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EMMANUELLE BOUDIER - "La CCFB ne doit surtout pas être franco-française"

Par Lepetitjournal Rio de Janeiro | Publié le 05/07/2015 à 22:04 | Mis à jour le 08/02/2018 à 14:02

Cofondatrice avec son mari, Christian Boudier, de Bonfilm, connue notamment pour son organisation du Festival Varilux de cinéma français, Emmanuelle Boudier a succédé en février à Yves-Marie Gayet au poste de directrice exécutive de la Chambre de commerce France Brésil (CCFB) à Rio. Elle se confie au Petitjournal.com sur son parcours, ses nouvelles fontions, ses ambitions et ses conseils aux entrepreneurs français au Brésil.  

Lepetitjournal.com : Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?
Emmanuelle Boudier : Diplômée de Sciences Po, j’ai commencé ma carrière dans une filiale du grand groupe français Havas, au sein duquel je suis restée huit ans. Puis, mon mari ayant été nommé au Mexique, je l'ai suivi et ai commencé alors à faire de la production culturelle, notamment en montant à Acapulco le premier festival de films français. Puis je suis rentrée en France, où j’ai travaillé pour le journal économique et financier La Tribune, en charge de l’organisation des événements et conférences, puis comme directrice de la communication au Forum des Images.  À partir de là, ma vie professionnelle n´a cessé d´osciller entre le monde de la culture et celui de l’entreprise.

Comment êtes-vous arrivée au Brésil ?
Je suis arrivée à Rio en 2004, quand mon mari a été nommé attaché audiovisuel au Consulat pour trois ans. J’avais un travail que j’adorais à Paris, mais l´appel du Brésil a été plus fort ! C’était une promesse, un rêve, c’était aussi un moment où l’on sentait que le Brésil frémissait et allait décoller.En 2007, nous avons décidé de rester : le Brésil explosait, on voyait énormément d’opportunités d’y développer des activités et de s’y épanouir. C’était enthousiasmant, l’énergie que l’on ressentait. Le dynamisme, le sentiment que tout était possible, alors que la France avait l’air un peu sclérosée.

Au niveau professionnel, quelles ont été vos expériences au Brésil ?
J’ai été directrice de la Casa França-Brasil pendant l’année de la France au Brésil, en 2009, puis directrice de la communication et du marketing à l’Alliance française. Et puis j'ai rejoint la société de production créée par mon mari, Bonfilm, dans laquelle je suis toujours associée. J´y ai travaillé, entre autres, sur plusieurs éditions du Festival Varilux de cinéma français, sur l’exposition de photographies de Yann Arthus-Bertrand, "La Terre vue du ciel", qui a fait le tour du Brésil, et aussi sur l'exposition "Musique et cinéma" à São Paulo.Je me considère comme polyvalente et multiculturelle. Mes expériences m'ont permis de connaître aussi bien le monde de l'entreprise, le fonctionnement des grandes institutions et l'aspect "terrain" d'une toute petite structure où l'on doit savoir tout faire. Toujours liée à la France, j’essaie de ne pas rompre le lien avec mon pays de naissance. Il y a et je souhaite qu'il y ait toujours un lien avec la France dans ce que je fais, dans le monde de l'entreprise comme dans le secteur culturel.

Vous êtes désormais en plus à la tête de la CCFB à Rio, quel est son rôle ?
La CCFB a pour principale mission d’essayer d’aider les entreprises françaises à se développer au Brésil. La deuxième, c’est de renforcer la bilatéralité, faire dialoguer les entreprises françaises avec les entreprises brésiliennes, essayer de susciter des opportunités de business entre elles. Notre rôle est d’animer les différents secteurs pour que les échanges aient lieu. Cela passe avant tout part du networking, et c’est donc intéressant d’avoir à la Chambre quelqu’un qui sache à la fois trouver des thématiques, monter des événements, faire se rencontrer les gens, organiser le dialogue. Nous devons être extrêmement ouverts : petites, moyennes, grandes entreprises, nous essayons d´être attentifs à toutes les idées véhiculées par nos associés. Nous les analysons et si nous pensons qu’elles sont pertinentes, nous essayons de les monter ensembles. La Chambre sert aussi à mettre en relation les entreprises avec les institutions gouvernementales brésiliennes, et aussi des organismes comme la Firjan, le Sebrae, etc. Toutes ces institutions interprofessionnelles développent des plates-formes d’échanges avec lesquelles nous essayons le plus possible de nous associer pour ouvrir des portes aux entreprises qui passent par nous pour se faire entendre.

Avez-vous des exemples concrets à donner ?
Nous fonctionnons par commissions sectorielles, en nous appuyant sur nos associés et conseillers pour pouvoir trouver des thématiques qui intéressent et mobilisent les différents secteurs. Nous avons une dizaine de commissions, plus ou moins actives selon la conjoncture. Nous venons de créer une Comission Gastronomie et sommes entrain de mettre sur pied une Commission Développement Durable. Grâce à ces réunions, nous faisons avancer la réflexion, renforçons les liens et sommes plus unis et plus forts pour représenter les entreprises face aux légilations et aux organes gouvernementaux.

