Le bilan culturel No14 du mois d’octobre 2021 à Perth

Par Isabelle de Casamajor | Publié le 05/11/2021 à 10:23 | Mis à jour le 05/11/2021 à 10:40
Bilan culturel d'octobre 2021 à Perth

Le mois d’octobre a été riche en sorties culturelles, la sélection a été difficile mais voici les meilleurs moments de ce mois.

Nitram: film de Justin Kurzel (Snowtown,…)

Nitram

Personne en Australie n’ignore la tuerie de Port Arthur en Tasmanie en 1996, 35 personnes ont perdu la vie et 23 personnes ont été blesse sous les balles d’un jeune homme dont le nom est volontaire ignoré dans le film (NITRAM signifie Martin à l’envers).

Cet évènement a conduit le gouvernement australien a instaurer des lois concernant la détention et le port d’armes.

Ce film d’un réalisateur australien, relate les étapes qui précèdent cet évènement, qui ne sera pas montré, et la dégradation psychologique du protagoniste jusqu’à l’irréparable.

L’atmosphère du film est lourde et inquiétante, on perçoit dès le début que cela ne va pas bien se terminer.

Caleb Laundry Jones, jouant le rôle de Nitram, a reçu le prix, bien mérité, d’interprétation masculine à Cannes. Il est aussi très bien entouré. Le jeu de chacun des interprètes sonne juste et contribue grandement à créer une atmosphère angoissante et déstabilisante. La mise en scène est sobre, voire distante, elle donne au film une légitimité documentaire.

Il vaut mieux savoir que vous ne verrez pas une comédie, ce film est dur à faire froid dans le dos mais je vous le recommande.

 

Watch and Act au Blue room theatre

Watch and Act au Blue room theatre

Cette pièce est un savant mélange. Un mélange de sujets d’actualité graves et préoccupants : les changements climatiques et les feux de forêts, et de références légères et plus ludiques comme le film « Coup de foudre à Notthing hill », les romans de Tim Winton et le caractère épicurien de Nigella Lawson.

Katie McAllister a été inspirée par son travail pour la radio ABC où elle faisait les annonces de dangers imminents destinés à prévenir les gens en cas de feux de forêt ou autres catastrophes naturelles.

Katie souffre de trouble obsessionnel compulsif depuis son plus jeune âge. Elle va s’en servir en faisant un parallèle entre la gestion de ses symptômes et la gestion plus ou moins effective des effets réels et potentiels des changements climatiques.

Tout s’entremêle : la rencontre de Richard Gere et Julia Roberts dans une librairie de Notting, la voix de Nigella Lawson, les forêts du grand sud, un sentiment d’urgence et un voyage imaginaire. C’est si bien fait que l’on s’y retrouve, que l’on en rit, souvent même.

Si vous avez eu le plaisir de vous promener entre Albany et Denmark, vous visualiserez ces espaces si chers à Katie, cette pièce est aussi une invitation à les découvrir ou redécouvrir. Un très bon moment.

 

Animal farm à Heath Ledger theatre

Animal Farm à Heath Ledger theatre

 

Adaptée du roman de Georges Orwell par Van Badham, cette pièce mise en scène par Emily McLean est déroutante d’actualité tout en restant fidèle au récit d’origine, rien n’a été oublié, pas même l’écran géant qui diffuse l’actualité et tweets.

Quatre pattes, bon ! Deux pattes, mieux !

Satire d’un régime autoritaire et totalitaire, les animaux de la ferme du manoir se révoltent, chassent son propriétaire et en prennent le contrôle pour une vie autonome et égalitaire.

Très vite les cochons prennent le dessus, devenus une sorte d’élite, ils utilisent leur intelligence pour manipuler, avec l’aide des chiens, les autres animaux et tirer bénéfices de leur situation.

Un dictateur émerge et la vie à la ferme des animaux tourne au cauchemar. La différence avec la vie d’avant est devenu quasi inexistante.

Trois actrices Andrea Gibbs, Alison Van Reeken et Megan Wilding jouent tous les rôles, passant par tous les degrés d’interrogations, d’autoritarisme et de rage. Les costumes leur permettent de changer de peau en un clin d’œil et cela est une performance en soit.

L’écran géant donne une certaine perspective sur ce qui se passe dans la ferme mixant des prises de vue d’actualité à celle de la ferme. Le rythme de la pièce est soutenu, le contenu plein d’humour et sarcastique, ce qui ne laisse aucun place pour l’ennui.

 

Bite the hand au Subiaco Art center

Bite the Hand au Subiaco Art center

 

Cette pièce de Chris Isaacs présentée par The last great hunt reprend un thème cher à tous les propriétaires d’animaux de compagnie : « Ah si ils pouvaient parler… ».

Encore en phase expérimentale ce programme donne la parole à Alice, chienne d’une couple de lesbienne dont l’une d’elles, Dale, souffre de dépression.

Grace à cela, Dale retrouve le sourire et une certaine joie de vivre. Alice surpasse toutes les attentes, et son intelligence dépasse la parole. Cela va poser quelques soucis.

Tout d’abord avec Wes le responsable de l’opération, soucieux des risques que cela peut poser, entreprend de « discipliner » Alice mais celle-ci est rebelle et s’enfuit.

Elle rencontre Reginald un chien « errant » et/ou plutôt « dissident » qui a repris sa liberté et incite Alice à faire de même.

L’interprétation de ses animaux fonctionne à merveille, on devine une grande connaissance des chiens et de leur comportements qui sont retranscrit à la perfection par Arielle Gray et Jeffrey Jay Fowler, pas besoin de costumes sophistiques, ils sont des chiens sur scène.

On se laisse facilement emporter par cette histoire et sans en perdre une miette on se met à penser à nos animaux.

Queer as flux au Blue room theatre

Queer as Flux au Blue room theatre à Northbridge

 

Le titre de la pièce donne le ton, cette pièce est à mi-chemin entre l’autobiographie et l’activisme. Stace est né garçon est un corps de fille, un corps qu’il ne comprends pas, qui le répugne, qu’il rejette.

Seul sur scène, Stace se dévoile et se révèle. Nous passons en revue toutes les étapes de sa vie, de sa transition. Il nous fait voir le monde au travers de ses yeux, pour mieux nous les ouvrir.

Stace raconte son histoire avec beaucoup de sensibilité, d’humour mais ne mâche pas pour autant ses mots. Il jongle avec les mots  comme il use de son corps pour transmettre ses émotions.

Il rend aussi hommage aux personnes qui l’ont précédé, à leur combat pour une identité non acquise à la naissance, ni dans la société.

Et aussi à sa mère souffrant de démence dont la transition fut la déchéance de son état physique et mental, son père, qui face à la maladie, de sa femme passa de l’état de coq en pâte à celui de soignant.

Cette pièce est dense, profonde et légère à la fois, elle reste dans votre esprit un long moment après le tombé de rideau.

 

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Isabelle de Casamajor

Isabelle de Casamajor

A Perth depuis plus de 15 ans, depuis toujours passionnée de voyages, de photographie, d'art et de culture, l'Australie est pour moi un merveilleux terrain d'exploration. J'aime faire partager les endroits que j'aime et mes coups de coeur.
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