Samedi 24 octobre 2020

La vraie vie de Cow-boy australien

Par Samuel David | Publié le 09/09/2020 à 00:00 | Mis à jour le 09/09/2020 à 02:29
Cow Boy Kimberley

« May your adventures bring you closer together, even as they take you far away from home. » – Trenton Lee Stewart

5000kms et 10 jours de voyage plus tard, me voilà arrivé à Wyndham -East-Kimberley et plus précisément, à Diggers Rest Station.

Encore un de ces paris un peu fou, traverser l’Australie du Sud depuis Esperance, au Nord, mais pas comme tu l’aurais probablement fait. Non, par l’intérieur, par les « remote roads », ces routes sur lesquelles personne n’habite, personne ne voyage, et pour tout te dire, ces routes qui te mettent seul face à ta conscience. Ici pas de bullshit, tu dois penser d’abord à ta survie en cas de problème - dans ces zones exemptes de tout réseau téléphonique - et non pas à faire de jolies photos instagrammables.

Le moindre souci peut te coûter la vie si tu n’as pas pris un minimum de précautions. Je ne vais pas te raconter ce périple ici en détail, sache simplement que j’ai emprunté des
« dirt-roads » ou des pistes, traversé des villages fantômes, que j’ai parcouru parfois plusieurs centaines de kilomètres sans croiser une voiture ou un être humain, que j’ai vu de nombreux serpents, araignées et quantité d’autres animaux extrêmement hostiles, que j’ai dormi seul dans l’immensité au milieu de nulle part, où le silence si apaisant devient aussi pesant ! Bref, je ne suis pas un super héros, j’ai écouté les conseils, et surtout, surtout, je n’ai pris aucun risque. Pas facile de poser ta tente à même le sol, alors, il est vrai, parfois - souvent même - je dois te l’avouer, j’ai dormi dans la benne de mon Ute !

Pas de digression ici, si tu as déjà mis les pieds sur le continent australien, tu vois certainement de quoi je veux parler, si non, et bien, tu es comme moi, tu accroches « tes couilles » à ton cou et tu fais preuve d’humilité !

Plus j’avance, et plus je comprends que cette vie « Up north » n’est pas si facile, je commence à comprendre également, pourquoi ces gens semblent être plus rudes, non pas rustres - quoique - et avec des « manières » pour le moins plus que douteuses pour les petits européens que nous sommes, encore plus pour le petit « bourgeois » que j’étais devenu !

Oui, il faut que tu saches qu’ici, tu éructes à tout bout de champ, après un café, un repas, une bonne bière ou encore tu lâches des « caisses » sans te soucier de quelconque bienséance, ni même de ton entourage.

Cow Boy Kimberley

Bien sûr, tu ne t’excuses jamais, c’est presque de bon aloi que de le faire. Petit bourgeois je fus, petit bourgeois je peux encore être, mais tout çà ne me choque pas. Dans mon trou miteux, mon hangar insalubre, sans eau, sans chauffage, sans rien, avec mes potes zonards, dans le trou du cul de la France c’était du pareil au même. Mais bon, tout çà pour te planter le décor. Ici les gens sont bruts de décoffrage. Un peu comme si le temps s’était arrêté.

C’est rude ici, très rude, mais c’est foutrement vrai, çà ne ment pas, pas de place pour çà !

Je ne veux évidemment ni me moquer, ni dévaloriser ou encore moins juger ces gens des provinces du nord, bien au contraire ! J’ai tellement appris d’eux que je leur en serai redevable et reconnaissant pour très longtemps. Cette vie à l’australienne, c’est ce que je qualifie de « Wild Aussie life », tout comme beaucoup d’australiens s’accordent à le dire. Si tu ne l’as jamais expérimentée, je suis au regret de te dire que tu connais pas l’Australie, tu ne peux pas tout à fait comprendre cette culture australienne et encore moins ses coutumes, tout du moins ici dans le Western Australia.

Ils sont accueillants comme tous les australiens, mais ici encore plus qu’ailleurs, les mots ont un sens, et comme tous ces gens de la terre, bien souvent ils en sont avares.

Diggers Rest Station - Wyndham - East Kimberley. C’est au bout d’une dirt-road d’une bonne cinquantaine de kilomètres que j’arrive devant le portail de cette Station, à environ 1h de route du village (890 habitants) et 150kms de LA ville la plus proche Kununurra (6000 habitants). Je te laisse imaginer les environs, rien, des montagnes, de la plaine, de la poussière - beaucoup de poussière - et, du bétail !

Il faut que je te précise ce qu’est une « Station ». Imagine la plus grande des plus grandes fermes que tu n’aies jamais vu en France, et bien une Station, c’est encore immensément plus grand, une « huge » ferme. Celle-ci, Diggers Rest Station s’étend sur environ 180 000 acres, le bétail quand à lui pâture sur presque 500 000 acres. Je te laisse faire les comptes tout ça me fait mal à la tête !