Quels sont les problèmes que les entreprises françaises peuvent être amenées à connaître en s’installant au Brésil ?
Que ce soit en termes législatif, de culture d’entreprise et de relations humaines, ce n’est pas simple pour une entreprise française de comprendre le Brésil. Il y a une grande proximité affective, il y a un capital sympathie important. Mais quand on monte son entreprise au Brésil, on s’aperçoit qu’il y a des fonctionnements qui sont très différents de la France. Pour les entreprises françaises, surtout pour les petites et moyennes, il est important d’avoir la possibilité de comprendre comment ça marche et, sur ce point, nous avons un rôle à jouer, encore plus en cette conjoncture économique et politique difficile. Il faut aider les entreprises à resserrer les liens, essayer d’être créatives, identifier les créneaux où peut-être, grâce à la crise, il va être intéressant d’investir. Il y a certainement des opportunités de business à développer dans de nombreux secteurs.

Justement, quels sont selon les secteurs les plus porteurs selon vous ?
Sur l’énergie, il y a des cartes fantastiques à jouer, sur tout ce qui est développement durable aussi. Ce sont des secteurs où les entreprises françaises ont quelque chose à proposer. Le Brésil a encore beaucoup à faire pour se transformer et s’améliorer sur la matrice énergétique qui est en plein bouleversement ici. J´ajouterais aussi l´agrobusiness et les transports. Il y a aussi le secteur de la gastronomie. L’année 2015 a été déclarée par le ministre des Affaires étrangères comme année de la “gastrono-diplomatie“. C’est effectivement un secteur important au delà de son seul poids économique car il contribue au "capital sympathie" de la France au Brésil, au même titre que le cinéma, la mode. Il ne faut surtout pas réduire la France à cette image glamour et il est important de communiquer aussi sur nos avantages technologiques et industriels. Mais je trouve fondamental de continuer, parallèlement, à entretenir notre image de "savoir vivre".

Justement, lors du dernier "Conexão Carioca" de la CCFB, en mai, vous avez lancé la Commission Gastronomie, quelle est sa fonction ?
Les restaurateurs à Rio sont souvent de petites structures et tous se heurtent à de nombreux problèmes, qui vont de la formation des cuisiniers et du personnel en salle à la difficulté d'importer des produits. La Commission a pour but de réunir des représentants de la profession pour identifier les problématiques et aider les acteurs à agir et résoudre les problèmes ensembles. La CCFB suscite des rencontres pour trouver des solutions, c’est le principe des commissions.

Qu’est-ce que vous voulez changer à la CCFB ?
Je pense que nous n’avons pas suffisamment d’entreprises brésiliennes associées à la Chambre. L'aspect bilatéral est fondamental. Avoir des entreprises brésiliennes associées, c'est essentiel pour que les entreprises françaises puissent rencontrer leurs homologues brésiliennes et les comprendre davantage. Il ne faut surtout pas que nous soyons franco-français.Je souhaite aussi améliorer la communication sur nos activités et initiatives et sur celles de nos associés, car souvent les gens se demandent ce que nous faisons "concrètement". Mieux on communique, plus on donne envie de participer et plus on enrichit la réflexion. Ma mission est la même que mes prédécesseurs, mais chacun a un style différent et définit des priorités. Mon apport, venant pour partie du monde de l'événementiel, consiste à aussi savoir animer et communiquer, rendre visible tout ce que nous faisons. Pour le reste, il y a des secteurs sur lesquels mes compétences et connaissances sont encore limitées, mais ce qui importe, c’est de bien s’entourer et, sur ce point, je m’appuie sur le savoir- faire et les conseils de nos associés.

Vous qui êtes désormais carioca, quelles sont vos bonnes adresses dans la ville ?
J´apprécie particulièrement le restaurant Miam Miam, c’est celui où je vais le plus souvent. J’aime l’originalité, le menu, la déco, je les trouve très sympathiques et créatifs. J’adore aussi aller au Zaza Bistro à Ipanema, et puis comme j’aime beaucoup la cuisine et les cocktails péruviens, le Lima Restobar est la référence. Pour la cuisine japonaise, je recommande le Miako, rua Farani à Botafogo, abordable, avec une belle ambiance. Pour les déjeuners professionnels, le Laguiole, tout près du bureau, pour sa cuisine et pour le chemin qui y mène, qui me rappelle toujours les scènes du film L´Homme de Rio. Côté plages, quand j’y vais, j’essaye d’aller loin, vers Grumari, c’est la plage, la vraie. J’aime également beaucoup me promener en forêt, il y a des randonnées magnifiques dans la forêt de Tijuca et j´adore, après l´effort, déjeuner aux Esquilos. Cela ressemble à un beau refuge, surtout l'hiver, quand il y a un feu de cheminée, pour "matar a saudade". Ce qui est magnifique à Rio, c’est que l’on peut passer d’un degré d’urbanité extrême à une nature totale. On a l’impression, malgré le tumulte et la concentration urbaine délirante à certains endroits, que la nature n’a jamais perdu ses droits. C’est ce qui fait l’attrait de cette ville et qui la rend unique au monde. Passer du croisement de Rosário et Uruguaiana à 13h au sommet des Dois Irmões en quelques quarts d’heure, c’est un contraste unique et bouleversant.

Propos recueillis par Damien LARDERET (www.lepetitjournal.com - Brésil) lundi 6 juillet 2015

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