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WEEK-END 48H START-UP - Coup de pouce pour les "jeunes pousses"

Par Lepetitjournal Pékin | Publié le 10/06/2013 à 20:00 | Mis à jour le 08/02/2018 à 13:03

 

La jeune chambre économique des Français (JCEF) de Pékin organisait les 1er et 2 juin un week-end pour aider les jeunes pousses, plus connus sous le terme anglais de start-up, à emmagasiner de l'expérience. Si l'événement existe déjà à Shanghai, c'était une première pour la JCEF à Pékin. Et le week-end 48h start-up fut un succès, avec 42 participants, dans leurs habits d'entrepreneurs, venus monter des projets innovants et les défendre devant jury (cf photo ci-contre, devant les coachs). Preuve s'il en était besoin que la capitale abrite aussi son lot de jeunes entrepreneurs dynamiques, plein d'envie et d'idées, attirés par une Chine de tous les possibles.   

La Chine est-elle le nouvel el dorado des entrepreneurs? "Non, c'est un enfer. Mais c'est le plus intéressant des enfers". La réponse de Pamela Chinfoo, du groupe vinicole Dyovino, fuse, tout de suite approuvée par Guillaume Bouriez (Douban), et Yixin Yang (Tango). A eux trois, ils forment le jury de coachs venus préparer les aspirants entrepreneurs. Pour eux, la Chine est encore un enfer à cause de "sa réglementation, surtout si on est étranger". Mais elle est devenue pionnière dans certains domaines, "comme le téléphone mobile et les jeux en ligne", explique Pamela Chinfoo. La Chine dépassait le milliard d'abonnements mobile en mars 2012. "En Europe, ils ne font encore qu'adapter les programmes de l'ordinateur vers le téléphone, alors qu'ici, ils réfléchissent directement au format téléphone". La Chine a aussi l'avantage d'être un champ de nouvelles possibilités, où "l'esprit n'est pas encore formaté ou limité par des façons de penser". Un terrain qui reste donc fertile pour les nouvelles idées des jeunes entrepreneurs.

Sur 10 start-up, peut-être 10 échecs

Notre trio n'a pas été choisi par hasard bien sûr. Il est aussi passé par là, comme Yixin Yang, qui "redevient jeune" au contact de cet enthousiasme contagieux. C'était il n'y pas si longtemps d'ailleurs, mais il n'y a pas d'âge pour être nostalgique. Le dynamisme et l'envie de monter un projet, ils connaissent donc, mais aussi ses limites. "Les entrepreneurs sont des gens qui adorent les idées, mais qui ne sont pas tant préparés que ça à la réalité", explique par exemple Pamela Chinfoo. Et la réalité, c'est que les échecs sont monnaie courante. "Sur 10 start-up, il y aura peut-être 10 échecs, avance Guillaume Bouriez, même si les projets sont bons. Car il y aussi une part de timing et de chance."

Eric Tran, de l'équipe Step up, avec le modérateur Henri Foo (photo JCB)

Il vaut donc mieux mettre tous les atouts de son côté, en commençant par apprendre à défendre son projet devant de potentiels investisseurs. C'était le but du week-end organisé par la JCEF, au modeste prix de 100 RMB par participant (50 RMB pour les étudiants). Le vendredi soir, 65 personnes se sont retrouvées au Orange Lab, qui prêtait gracieusement ses locaux. "55% viennent du monde des affaires, 30% sont des programmeurs et 15% des designers graphiques de site web" décompte Alice Grandserre, en charge de l'événement pour la JCEF. 16 projets ont alors été présentés (2 minutes plus questions), seuls 7 ont été choisis. Les samedi et dimanche, les 42 participants qui ont décidé de rester ont travaillé en groupe sur ces 7 produits. On y trouve pèle-mêle Step up, une plateforme mobile sociale, Beam, un site de financement participatif social, Jake engine, nouvelle technologie verte avec un moteur à combustion, ou encore Sales Hawk, un outil permettant de garder un oeil sur les produits que l'on veut acheter en ligne si leur prix baisse.

Une envie d'entreprendre internationale

Les participants viennent de tous les pays, à l'image de Nicole Li, canadienne d'origine chinoise. Avec son projet Intern'net, elle cible les 6 millions de diplômés chinois par an. Elle propose en effet avec son équipe une plateforme pour préparer les étudiants chinois à faire des stages dans les grosses entreprises étrangères. Un autre groupe comprend un Américain, un Anglais, une Italienne, une Chinoise, un Indien et un Israélien ! Ils travaillent sur un site social au nom provisoire Fund Skunks, pour aider les gens à accomplir leurs objectifs, avec l'éventualité de récompenses en cas de succès, par exemple de l'argent que pourront donner les membres de la famille. Et il y a bien eu des points de vue culturels différents. Il fût intéressant pour eux de constater que si cette rétribution pécuniaire était largement acceptée en Angleterre, elle était par contre inconcevable en Israël.

