

Ludovic Chaker s'est lancé depuis janvier 2012, avec enthousiasme et ambition, dans la campagne législative de la 11ème circonscription des Français de l'Etranger. De mouvance sociale-démocrate, il a choisi d'être candidat indépendant pour garder sa liberté de parole et dépolitiser le débat. Il en dit plus au Petitjournal.com
Les 3 et 17 juin 2012 se dérouleront les élections législatives en France et pour la première fois, 11 députés représenteront les Français de l'étranger. 11 circonscriptions ont en effet été créées pour tenir compte de la répartition des électeurs dans le monde : un député pour 100.000 inscrits (à plus ou moins 20%) sur les listes électorales. Le ou la future élue de la 11ème circonscription aura la lourde tâche de représenter 49 pays, de la Russie jusqu'à l'Océanie en passant par toute l'Asie. Nous continuons notre série de portraits avec Ludovic Chaker, candidat Indépendant social-démocrate.
Le PetitJournal.com : Quels sont votre parcours et votre implication passée pour les Français de l'étranger ?
Ludovic Chaker : Issu du sud de la France, j'ai passé mon bac à Paris puis ai continué avec des études en langue, littérature et civilisation chinoises à l'Inalco (Institut National des Langues et Civilisations Orientales), le Chinois est d'ailleurs extrêmement présent dans mon parcours. Voulant éviter d'être trop spécialisé, j'ai passé les concours du Celsa puis ai fait un magister en sciences de la communication et de l'information et, après une maîtrise de Sciences-Politiques à Paris X, j'ai terminé mes études à Sciences-Po Paris où je me suis spécialisé en affaires publiques et relations internationales.
Je me suis expatrié à Shanghai en 2007 où, muni d'un contrat local, je m'occupais des questions universitaires. Je suis resté seulement deux ans car avec l'arrivée de Nicolas Sarkozy, mon budget de bourse et de fonctionnement, de pilotage des programmes a été sévèrement réduit. Ces deux ans à Shanghai m'ont permis de prendre conscience de la précarisation d'une partie de la communauté française. Une foule d'entrepreneurs, de professeurs, arrivaient des étoiles plein les yeux mais la situation était difficile pour nombre d'entre eux, bien loin de l'image d'évadés fiscaux véhiculée en France. J'en étais la preuve vivante, payé en yuans, dépendant du droit du travail chinois, n'ayant pas les moyens de cotiser à la CFE, sans assurance retraite comme bon nombre de mes compatriotes sur place. Ma mission professionnelle consistait à établir des passerelles entre universitaires et laboratoires d'excellence français et chinois. A titre personnel, j'étais chef d'ilot et ai participé à la commission d'attribution des bourses.
De retour en France, j'ai pris la direction du centre Asie-Pacifique de Sciences Po. C'est là que j'ai pu réaliser un focus sur la Chine puisque je travaillais à l'amélioration de la visibilité de l'école dans cette région. Depuis le 1er Janvier 2012, je suis candidat indépendant social-démocrate aux élections législatives, et je mène cette campagne sur mes économies personnelles.
Pourquoi avoir décidé de vous présenter à ces élections inédites et, selon vous, quel rôle pourra jouer le(la) futur(e) élu(e) ?
Le futur député sera un maillon essentiel car la représentation des Français de l'étranger via l'AFE (Assemblée des Français de l'Etranger) est aujourd'hui insatisfaisante. Il faut à mon sens maintenir cette assemblée mais la refonder. Cette instance n'est aujourd'hui que le collège électoral des sénateurs des Français de l'Etranger. Alors que cette assemblée existe depuis bientôt 50 ans, la plupart de nos compatriotes ignorent qui sont ces conseillers. Qui aujourd'hui connaît son conseiller AFE ? Je souhaite donc lui redonner toute sa dimension de collège d'experts, de vrais élus de terrain qui travailleront en étroite collaboration avec les sénateurs mais également avec les députés, eux-mêmes élus au suffrage universel direct.
Ces parlementaires pourront également effectuer l'articulation avec le secrétaire d'Etat aux Français de l'Etranger qui fait aujourd'hui défaut, afin de se retrouver avec un canal de décision efficace du haut vers le bas et du bas vers le haut. Je n'oublie pas que le député ne bénéficie pas d'un mandat impératif et représente à ce titre l'ensemble de la nation. Il sera donc amené à voter toutes les lois mais il me paraît primordial que ce parlementaire soit un député de terrain qui puisse mailler et cartographier le territoire pour mieux répondre aux attentes des uns et des autres. Il y a donc ce double enjeu institutionnel et de porte-parole des Français de la 11ème circonscription.
La zone de la 11ème circonscription est immense, comment gérez-vous votre campagne ?