La question est assez légitime, tu vas me demander comment je me suis retrouvé ici ? Simple, COVID-19 sévissant, les frontières entre états sont fermées en Australie, les voyages intra-state très réglementés. Ma seule opportunité pour pouvoir me déplacer ou plutôt voyager en Western Australia est de trouver un job. Chose faite à l’autre bout du pays, où plutôt de l’état. Je ne sais exactement qu’elle sera ma mission à ce moment, mais qu’à cela ne tienne j’y vais. Je serai un Helper ou un Woofer, comme tu veux, je ne suis donc pas payé, mais nourri, logé et blanchi en échange de mon temps de travail

Wyndham est la ville la plus chaude d’Australie avec une température moyenne annuelle de 36 degrés. Les hivers y sont très chauds et coïncident avec la saison sèche. Le Kimberley, ce joyau de l’Australie est donc une destination très prisée ! Mais, le Kimberley est aussi une zone sensible. Je m’explique, où vivent de nombreuses communautés aborigènes. Cette partie de l’état est donc complètement fermée aux touristes étrangers ou aux vacanciers australiens, afin de les protéger au mieux.

C’est donc malgré cela, comme un véritable privilégié que je peux y accéder et profiter d’une solitude encore plus exacerbée qu’à l’accoutumée !

Faible réjouissance, car cette partie du Western Australia a probablement souffert le plus de la crise sanitaire. Tout y est fermé, pas de touriste, et les restrictions sanitaires drastiques à appliquer ne permettront probablement à aucun des sites touristiques de re- ouvrir cette année.

Ici donc, c’est le paradis si tu aimes les animaux, le bétail, les chevaux, les chèvres, les poules ... l’auto-suffisance, la solitude, et surtout te ressourcer ! Diggers Rest Station jouit d’ailleurs d’une très forte notoriété internationale auprès des passionnés de trek à cheval.

Pourquoi ? Probablement parce que Roderick fût l’un des pionniers de cette activité il y a presque 45 ans - rejoint par Alida son épouse, une vingtaine d’année en arrière - faisant de sa passion son - leur - métier.

Ils aiment les chevaux, c’est sûr ! Ils en prennent soin. Ces chevaux omniprésents autour de la maison, cavalant en liberté pour ceux qui « travaillent » encore. Ce lien qui les unie n’est pas uniquement une relation de simple travail. C’est d’ailleurs si touchant de croiser en plein milieu de nulle part à des heures de route de la maison des hordes de chevaux, non pas des brambies - ces chevaux sauvages australiens - mais leurs chevaux, les retraités, revenus à une vie un peu plus sauvage !

A chaque fois que nous croisons ces anciens compagnons de route, Roderick a le même rituel, il s’écarte de la piste balisée, s’approche d’eux, leur adresse des mots doux, fraternels, plein de compassion, d’affection, et les salue par leurs prénoms, un à un.

Témoin privilégié de ces moments, je peux te l’affirmer, s’il n’aime pas les chevaux, il les adore.

 

Cow Boy Kimberley

Alida et Roderick connaissent leurs terres immenses sur le bout du doigt, en ont fait des terres d’aventures pour les mordus d’équitation et de horseback ridring, y proposant depuis des décennies des périples de plusieurs jours en autonomie ! Voilà, ici tu peux vivre la vie de cavaliers ou de « cow-boys » à l’image de tout ce que tu as pu voir dans les western d’antan ou encore lus ou vus dans les BD telles que Lucky Luke !

La vraie vie de cow-boy australien ! Probablement. Mais n’oublies pas - jamais - car c’est une idée un peu surfaite à l’européenne que dans le mot « cow-boy », il y a
« cow » !

Tu ne passes donc pas tout ton temps à cheval ou au saloon. Tu dois aussi prendre soin du bétail, un travail de « paysan » à la française ! A ceci prés qu’ici l’entretien des clôtures est un travail de tous les jours. Au volant de ton ute, tu parcours des dizaines de kilomètres, plantes des piquets, répares des barbelés, vérifies les pompes à eau... chasses les dingos - prédateur du bétail - et puis le temps venu, tu rassembles les bêtes, tu marques, tu castres, tu tries, tu coupes les cornes, tu charges et décharges du bétail dans les camions de transport - ou road-trains - , bref tu l’auras compris tout çà à la démesure de l’Australie !

Et c’est précisément à cette époque de l’année que je suis arrivé à Diggers, pour le
« mustering », le grand rassemblement des bêtes une fois par an, la « grand messe », à grand renfort de moyens humains et materiels . Là encore, désolé de jouer à l’instituteur te faisant des explications de texte à tout bout de champ. Mais il est important de comprendre de quoi nous parlons. Peut-être sais-tu ce que c’est si tu vis en Australie, mais pour le lambda que je suis, que nous sommes, l’explication fait sens vu de plus de 15000 kms dans le confort de notre Europe !