L'équipe très internationale de Fund Skunks (photo JCB)

Pourquoi participer à un tel événement ? Pas pour les crêpes du sponsor Crêpanini, comme les gourmands pourraient le croire, mais bien, à les entendre, pour capitaliser sur l'expérience. Que ce soit pour les jeunes diplômés comme Charleyne Terry, qui viennent se rassurer et éliminer toute appréhension, comme pour ceux qui sont déjà bien engagés dans un projet concret, à l'exemple des 5 Français du groupe Algen. Trois ans déjà que ces jeunes hommes entre 23 et 27 ans travaillent sur le développement d'un pack hardware-software pour proposer des solutions de surveillance, de sécurité et de contrôle. L'équipe constituée depuis un an, ils avaient convenu de quitter leurs jobs le 1er juin 2013 pour s'impliquer à 100% dans le projet. C'est désormais chose faite, avec le week-end start-up pour marquer le coup. "C'est toujours une expérience bonne à prendre de confronter son idée à d'autres regards, d'avoir des retours. Ca permet de se poser des questions, d'ouvrir des pistes de réflexion même si la difficulté est alors de garder sa direction à soi", sourit Alexandre Heuzé.

"Il faut me nourrir à la petite cuillère"

Entre deux petites conférences de 15 mn, les groupes développent donc leurs projets, sous l'oeil averti d'Henri Foo, modérateur, inscrit en MBA à l'université Tsinghua. Il s'adresse justement aux Français Arnaud Rouquie et Eric Tran du projet Step up. "Vous devez être plus direct dans la présentation, parler plus de la solution apportée. Pour l'instant, vous avez un produit, mais pas encore un business. Il faut avec votre présentation me nourrir à la petite cuillère, pour ne pas me laisser la place de me poser des questions". Les conseils sont nombreux, et en anglais, dont la maîtrise est indispensable. Dans moins d'une heure, il faut passer pour un oral blanc devant le trio de coachs, il n'y a pas le temps de se tourner les pouces pendant ce week-end. Mais les candidats n'en ont de toute façon pas envie, plongés dans une énergie communicative.

Une partie de l'équipe d'Algen, les gagnants du week-end (photo JCB)

La présentation test, comme le grand oral qui suivra le dimanche après-midi, ne durent que 4 minutes. "C'est fait exprès", explique l'organisateur Matthieu David, du groupe Da Xue, qui reproduit le modèle des juniors entreprises en Chine. "Ca les force à aller à l'essentiel. Ils ne seraient pas forcément meilleurs s'ils avaient plus de temps." Le trio de coachs donne alors aussi son lot de conseils : il faut savoir expliquer pourquoi un projet se démarque de la concurrence, qu'est-ce qu'on a que les autres n'ont pas, c'est très important dans un monde, les start-up, où les idées se volent facilement. Il faut mieux présenter les postes de revenus, utiliser des exemples concrets qui parlent, chiader la présentation graphique de l'incontournable powerpoint, encore trop souvent utilisé comme une présentation redondante et non complémentaire.

De potentiels contacts

La composition du jury du grand oral représentait lui un petit panel d'investisseurs, représentant "différentes étapes d'un projet", explique Matthieu David, avec Quest VC, le fonds d'investissement singapourien (avec le fondateur de 55tuan), une banque d'investissement, mais aussi Biomérieux, qui fait beaucoup d'acquisitions dans la santé et la biotech, et le président de la JCEF. Et même si le grand oral reste un exercice, ce jury, comme les coachs, possède un carnet de contacts qui peuvent devenir des investisseurs potentiels. C'est un autre des intérêts du week-end pour les participants, même s'il est plus aléatoire.

La palme ira finalement au groupe le plus expérimenté, les Français d'Algen, déclarés vainqueurs par le jury. Ce ne sont pas les seuls gagnants, puisque les organisateurs peuvent aussi se réjouir du succès de cette première édition qui en appelle d'autres. "L'objectif, c'est d'en faire un tous les 6 mois", rappelle Matthieu David. Et peut-être que la prochaine fois, ce sera en chinois, adaptation à une autre réalité qui explique aussi la présence de tous ces jeunes entrepreneurs ici : aujourd'hui, l'argent est bel et bien en Chine, et les potentiels investisseurs sont chinois !

Joseph Chun Bancaud (lepetitjournal.com/pekin) Mardi 11 juin 2013

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Guillaume Asmanoff et Thomas Aunave

Rédacteurs en chef de l'éditon Pékin.