Bilan culturel No19 du mois de mars 2022 à Perth et sa région

Par Isabelle de Casamajor | Publié le 05/04/2022 à 21:00 | Mis à jour le 06/04/2022 à 11:12
Photo : Gina Williams and Guy Ghouse
Gina Williams et Guy ghouse

Ce mois de mars a été très riche en évènements culturels, les limitations de capacité ont rendu les réservations indispensables mais n’ont pas arrêté la plupart des artistes et représentations.

 

Wash my soul in the river's flow

 

Wash my soul in the river’s flow de Philippa Bateman

Un long métrage documentaire sur la vie et l'histoire d'amour de Ruby Hunter et Archie Roach, telles qu'elles sont racontées dans leurs propres chansons et récits oraux lors du concert Kura Tungar - Songs from the River, en 2004.

Le pays, les terres de Ngarrindjeri en Australie-Méridionale et la rivière Murray, dont parlent Ruby Hunter et Archie Roach, sont les lieux de naissance et d'enfance de Ruby, avant qu'elle ne soit dérobée à sa famille.

Philippa Bateman rend vivante la réalité émotionnelle, spirituelle et physique du pays de Ruby, le lien qui l'unit à Archie, ainsi que la mémoire et la joie du retour à la maison.

La musique et les images sont absolument sublimes.

Nous avons eu la chance de pouvoir écouter en première partie Gina Williams et Guy Ghouse. Les parents et grand-parents de Gina font aussi partie des générations d’enfants volés, Gina n’a appris le Noongar que tard mais elle chante maintenant dans sa langue : superbe. Ils nous ont joué des morceaux de leur dernier album « Kalyakoorl ».

Une merveilleuse soirée sous les étoiles à Camelot.

 

Canon par Tom Muller

 

Canon par Tom Muller sur la place Cathedral Square à Perth

Canon présentait un ensemble de sons et simultanément un nuage qui s’échappait progressivement de la base de la place.

La place disparaissait peu à peu. Tom Muller a réussi son pari en créant un paysage féérique mêlant l’ancien et le moderne.

Canon par Tom Muller

L’espace d’un instant, le temps s’est arrêté à Cathedral Square.

 

It is dark outside by the Last great hunt

 

It is dark outside au Studio underground

La troupe “The Last Great Hunt” nous a encore régalé avec une pièce qui n’est pas récente mais toujours d’actualité et terriblement bien mise en scène.

It's Dark Outside commence au crépuscule faisant ainsi référence au syndrome du même nom. Il est courant chez les personnes atteintes de démence où la confusion et l’agitation sont accrues à ce moment de la journée.

Un vieil homme est assis sur une chaise, une canne à la main, au-dessus de sa tête flottent trois nuages, manipulés par un autre interprète. Les nuages s'éloignent au fur et à mesure que les souvenirs échappent au vieil homme. Il essaie désespérément de les conserver, et cela fait mal de voir son désespoir et sa perte. Parfois, ils dessinent des formes et nous entrevoyons sa vie ; un chien frétillant, un bébé. Une autre fois, il danse sur la chanson "I Love Being Here With You » : des moments de tendresse et de fantaisie dans un récit douloureux.

L'équipe de The Last Great Hunt présente le combat d'un vieil homme contre la démence... mais pas comme on pourrait s'y attendre, dans un style western utilisant des ombres, masques, marionnettes, animations projetées mais pas un mot.

Dans le rôle du vieil homme, Arielle Gray est masquée et se déplace fébrilement, avec elle, Tim Watts et Chris Isaacs créent les animations. Ils nous transportent dans un monde noir mais avec une touche de légèreté.

 

Hit the road

 

Hit the road de Panah Panahi

Pour son premier long-métrage, Panah Panahi nous prend à contre-pied, avec une combinaison de personnages pour le moins étonnante. Cette famille dénote, surprend, composant une sorte de quatuor où chacun détient sa part de secret et a un rôle propre.

Le patriarche, affublé d’un énorme plâtre, est installé à l’arrière du véhicule. Il supervise la situation non sans humour, tandis que sa femme, même si elle a le rire facile, s’inquiète de leur devenir et plus particulièrement de celui de leur deux fils. L’ainé conduit, stoïque et le plus jeune est une véritable bombe d’excentricité, espiègle, de l’énergie à revendre, un esprit critique et un sens de la dérision très affuté. L’objet de leur voyage est obscur au départ mais se révèle au fils des kilomètres.

Malgré ces révélations, les non-dits demeurent la figure la plus captivante de l’intrigue. Il est symbolique que le premier enterrement soit celui d’un téléphone portable, l’outil de communication par excellence, pour une histoire qui en dit si peu sur les personnes qui la composent.

