Mercredi 22 septembre 2021
Nouvelle-Calédonie
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ROBI : les notes enchantées d'une plume engagée

Par Clotilde Richalet | Publié le 07/03/2021 à 09:00 | Mis à jour le 08/03/2021 à 08:28
Photo : Marikel Lahana
robi chanteuse musique

Robi est une artiste complète : auteur-compositeur-interprète et réalisatrice, une chanteuse engagée à la fois poétesse et militante.

Je ne fais pas la musique que j'ai envie d'entendre, je fais la musique que j'ai besoin de faire. Il y a véritablement une part de ce que je fais qui m'échappe.

Musique indé poétique, le fil conducteur de sa création est très certainement l’attachement au texte. Robi se décrit elle-même comme une diseuse. Partons ensemble à la découverte de cette artiste à travers son parcours, ses chansons et ses actions.  

 

Son parcours de vie et musical 

Robi est née à Nice et est calédonienne par son père. Depuis des générations ses parents sont des voyageurs, et elle a elle-même grandit sur le continent africain puis entre Madagascar et La Réunion, enfance ponctuée d’étés en famille sur le Caillou.

Pour moi la Nouvelle-Calédonie est le pays racine. C’est aussi le pays des fantasmes puisque je n’y ai jamais véçu à proprement parler ; il est le pays des espoirs et des retrouvailles, c'est un endroit d'imaginaire très fort.

Robi arrive à Paris à 18 ans avec l’envie de devenir comédienne, c’est la musique par le biais d’un amoureux chantant qui lui fera prendre une autre direction. Elle écrit des textes, il les met en musique, c’est le début de son histoire musicale. Robi se produit sur des petites scènes et salles de concert. Un jour son univers bascule lors de sa rencontre avec Jeff Allam. Il est bassiste et compositeur américain. Un déclic se produit chez Robi. Lui qui n’a pas une approche « chanson française » lui propose des arrangements totalement nouveaux et c’est l’évidence : « Et tout d’un coup: tout a fait sens en moi » me confie Robi.

Le duo s’enferme pendant 1 an et demi pour produire un premier EP en 2011 : ROBI, 6 titres, puis un premier album en 2013 : L’hiver et la joie.

 

robi l'hiver et le joie album musique chanteuse

 

Mon premier album a quelque chose de cold wave: qui repose essentiellement sur une voix et une basse, et sur des boucles assez répétitive, et volontairement dans la scansion.

Les singles commencent à tourner en radio, notamment chez France Inter, note d’une certaine reconnaissance, et s’en suit une tournée pour accompagner la sortie de l’album.

C’est en 2015 que sort le deuxième album : La cavale.

Cet album a quelque chose de plus cinématographique, d'ambiance de paysages sonores un peu plus étrange.

 

robi la cavale album musique chanteuse

 

En parallèle Robi réalise et produit ses propres clips. Aujourd’hui ce sont d’autres artistes qui la sollicitent pour réaliser les leurs. Deux dimensions qui la passionnent d’être à la fois sur le devant de la scène et derrière la caméra au service d’autres artistes.

En 2019 sort l’album dernier né : Traverse, qui a quelque chose d'un petit peu plus électro pop.

Les choses sont arrivés comme ça, ça vient aussi des rencontres, du rapport au son qui évolue, et des envies qui naissent sans qu'on les ait provoquées.

 

robi traverse album musique chanteuse

 

Robi est donc à la fois auteur, compositeur, interprète, réalisatrice de clip et productrice.

 

L’INTERVIEW MOTS CLEFS

Mot clef :  Inspiration

Robi : La musique qui est très installée et puissante en moi est celle que j'écoutais de mes 10 à 18 ans, c'est-à-dire les grands de la chanson française comme Brel et Brassens, pour lesquels j'ai toujours une admiration folle notamment pour la magie de leur écriture. Une musique très évocatrice, soit parfois très narrative, ou au contraire tout en sous-texte et en opacité ; c’est vraiment le cœur de mes inspirations.

J'ai aussi pu mesurer à quel point le fait d'avoir grandi en Afrique m'a donné ce rapport à la répétition et à la scansion, à cette répétition rythmique, et à ce plaisir qu'il peut y avoir à répéter parfois la même phrase, les mêmes mots jusqu'à les décharner de leur sens.

Ce sont des choses qui m'intéressent énormément et dont je me suis rendu compte après coup. Je me suis rendu compte que ma façon d'écrire la musique était due à cette enfance en Afrique et à mon rapport à la musique première; mélangée à ce goût de la mélodie dans la pure tradition de la chanson française des années 30.

Ce sont ces deux courants-là qui viennent se rencontrer, parfois se heurter, parfois se caresser.

 

Mot clef :  FRACA !!!

*FRACA!!! est un label de production musicale créé par Emilie Marsh, Katel & Robi.

Robi : J’ai monté ce label avec 2 de mes amies mais surtout 2 grandes artistes. C’est parti de l’idée de créer une maison de production pour mettre en commun nos outils et nos savoir-faires. Nous nous sommes vite rendu compte qu’au-delà de produire nos propres projets, nous voulions produire les projets d'autres artistes, essentiellement féminines.

