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PEINE DE MORT – Abolie depuis plus de 120 ans, elle reste toujours à l’esprit des Brésiliens

Par Lepetitjournal Rio de Janeiro | Publié le 14/11/2013 à 23:04 | Mis à jour le 15/11/2013 à 06:16

Malgré la violence qui continue de le caractériser, le Brésil a aboli très tôt la peine de mort et n'a quasiment jamais remis en question ce fondement de la Constitution. Même si son rétablissement reste cependant régulièrement débattu en raison d'un système judiciaire très tolérant, il apparaît peu probable qu'elle resurgisse effectivement un jour.

Le Brésil a beau être toujours considéré comme un pays "en développement", il est et a été en avance sur bien d'autres pays dits développés dans certains domaines comme l'abolition de la peine de mort. Sans doute influencé par son colonisateur portugais qui l'avait déjà abolie dès 1867 ? c'est le premier pays européen dans ce cas -, le Brésil l'a inscrit dans le marbre de sa Constitution en 1889, juste après le Venezuela, pionnier en Amérique du Sud.

La dernière exécution remonte, selon les sources, à 1855 ? l'accusé aurait été innocent ?, 1861 ou 1876 ? mais il s'agissait d'un esclave et non d'un homme libre -. C'est lors de cette dernière année que l'empereur Dom Pedro II a décidé d'en finir avec la peine capitale. Il faut cependant attendre l'instauration de la République en 1889 pour voir la peine de mort abolie pour les crimes communs dans la Constitution.

Exception en temps de guerre
En 1937, la Constitution de l'Estado Novo du président Getulio Vargas intègre cependant une exception en temps de guerre. A ce jour, c'est la seule configuration dans laquelle la peine de mort reste applicable au Brésil. Elle concerne principalement les militaires en cas de haute trahison, de génocide, d'espionnage et autre conspiration.

Lors de la dictature militaire, de 1964 à 1988, le régime entend instaurer la peine de mort pour des crimes de nature politique dans sa Loi de sécurité nationale, mais la Cour suprême du Brésil a constamment remplacé les peines capitales menaçant les opposants par des peines de prison à vie. Aucune exécution légale n'a ainsi eu lieu, le régime appliquant alors torture et exécutions sommaires de manière clandestine. La fin de la dictature en 1988 et le retour d'un régime démocratique replacera de manière définitive l'abolition de la peine de mort dans la Constitution. 

Le revers de l'humanisme brésilien
Si le Brésil s'inscrit ainsi dans une tradition désormais ancienne d'absence de peine capitale et la défend à l'échelle internationale, le sujet de son rétablissement revient régulièrement sur la table tant la violence est quotidienne. Les crimes horribles touchant des enfants ? affaires João Hélio en 2007 ou Isabella Nardoni en 2008 ? provoquent constamment des relances de l'opinion publique en ce sens, d'autant plus que la prison à perpétuité n'existe pas au Brésil. Un individu ne peut rester en réclusion plus de trente ans.

Ce côté "humaniste" du Brésil a ses limites tant il est connu que la police militaire n'hésite pas à faire justice elle-même en toute impunité ou presque. La récente affaire Amarildo ? dont la culpabilité n'a jamais été démontrée ? en a été un parfait exemple. La faute,  selon le chercheur Gérard Police, spécialiste du Brésil, dans une chronique parue en 2007 sur le site blada.com, à une faillite du pouvoir, de haut en bas : "Au Brésil, le crime paie. Le crime rapporte. Le crime est un métier à moindres risques. La grande majorité des délinquants ne sont même pas inquiétés. Les politiciens voyous sont absous par leurs coreligionnaires voyous. Les patrons voyous soudoient des magistrats voyous. Les petits voyous payent les policiers voyous. Les voyous emprisonnés dirigent en sécurité leurs activités criminelles depuis leur cellule, par téléphone."

Depuis le début des années 1990, les sondages montrent ainsi une population brésilienne divisée avec une moitié pro-peine de mort et l'autre anti, mais avec toujours une courte majorité de personnes favorables à son application. Cependant, l'abolition de la peine capitale étant désormais un droit fondamental ne pouvant être modifié, il faudrait un changement de Constitution pour pouvoir la rétablir. 

Corentin CHAUVEL (www.lepetitjournal.com - Brésil) vendredi 15 novembre 2013

*Photo : Fernando Tatagiba / Flickr

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