Aussitôt arrivé je suis dans l’ambiance Alida & Roderick les propriétaires sont adorables. Tout transpire la ruralité. Pas de quiproquo ou de malentendu, je suis comme eux, issu de cette ruralité française, qui parfois m’a temps pesé. Mais tu ne peux jamais renier tes racines, alors souvent tu as besoin de faire un saut dans ce que tu penses connaitre le mieux ou dans cet inconnu qui l’est finalement un peu moins. Entre les toiles d’araignées ou la poussière, tout pourrait ressembler à un décor de cinema.

Au homestead, tout est en harmonie, comme si tu avais essayé de recréer une ambiance western, sauf qu’ici tout est vrai ! L’accumulation de tous ces objets au fil du temps, de cette vie, contribue à constituer cette atmosphère qui fait que tu t’y sens si bien. La grande cuisine commune, les grandes tables, les hamacs ou encore les canapés sont autant de lieux de vie qui te donnent envie de partager. De partager une histoire d’antan, de partager une discussion du moment, un éclat de rires, un café, une sieste... enfin je pense que tu me comprends, ce n’est pas cosy au sens ou tu peux l’entendre, ici ce n’est pas un hôtel 5* luxe, mais c’est vrai, authentique, c’est « comfy ». Au delà du lieu, Alida & Roderick incarnent cette vie. Tu es chez eux, avec eux.

Logé. Alida m’accompagne au homestead, je ramasse un matelas, des draps... et déjà mes premiers pas dans la poussière, dans la rudesse... toi, le citadin, tu qualifierais cet endroit de sale... non, çà ne l’est pas ! La terre, la poussière, les insectes et les serpents font ici partis de la vie, tu ne peux t’en défaire, jamais !

Après 10 jours sur la route, je peux te garantir que la simple pensée de pouvoir prendre ne serait-ce qu’une douche - chaude - tous les jours me mettait en joie. Ma chambre ou plutôt, ma « Bush Hut » est un petit module en bois, sans cloison, uniquement entourée de filets denses, un genre de moustiquaire en plus solide. Ma salle de bains extérieure comporte l’essentiel. Malheureusement pour moi si le mitigeur est bien équipé d’un robinet d’eau chaude, le tuyau n’ est pas relié. Il faudra faire avec mon ami !

Spartiate, oui. Mais quelle vue à 360° sur l’immensité du Bush et les rangers avoisinantes ! Pas de pollution visuelle, pas de pollution sonore, avec pour seuls compagnons les Wallabies qui déambulent au crépuscule. Alors 5* luxe, non c’est sûr, 6* ? Assurément !

J’attrape le balai écarte la poussière, les toiles d’araignée et prends possession de mon nouveau chez moi. A y regarder de plus prés, tout çà est presque terrifiant. Pas de mur, pas de cloison, un sol qui laisse entrer tous les insectes possibles, pour seule
« protection » une moustiquaire. Et pourtant déjà en plein jour tu commences à imaginer les nuits ici, le soleil couchant, rasant les montagnes au loin, le champ des oiseaux ou encore la vue des Boabs au loin.

Parenthèse s’il en est, je sais que tu vas me reprendre, « on ne dit pas Boabs mais Baobabs ». Comme toi j’ai posé la question, et la réponse vu cinglante, à l’image du patriotisme australien; si fier du « Australian made ».

Ce sont bien des Boabs, ils sont différents de tous les autres Baobabs dans le monde. Sais-tu pourquoi ? Car ils sont australiens !

Tu n’en verras nativement qu’ici dans le Kimberley, et l’histoire raconte qu’ils y sont arrivés au grés des vents et des courants océaniques. Ddes graines charriées par la nature depuis l’Afrique du Sud, qui se trouve sur les mêmes latitudes que le Kimberley.

… A suivre ! Dés mercredi prochain, et durant 4 semaines, l’immersion au pays des cow-boys australiens se prolonge…

Pour suivre ses aventures, retrouvez Sam sur Facebook et Instagram

Nous vous recommandons

samuel david

Samuel David

Aventurier du moment présent, changer de vie et tenter porter un autre regard sur la société motivent mon voyage intérieur. Passionné de rencontres et de photographie, j’essaie d’assembler mots et images pour que tu puisses rêver d’aventure… intérieure.
0 Commentaire (s)Réagir

Communauté

Rencontre avec Paul Gibbard, traducteur du roman de Zola "Le rêve"

Paul Gibbard, maitre de conférences à l’Université du Western Australia (UWA), a été sélectionné pour la Médaille d’Excelle en traduction par l’Académie australienne des Humanités