Depuis très longtemps je travaille avec beaucoup de femmes : artistes, réalisatrices, multi-instrumentistes, on est toute une bande qui partageons l'humain et l'artistique depuis longtemps d’où l'envie de monter cette structure.

A l'époque où nous réfléchissons à monter ce label il se trouve que l'une d'entre nous s'est entendu dire par une femme:  “ah non pas encore la fraternité cannibale”. Nous étions abasourdies et glacées devant le fait que ce n'était pas un compliment et que l'idée de travailler entre femmes pouvait être une problématique aujourd’hui. Nous avons décidé d'en faire notre cri de guerre : FRACA!!!  qui est le diminutif de Fraternité Cannibale, accompagné de la notion de vouloir faire du bruit avec ces 3 points d'exclamation qui sont Émilie, Karen et moi.

Cliquez ICI pour en savoir plus sur le label. 

 

Mot clef :  Parité

Robi : Avec Fraca !!! nous essayons de travailler un maximum avec des femmes, notamment sur les postes techniques. En chiffre : il n'y a que 17 % de femmes auteur-compositeur inscrites à la SACEM. Ça dit bien une vérité sur la parité qui n'est pas celle que l’on imagine. Ce sont des questions qui me taraudent depuis très longtemps et aujourd’hui nous travaillons beaucoup à cette question de la parité dans l’industrie musicale et essayons de l’introduire dans les instances comme l’Adami ou la SACEM.

Les choses ne bougeront pas tant qu'on n’aura pas mis en place une sorte de calendrier pour que les choses avancent et des quotas. Depuis plusieurs années nous organisons des conférences autour de la place des femmes dans la musique, nous sommes régulièrement invitées toutes les trois à des discussions et conférences sur ce thème. Nous essayons de faire réfléchir à la place de la femme dans la société, et à cette notion de genre qu'on impose aux enfants dès le plus jeune âge.

On le voit dans les ateliers d’écriture avec les enfants. Quand on arrive avec des instruments: systématiquement les garçons vont prendre la guitare et les filles vont prendre le micro. Même la façon dont nos enfants appréhendent la musique est genré. Notre rôle est de montrer aux petites filles qu'elles sont tout à fait aptes à jouer de la basse, et encourager les garçons à l'écriture, à une autre forme de sensibilité ; sans aucun autoritarisme mais avec la douceur de l'instant et l'envie de créer.

Nous menons un vrai combat pour la parité, nous sommes militantes et nous le revendiquons.

 

Mot clef :  Cabaret

Robi : J'ai rencontré le cabaret, ou plutôt le cabaret m'a rencontré, via Monsieur K de son nom de scène. A l'époque il était directeur du cabaret : Madame Arthur, cabaret transformiste qui a fait renaitre à Paris cette forme d’art de façon plus moderne en s'emparant d'autre chose que des morceaux de cabaret traditionnels et en essayant justement de faire des reprises de morceaux très actuels.

Un de mes morceaux : On ne meurt plus d'amour, a été découvert et aimé par Monsieur K, qui est devenu un ami.

Il était tombé en amour avec ma chanson et finissait chacune de ses représentations en l’interprétant. Un jour j’y suis allée et j’ai vu ce spectacle génial. A la fin une salle entière d'habitués demandait ce morceau, interprété un peu comme un hymne libératoire. Ça a provoqué chez moi une immense émotion ; c'était étrange et très beau à vivre.

Je suis ensuite venue faire quelques lives sur la scène de chez Madame Arthur. Notre histoire a continué à la création de son propre cabaret : Le secret, où il m’invite régulièrement à venir chanter.

J'ai découvert avec lui un rapport très politique au corps, dans la poésie, le trash, et l'expression. Il a autour de lui une équipe de performeurs extraordinaires, étrangement poétiques, avec cette idée de transgression. Ce sont des humains incroyables, avec leur propre rapport au monde ; qui répond à cette problématique que l'on a tous, et que le Covid-19 a encore augmenté, d'être enfermé dans nos têtes et dans nos façons de penser.

Le secret est vraiment un "bousculateur" d’émotions et surtout de réflexion. Pour moi c'est un espace de liberté qui est d'une nécessité absolue aujourd'hui.

 

Mot Clef : Oeuvre emblématique

Robi : S’il y a une de mes chansons qui a parlé au plus grand nombre, et qui semble rencontrer une adhésion simple, évidente et très forte : c'est ‘On ne meurt plus d'amour’ qui est sorti sur mon premier album.

En voici le vidéo clip:

 

 

Merci à Robi de m’avoir fait entrer dans son univers musical magnétique et intimiste, d’avoir partagé avec moi les luttes qu’elle mène dans l’industrie musicale en France, et tout simplement de m'avoir accordé de son temps pour ce joli moment d'échange. 

 

 

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Clotilde richalet

Clotilde Richalet

Photographe et voyageuse passionnée, expat à travers les Amériques et en Asie du Sud-Est, l'exploration journalistique et culturelle se poursuit aujourd'hui dans le Pacifique.
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