La Chine n’a jamais autant parlé de natalité, alors même que le taux de fécondité est aujourd’hui estimé autour de 1 enfant par femme, bien en dessous du seuil de renouvellement des générations fixé à 2,1. Pourtant, dans les grandes villes, un nombre croissant de couples font un autre choix. De plus en plus de jeunes actifs adoptent le modèle Dual Income, No Kids ou DINK : deux revenus, pas d’enfants.


Le DINK, entre liberté et équilibre
Le phénomène DINK est désormais bien visible dans les métropoles chinoises. Selon plusieurs études, les foyers sans enfants — dont une large part de couples DINK — représentaient déjà près de 38 % des ménages urbains au début des années 2020. En parallèle, environ 5 % des femmes chinoises âgées de 49 ans n’ont jamais eu d’enfant, une proportion encore plus marquée dans les grandes villes. Autant d’indicateurs qui montrent que le couple sans enfants fait désormais partie des réalités urbaines contemporaines.
Ce mode de vie est associé à des profils caractérisés par un niveau d’éducation plus élevé, une forte mobilité professionnelle et une concentration dans les secteurs urbains à forte intensité de travail. Sur des plateformes comme Xiaohongshu, Weibo, Douyin ou Zhihu, les contenus liés aux couples sans enfants rencontrent une forte visibilité, autour de thématiques telles que la carrière, l’équilibre de vie, la santé mentale, les voyages et la parentalité envisagée comme un choix. Ces échanges participent à la normalisation du modèle DINK dans l’espace public numérique chinois.
Dans ce contexte, avoir un enfant n’est plus perçu comme une évidence, mais comme une décision réfléchie. Pour de nombreux couples urbains, le choix se fait en fonction du travail, du logement et des attentes familiales. Le modèle DINK s’inscrit ainsi parmi les nouvelles formes de vie de couple dans la Chine urbaine.
Redéfinir la réussite et le couple
Le phénomène DINK s’inscrit dans une évolution plus large des critères de réussite. Là où celle-ci passait autrefois par la propriété, le mariage et les enfants, elle se mesure aujourd’hui davantage en qualité de vie, autonomie et équilibre personnel.
À Shanghai, cette transformation est particulièrement visible. Ville la plus chère de Chine, centre financier et culturel, elle concentre une population jeune, diplômée et internationale, confrontée à un coût du logement élevé, à une forte pression professionnelle et à une compétition scolaire intense.
Dans ce contexte, de nombreux couples expliquent préférer investir dans leur carrière, leur confort de vie ou leurs projets personnels plutôt que dans une famille nombreuse. Certains évoquent aussi la crainte de transmettre à leurs enfants un environnement perçu comme trop exigeant. Le discours dominant n’est plus « nous ne pouvons pas », mais de plus en plus souvent « nous choisissons autrement ». Cette évolution traduit une rupture générationnelle, où la recherche d’équilibre tend à primer sur la reproduction des modèles familiaux traditionnels.
Vers de nouveaux équilibres
Si le DINK relève d’abord d’un choix personnel, il produit déjà des effets visibles dans plusieurs grandes villes chinoises. À Shanghai, Pékin, Shenzhen et Hangzhou, les marques de voyage, de sport, de luxe ou de bien-être ciblent désormais explicitement les couples sans enfants, avec des offres centrées sur l’expérience, la liberté et le confort. Le marché immobilier évolue également, avec une demande accrue pour des appartements plus petits, mieux situés et pensés pour deux adultes actifs plutôt que pour des familles.
Dans des villes comme Guangzhou, Chengdu ou Nanjing, les entreprises adaptent leurs politiques RH en mettant davantage en avant la flexibilité, la mobilité internationale et l’équilibre de vie, tandis que les municipalités développent des infrastructures culturelles, commerciales et de loisirs destinées à une population urbaine plus individualisée.
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