Elle est immense, certains candidats la considèrent comme incohérente. Moi je la considère déjà comme ma circonscription, je m'y sens bien, je la sillonne depuis de nombreuses années et si l'on considère qu'il n'y a pas de sens à regrouper des pays comme l'Iran, l'Australie ou l'Azerbaïdjan dans la même circonscription, il n'y a alors pas de raison d'être candidat. Des lignes de force se dégagent avec des préoccupations similaires pour un Français de Melbourne, d'Oulan-Bator ou de Novossibirsk. Je tiens donc à être le porte-parole des Français de la 11ème circonscription, et même, au-delà, de l'Etranger car en terme d'éducation, de protection sociale, de sécurité, les questions qui se posent sont les mêmes pour les uns et pour les autres. En tant que candidat indépendant, il est extrêmement difficile de communiquer avec les Français de la zone car notre candidature ne pourra être déposée officiellement qu'entre le 7 et le 11 mai. Avant cette date, il nous est donc impossible d'avoir accès aux listes électorales consulaires. Néanmoins j'ai pris la décision de sillonner cette zone, j'utilise les médias comme le votre qui nous permettent d'accéder à des milliers des Français. Je me sers aussi beaucoup des réseaux sociaux et me considère à ce titre comme un candidat 2.0. Le web offre des outils qui permettent un degré d'impact extrêmement bénéfique et intéressant pour mener campagne. Il s'agit cependant de bien les maitriser, car les erreurs sont payées comptant sur Internet.
Pour mes voyages, je suis hébergé à titre gratuit par des couchsurfeurs et j'ai pris un billet tour du monde qui me permet d'effectuer près de 15 destinations pour moins de 4.000?.
Pourquoi avoir décidé d'être un candidat indépendant ?
Cela me donne une liberté de parole particulièrement précieuse. On m'a proposé des investitures que j'ai systématiquement refusées. En outre, les questions qui concernent les Français de l'étranger sont des questions apolitiques. Pour faire un conventionnement d'hôpitaux, nul n'est besoin d'être de droite ou de gauche et, dans notre circonscription, seulement 2 pays sur 49 bénéficient de ces conventionnements. Je pense qu'un élu de terrain va s'attacher à débloquer ce genre de situations sans souci d'étiquettes. Je suis un social-démocrate mais j'ai pris le parti de dépolitiser ces élections. Là où l'indépendance pourrait être un handicap ailleurs, elle représente un véritable atout pour ce scrutin. Je le constate au quotidien durant cette campagne, lors de mes rencontres avec mes compatriotes. J'ai constitué une équipe de campagne d'une douzaine de personnes autour de moi. Pas une ne m'aurait suivi si j'avais été encarté.
Quels sont vos axes de priorité, les dossiers majeurs que vous comptez défendre auprès de l'Assemblée si vous êtes élu ?
Il faut redorer le blason des Français de l'étranger car il y a une méconnaissance totale de la part des Français de métropole, de la part des institutions mais aussi de la part des politiciens. Le député doit donc porter cette voix jusque dans l'hémicycle.
Plus concrètement, le député devra construire sur l'existant : réformer l'AFE, mettre en place un canal efficace jusqu'au gouvernement : j'estime à ce titre que le secrétaire d'Etat des Français de l'étranger devra être président de l'AFE.
Sur la scolarité, il faut revenir sur la prise en charge mise en place par le gouvernement Sarkozy en 2007. Elle s'arrête aujourd'hui au Lycée et ne constitue plus que 70% de la prise en charge des frais des lycées, en excluant les fonctionnaires et sans critères de ressources. Ceci est une réelle aberration. J'ai été contacté à titre anonyme par un diplomate de la 11ème circonscription qui me confiait : « J'ai un fils au Lycée qui ne peut pas bénéficier de la prise en charge alors que des personnes qui gagnent 10 fois plus que moi dans le secteur privé sont exonérés ». A budget constant, je propose donc d'abroger ce système de prise en charge et de redistribuer les aides sous forme de bourse depuis la maternelle jusqu'au Lycée, en incluant les fonctionnaires et en instaurant un système progressif sur critères de revenus familiaux.
Un sujet qui me tient à c?ur également est le soutien des familles mixtes. De plus en plus de Français ont une propension à s'établir dans leur pays d'accueil. Le turn-over, qui était de 2-3 ans auparavant, est aujourd'hui beaucoup plus long, en particulier lorsqu'un Français ou une Française se marie localement. Ces binationaux ne représentent pas loin de la moitié des familles françaises à l'étranger. Il faut donc revoir leurs statuts. En Chine, par exemple, ils ne reconnaissent pas la double nationalité et un enfant né sur le sol chinois est considéré comme chinois, il ne peut donc pas avoir de passeport français, ce qui pose des multiples problèmes comme vous pouvez l'imaginer. Au Vietnam, un ami qui souhaite épouser une vietnamienne a dû passer des tests médicaux psychologiques auprès de l'administration française pour obtenir un certificat de capacité de mariage qui se fait toujours attendre après huit mois de procédures.
Cela participe à cette simplification des démarches administratives, essentielle à tous les niveaux : le développement de la e-administration, la dématérialisation (les certificats de vie des retraités), le passeport à 48 pages, l'ouverture des consulats le samedi, des améliorations qui pourront permettre à nos compatriotes de vivre leur séjour à l'étranger plus facilement.
