions artistiques et ateliers citoyens. En cette journée du 8 mars 2026, la ville confirme cette vocation : celle d'un espace où la mémoire des luttes passées nourrit l'énergie des combats présents.

La communauté francophone aura rendez-vous au Marina Theater. Le documentaire On avance à ton rythme d'Alexia Cornu est projeté à 15h, suivi d'une séance de questions-réponses en présence de la réalisatrice — en français, avec sous-titres en anglais. Ce premier film retrace la convalescence d'une mère après un cancer digestif et l'inversion progressive des rôles entre une fille et sa maman — une exploration de la résilience, du lien familial et du corps en mouvement. Coach sportive experte en physiologie féminine depuis plus de quinze ans, Alexia Cornu est à la fois l'autrice du film et l'un de ses sujets, aux côtés de sa mère.

 

Alexia Cornu : une Française, mille projets et un documentaire très personnel

 

Dans un registre plus intime, McKenna Theatre a accueilli hier, 7 mars,  une célébration sous le thème "Seen" — "Être vue" — avec petit-déjeuner continental, musique live, performances de danse, témoignages et tombolas. Un moment de sororité ouvert à toutes, autour de femmes qui ont œuvré dans l'ombre.

 

Des rues aux salles de cinéma, des quais de Sausalito aux scènes musicales, la ville rappelle que les droits des femmes ne sont jamais définitivement acquis, mais qu'ils se défendent à chaque génération avec la même énergie. À toutes les femmes de la Bay Area et d'ailleurs : votre force, votre voix et votre présence comptent — aujourd'hui, et chaque jour de l'année.

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