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Perth FRINGE WORLD festival: retour sur la première semaine

Par Isabelle de Casamajor | Publié le 22/01/2022 à 22:00 | Mis à jour le 23/01/2022 à 00:42
Perth Fringe world festival

Très attendu après une édition précédente plutôt calme dû aux restrictions de capacités, le Perth FRINGE WORLD festival a démarré avec brio. Northbridge regorge de vie et cela fait du bien.

Vous vous sentez dépassé par le programme du Fringe World ? N'ayez crainte, vous n’êtes pas les seuls. Le petit journal vous propose une critique de quelques spectacles, mais il ne s’agit en aucun cas d’une sélection des meilleurs spectacles.

 

Perth Fringe World festival: Mercy

Mercy au Subiaco Art center

Quel début fantastique pour FRINGE WORLD, avec quelques réminiscences du film Seven. C'est dans le registre de la grâce et de la danse que prennent forme les stigmates et la dissimulation des sept péchés capitaux. L'orgueil, la cupidité, la paresse, la luxure, l'envie, la gourmandise et la colère, au cas où vous en oublieriez un.

Après une brève introduction où les interprètes sont encore dans leur « être » habituel, chacun des sept danseurs en solo et en groupe, jamais identiques, jamais fixes, toujours instables, précaires, éphémères, en transformation, leurs gestes et leurs émotions nous font passer d'un péché à l'autre, à travers des sensations corporelles et des ramifications intellectuelles.

Un message fort, une super musique, une interprétation viscérale et des danseurs fabuleux qui ont donné tout ce qu'ils avaient. On les sentait vraiment là, ils bougent, frôlent, sautent, tombent, s'entrelacent, se séparent, se battent, il n'y a aucune hésitation à ce qui est dépeint.

L'éclairage, le minimalisme et la proximité de la scène du Subiaco Arts Center apportent une certaine intimité avec les danseurs, comme s'ils nous livraient un secret. J'aime entendre le bruit des pas, des glissades et autres pirouettes. Même les petites incohérences de timing rendent le spectacle plus authentique.

On se demande toujours ce qui va suivre, c'est facile à suivre, le public était captivé du début à la fin et enchanté par la performance.

À la fin, chacun des danseurs reprend son apparence quotidienne comme si rien ne s'était passé, ils prennent même place au premier rang avant de revenir sur scène pour recevoir des applaudissements chaleureux et enthousiastes.

 

Perth FRINGE WORLD festival: A girl from Rio

A girl from Rio au Mint Night club à Northbridge

Une petite histoire, l'histoire de Carolina, Carioca qui a pris conscience qu'elle devait faire quelque chose de sa vie lorsque sa meilleure amie a été assassinée. Dévastée, elle n'a pas pu supporter la violence incessante de Rio et a dû partir : décision radicale.

Et elle est partie à Perth, en Australie occidentale. Pourquoi a-t-elle choisi Perth ? L'histoire ne le dit pas, pas pour la nourriture telle que nous l'avons comprise. La Vegemite est une blague facile, surtout pour les non-natifs.

Marcus Tranjan nous raconte cette histoire, à sa manière, avec un humour sec et sans chichis. Narrateur de la vie de Carolina, danseuse renommée au Brésil, il est avant tout son défenseur. Il n'a pas à faire beaucoup d'efforts, Carolina toujours souriante, brille et excelle sur des rythmes endiablés aux couleurs chatoyantes. Chaque morceau de musique ponctue une étape de sa vie ou une anecdote.

Même sous les airs de Samba, la réalité n'est pas toujours le lait et le miel, les luttes d'intégration, de gagne-pain et d'adaptation à une culture différente, mais c'est à nous d'en rire.

Les interventions de Marcus sont mesurées, il n'en fait jamais trop, juste assez pour introduire la prochaine chanson et Carolina apparaît dans un nouveau costume et cela va crescendo, toujours plus coloré, toujours plus lumineux.

Le public n'a pas tardé à participer, agitant les bras et tapant des mains au rythme de la musique et s'agitant parfois sur son siège. Il est impossible de ne pas aimer la musique.

Bien équilibré, ce spectacle nous offre un moment festif et drôle et on se laisse aller avec délice. C'était exactement ce dont nous avions besoin en ces temps troublés.

Je suis sûr que vous penserez à Carolina la prochaine fois que vous rencontrerez le personnel de nettoyage en sortant du bureau, et qu'une petite musique résonnera dans vos oreilles.

 

Perth FRINGE WORLD festival: You are

You are au Packeham Street Arts Space

Lorsque nous pénétrons dans le Packeham Street Art space, la lumière est tamisé, une brume de fumée a envahie l’espace et un homme se tient assit immobile devant un bol rempli d’eau. Cet homme porte une large chemise blanche : une bure de moine ? Une camisole ?

Quand le spectacle commence il plonge sa tête dans l’eau et y reste pour longue période de temps, est-ce un acte d’auto-mortification ?

Puis la musique prend une nouvelle tournure, plus dynamique, le danseur s’anime : « je bouge donc je suis », il utilise l’espace, l’explore jusqu’à que tout se fige. La musique fait place à des incantations et le mouvement à immobilité, on découvre alors l’intensité de l’immobilisme, un moment de réflexion.

Ceux sont des battements de cœur qui prennent la suite, il bat la chamade mais le corps ne suit pas , il semble souffrir, ce n’est pas faute d’essayer, encore et encore, jusqu’à l’effondrement.

Le corps s’éteint et au loin trois veuves noires s’approche à pas feutrés. Elles emporteront le corps.

C’est alors que les questions du début trouvent leur réponses. Le bol plein ‘d’eau n’est autre que le liquide amniotiques dans lequel baigne le fœtus.

Nous avons passé une vie en revue l’espace d’un moment, ce spectacle est profond, envoutant et aussi émouvant, la chorégraphie de Tyrone Earl Lraé Robinson remplace tous le mots possibles et la musique les transcende. Costume minimaliste mais chaque détail a son importance, le danseur porte à chaque doigts une sorte de dé qui donne à ses mains une plus grande finesse et les font paraitre plus longue. Les veuves noires elles portent des gants « passe-coudes » rouges, la couleur frappe quand leurs mains se posent sur le corps du danseur.

Le danseur Macon Escobal Riley est impressionnant de maitrise, chaque mouvement est une prouesse mais aussi l’expression de sentiments impérieux.

J’ai adore chaque minutes de ce spectacle, tout était parfait, jusqu’à l’espace utilisé qui donne lui dimension encore plus envoutante.

 

Nombreux spectacles vous attendent pour les quelques semaines à venir, profitez en...

 

 

Isabelle de Casamajor

Isabelle de Casamajor

A Perth depuis plus de 15 ans, depuis toujours passionnée de voyages, de photographie, d'art et de culture, l'Australie est pour moi un merveilleux terrain d'exploration. J'aime faire partager les endroits que j'aime et mes coups de coeur.
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