

Au cours des dix dernières années, les Enfants du Ningxia ont aidé plus de 2.500 élèves de cette province reculée de Chine à poursuivre leurs études, par l'apport de matériel mais aussi par le don d'argent, ensuite reversé sous forme de bourses scolaires aux étudiants qui désirent suivre leurs études secondaires. Une goutte d'eau dans cette vaste Chine, où il reste encore beaucoup à faire
Le Journal de Ma Yan, publié avec la collaboration de Pierre Haski en 2002
L'histoire de Ma Yan
"Je veux aller à l'école !" C'est le cri de désespoir de Ma Yan, 13 ans, qui vit à Zhang Jia Shu, un petit village du Ningxia, une des provinces les plus déshéritées de Chine. Le Ningxia se situe aux confins de la Mongolie intérieure, sur la steppe aride d'Asie centrale. Les parents de Ma Yan, des paysans pauvres qui élèvent trois enfants, n'ont plus les moyens de payer ses études. Tous les rêves de l'adolescente s'effondrent. Elle écrit sa révolte et ses espoirs déçus dans son journal intime, et se confie dans une lettre à sa mère. Nous sommes en 2001. Pierre Haski, à l'époque correspondant en Chine de Libération, visite la région et s'arrête dans le village. Sans le connaître, la mère de Ma Yan lui remet la lettre et les carnets de sa fille, qu'elle n'a pas pu déchiffrer car elle même est illettrée. Il les publiera dans son quotidien, puis dans Le Journal de Ma Yan, suscitant de très nombreuses réponses de lecteurs émus par la détresse de la jeune fille. Les dons et les propositions d'aide affluent. Ma Yan peut retourner au collège.
Et les autres ?
Car le sort de Ma Yan est loin d'être unique. Son histoire est la face cachée du miracle économique chinois. Si la côte Est et les villes connaissent une croissance fulgurante, des pans entiers de la société sont encore très loin du compte, et en particulier le monde rural. Dans le Ningxia, miné par une sécheresse chronique et peuplé par une minorité ethnique à laquelle la politique de l'enfant unique ne s'applique pas, les petites filles de paysans pauvres sont doublement exclues. Encore plus sûrement que la pauvreté, leur sexe les condamne à l'ignorance. Et aux mariages souvent précoces, parfois forcés. Quand ils réussissent à en assumer la charge financière, les parents privilégient la scolarité des garçons qui sont, dans ce pays sans régime de retraite, leurs futurs soutiens. Les filles, éduquées ou pas, peuvent rapporter une dot, payée selon la tradition par la famille du garçon.
Ainsi est née en 2002 l'association Enfants du Ningxia
Au départ, la priorité d'Enfants du Ningxia allait à la distribution de bourses scolaires aux filles exclues du système éducatif. Ma Yan en est la figure symbolique. Elle a eu son bac en septembre 2007 et aujourd'hui poursuit des études à La Sorbonne. Mais, pour autant, les garçons, petits ou grands frères, n'ont pas été écartés, car beaucoup sont aussi en situation de grande détresse. Bien que le gouvernement ait, depuis 2005, pris en charge la scolarité des enfants en primaire et au collège, certaines familles n'ont pas la possibilité de couvrir les autres frais: nourriture, frais d'internat, etc. La priorité de Enfants du Ningxia reste la distribution de bourses d'études, mais l'association, coordonnée à Pékin par Laurent Peyrot, souhaite aussi par la suite améliorer l'environnement scolaire et le niveau pédagogique. L'association Femmes du Ningxia a été créée en janvier 2007 par deux membres d'Enfants du Ningxia. Leur objectif: permettre aux femmes de la région vivant dans des conditions plus que précaires de gagner leur autonomie grâce à leur savoir-faire local, la broderie main.
Aubin Huret (www.lepetitjournal.com/hongkong.html), vendredi 18 mars 2011