A travers des paysages grandioses, les kilomètres, qui défilent, rendent cette famille et leur voyage insignifiants mais ils rappellent leur existence avec force dans un huit clos effervescent. Les hauts et des bas s’enchainent, des moments de joie et de complicité mais aussi de doutes et d’angoisses. Ces derniers nous révèlent l’abandon d’une vie installée et une séparation à venir, celle du fils ainé qui doit rejoindre un pays étranger.

Une fois parti, son absence dans la voiture est alors la preuve qu’il se passe bien quelque chose de grave pour ceux qui restent.

Dans le rôle des parents les acteurs Hassan Madjooni et Pantea Panahiha, tous deux issus du théâtre, nous offrent une superbe performance et Rayan Sarlak est extrêmement naturel dans celui du gamin fougueux. Panah a réussi un film grave, léger et poétique dont on se souviendra.

 

City of gold

 

City of gold à Heath Ledger theatre

Un scénario sans demi-mesure ni complaisance pour une pièce de théâtre exceptionnelle, avec des dialogues incisifs qui vous restent en tête longtemps après avoir quitté la salle.

Meyne Wyatt est la vedette de ce récit semi-autobiographique. Il incarne Breythe Black, un acteur qui retourne chez lui, dans les Goldfields, après la mort de son père. Il y affronte la culpabilité filiale, des frères et sœurs querelleurs, la pression financière et le racisme systémique. Il ne s'agit pas d'une pièce pour se distraire, mais d'un appel à la vigilance face à l'inertie du racisme dans ce pays.

Carina Black, la sœur de Breythe est idéaliste et pleine d'espoir. Personnage féminin familier, elle est celle vers qui tout le monde se tourne, médiatrice, soignante, organisatrice. Simone Detourbet assume le poids de ce rôle de manière convaincante. Matthew Cooper est leur frère agressif. Mateo déborde d’énergie avec un penchant pour l’alcool, il réussit malgré tout à faire la part des choses.

Dans une maison courant d’air, l’ombre du père disparu est toujours très présente, apparait et disparait. La mère, elle, est invisible mais tous les deux veillent sur la fratrie.

City of Gold joue avec nos nerfs, on sent l’inéluctable approcher. Cette pièce a beaucoup de qualités mais, à mon gout, les hurlements sont trop présents pour passer un moment agréable. Les références à Black Lives Matter sont aussi un peu faciles même si amplement justifiées.

 

Bergmand islandde Mia Hansen-Love

 

Bergman island de Mia Hansen-Love

Un couple de cinéastes américains en mal d’inspiration, et surement pour mettre un peu de piment dans leur vie, s’installe pour l’été sur l’ile suédoise de Faro où Ingmar Bergman a vécu et réalisé certains de ses films les plus célèbres. Tony (Tim Roth), est scénariste-réalisateur chevronné, sa femme, Chris (Vicky Krieps), même profession, est plus jeune et moins expérimentée. Ils espèrent ainsi relancer leur processus créatif dans la maison où Bergman a réalisé des films tels que Scènes de mariage : « le film qui a fait divorcer des millions de personnes".

Tony et Chris semblent se diriger eux aussi dans cette voie, Chris n'est pas à son aise sur Faro : "Tout ce calme et cette perfection", dit-elle. "Je trouve ça oppressant".

Alors que la première moitié de "Bergman Island" est un drame relativement conventionnel, Mia Hansen-Love renverse la vapeur à mi-parcours : Chris trouve finalement l’inspiration, en faisant l'inventaire des légendaires lieux de prédilection de Bergman et en leur donnant sa propre voix. Le côté romantique s'intensifie alors même que les intrigues parallèles du film commencent à prendre des formes plus complexes. Alors que Chris décrit l'idée qu'elle est en train de développer sérieusement, le film qui se déroule dans sa tête nous le suivons à l’écran.

Ce film-dans-le-film se déroule au même endroit et se concentre sur Amy (Mia Wasikowska) et Joseph (Anders Danielsen Lie), un couple dont les complications romantiques font écho à ce que Chris vit sur l'île.

"L'île Bergman" est un film fascinant et enchanteur qui fonctionne à la fois comme un puzzle, un drame relationnel et comme une conversation entre une génération de réalisateurs et une autre.

C’est aussi une invitation à visiter la Suède, l'île de Faro nous est présentée sous toutes les coutures, avec de très beaux plans (certains faisant référence à Bergman - inévitable) avec une montée en puissance dont l’issue nous emmène dans la bibliothèque du maître. La réalisatrice Mia Hansen-Love parvient même à intégrer une chanson d'Abba dans une scène de fête.

Isabelle de Casamajor

Isabelle de Casamajor

A Perth depuis plus de 15 ans, depuis toujours passionnée de voyages, de photographie, d'art et de culture, l'Australie est pour moi un merveilleux terrain d'exploration. J'aime faire partager les endroits que j'aime et mes coups de coeur.
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