Enfin, le fonctionnement actuel de la Caisse des Français de l'Etranger (CFE) est également à revoir. Sa gouvernance laisse à désirer, son fonctionnement totalement opaque et les prix sont exorbitants. Sur 120.000 Français recensés dans la 11eme circonscriptions, 20.00 seulement sont affiliés à la CFE. Mon objectif, 100%. Comme pour l'AEFE qui devrait revenir sous la tutelle de l?Education Nationale, la CFE devrait revenir sous la tutelle de l'Assurance Maladie, avec, comme objectifs, rationalisation, transparence et efficacité. Ces satellites qui ont été trop laissés en roue libre, devraient à nouveau être institutionnalisés. Ce n'est pas normal que les personnes qui ont le plus besoin de garder un lien, même ténu avec la France par le biais de leur régime d'affiliation à la sécurité sociale française ne puissent pas se le permettre.
Vous résidez aujourd'hui à Paris, comment comptez-vous organiser votre temps, entre la France et les pays de la 11ème circonscription durant votre mandat ?
Je ne réside plus à Paris depuis fin décembre 2011 où j'ai quitté mes fonctions de responsable Asie-Pacifique pour Sciences-Po. Depuis le 1er janvier 2012, en tant que candidat itinérant, je suis domicilié sur la 11ème circonscription ! C'est le cas aujourd'hui, ce sera le cas demain. Je m'engage à être un député qui prendra à bras le corps ses responsabilités à l'Assemblée Nationale mais qui se partagera de manière équitable entre le temps passé dans l'hémicycle et celui passé en circonscription. Avec une alternance 15 jours/15 jours ou 1 mois/1mois, un peu sur le modèle des députés d'outre mer. Faire entendre notre voix à Paris est primordial mais il y a un énorme travail de terrain à effectuer : Prenons l'Australie, 18.000 inscrits sur le registre mais on estime le nombre de Français à 70.000. Qui sont-ils, quelles sont leurs attentes ? On manque cruellement de données statistiques et sociologiques. À nouveau, il faut repartir de l'existant. Grâce à notre réseau consulaire, le second au monde - je rends d'ailleurs hommage à ces diplomates qui font un travail très difficile avec des moyens de plus en plus faibles ?, nous avons une idée d'où trouver ces Français isolés mais ils n'en ont ni les moyens ni le temps. Ce doit donc être la mission du député, aidé par les conseillers AFE et tous les relais locaux existants.
La communauté française en Chine et à Hong Kong est en constante augmentation et fait désormais partie des communautés majeures de la zone. Ils vous écoutent via cette tribune, que souhaiteriez-vous leur dire ?
Lors de la dernière cérémonie du 14 juillet, j'étais à Hong Kong et j'entendais le Consul Général, Arnaud Barthélémy, déclarer que cent nouveaux Français grossissaient les rangs de la communauté française locale tous les mois. La tendance est la même à Shanghai. Aujourd'hui il ne faut pas se voiler la face, les relations entre la France et la Chine sont extrêmement difficiles. Les Français l'expérimentent au quotidien dans des problématiques extrêmement pratiques, ne serait-ce que pour l'obtention des permis de travail. Nous payons les pots cassés d'une mauvaise politique vis-à-vis de la Chine depuis 2007. J'appelle donc de mes v?ux une alternance lors des élections présidentielles françaises. Il est important que la France reparte de zéro au niveau de l'exécutif pour redorer son blason à l'étranger et je pense à ce titre que chaque Français doit en être un ambassadeur.
Je souhaite mettre à disposition tous les moyens de l'Etat pour aider les initiatives locales d'entrepreneurs et je sais qu'elles sont nombreuses en Chine et à Hong Kong. Rien aujourd'hui n'est tourné vers eux et je souhaite que les services de l'Etat se tournent davantage vers les PME-PMI. J'étais la semaine dernière à Wuhan avec les représentants d'UbiFrance, ils ont pratiquement multiplié par deux les tarifs de leurs prestations alors que le ticket d'entrée était déjà très élevé pour une PME. Les services de l'Etat, les associations, l'ensemble des acteurs économiques doivent se mettre en ordre de bataille pour porter haut les couleurs de nos champions nationaux mais aussi ce tissu de PME-PMI et d'initiatives individuelles bien trop souvent pillées par des partenaires locaux bien peu scrupuleux. Je pense ici à l'intelligence économique, au soutien financier et juridique mais l'État ne peut pas tout. C'est pour cela que je prône une optimisation de la relation tripartite Etat, PME et grands groupes qui peuvent parrainer des sociétés souhaitant s'exporter dans le cadre de la coopération inter-entreprises. La France y a tout intérêt car cela l'aiderait à combler le déficit de sa balance extérieure. Des dispositifs et des réseaux existent mais ils ne sont pas assez connus et assez utilisés. Mon objectif sera donc d'aider à la rationalisation et à la visibilité des moyens dont dispose l'Etat.
Propos recueillis par Eric Ollivier (www.lepetitjournal.com/hongkong.html), lundi 26 mars 2012
Le site de campagne de Ludovic Chaker : http://www.chaker2012.com/
Le mini-site dédié à la 11ème circonscription sur LePetitJournal.com







