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Mais Maîtresse ! Il y a plein de jours ! (partie 2)

Par Yvanna Lepeu | Publié le 02/04/2018 à 08:00 | Mis à jour le 07/10/2018 à 09:18
jardin potager espace temps culture Kanak Nouvelle-Calédonie

Les concepts de temps et d’espace dans la Société Kanak sont totalement différents de la culture occidentale. Il est important de le comprendre pour pouvoir accepter cette différence. En effet, ces deux concepts l’influencent encore aujourd’hui après « deux cent ans de vie commune » avec d’autres cultures.

Yvanna Lepeu, enseignante Kanak, propose dans ce deuxième article comment est perçu le temps en milieu Kanak et ce que pourrait être une implication pédagogique en cycle 3.

 

Quelles en sont les implications pédagogiques ?

Il faudrait en faire une approche linguistique.

Il est à remarquer que l’enfant Kanak qu’il soit ou non locuteur d’une des vingt-huit langues locales, en est imprégné, influencé dans sa façon de parler, d’appréhender les milieux dans lesquels il évolue.

Prenons par exemple l’apprentissage de la langue française : pour un enfant évoluant en milieu tribal et qui parle plus ou moins une langue locale, sa structure première de phrase sera celle de la langue parlée dans sa tribu. De plus en milieu Kanak, les apprentissages se font au jour le jour, ce sont des apprentissages contextualisés qui le sont peu en milieu scolaire.

Ramenons tout cela à la notion de temps, au sens de comptage du temps. L’enfant Kanak aura du mal à s’approprier toutes ces notions, même au niveau des apprentissages scolaires de façon générale. Petite anecdote, lors de mon remplacement à Hienghène, quand les enfants se trouvaient fatigués lors d’une séance, certains me répliquaient «  Mais Maîtresse ! Il y a plein de jours ! ». Cette réplique est porteuse de sous-entendu. En effet, les enfants ne perçoivent pas que quand ils sont à l’école, il y a des contraintes telles qu’un programme à suivre pour un niveau donné. Pour eux, le comptage du temps au sens occidental du terme est pratiquement inexistant.

Mais ne faut-il pas suivre le rythme de l’enfant ? Et dans quelle mesure cela lui est bénéfique ?

Quant à la maîtrise de l’espace, l’enfant n’a pas réellement de problème au niveau de la latéralisation dès son plus jeune âge, car le côté droit et gauche est présent dans toutes les langues locales. Mais le problème se posera au moment où les notions géographiques seront abordées. Comme il a été dit auparavant, l’espace en milieu Kanak repose sur deux axes fondamentaux : l’opposition entre bas et haut. La rose des vents est inexistante pour l’enfant Kanak. Il serait donc intéressant d’aborder ce concept de rose des vents à travers sa toponymie personnelle : au niveau de la tribu, du village puis à l’échelle du pays.

A mon sens, il est important de prendre en compte la culture de l’enfant pour une meilleure connaissance de lui-même et l’amener progressivement à une ouverture vers les autres. Et pourquoi pas, l’école pourrait être un tremplin, un lieu où l’enfant s’approprierait sa culture mais en partenariat avec son environnement. (Il ne faut surtout que l’école remplace les parents, loin de là).

 

Pourquoi l’école serait un tremplin ?

Une raison fondamentale m’amène à l’écrire : l’enfant passe beaucoup plus de temps à la maison qu’à l’école dans les 15/20 premières années de sa vie. Ces premières années sont fondamentales dans la vie d’un enfant. Cette période correspond en grande partie à la construction de son identité, sa personnalité, à l’appropriation de référence culturelle de base qui l’aidera à évoluer dans le monde des grands. Elles sont aussi les bases de son développement intellectuel. Si l’enfant n’acquiert pas de références durant cette phase, cela influencerait négativement d’abord sa vie d’adolescent puis sa vie d’adulte, à mon sens. Notre comportement vis-à-vis des autres ne traduirait–il pas en partie notre vécu d’enfant ?


Situations d’apprentissages visant un savoir culturel

Le savoir culturel ici choisi est la culture d’un potager. Si j’ai choisi ce thème c’est parce qu’au niveau du temps ses résultats sont plus rapides sur une année scolaire.  Une culture d’igname ou de tarot pourrait se faire mais les résultats ne se verront que l’année d’après. La culture de potager amène l’enfant à faire le lien entre tradition et modernité : comment à partir de son environnement peut-il intégrer le modernisme ou comment peut-il intégrer les apports extérieurs dans son milieu.

En milieu Kanak, le calendrier végétal débute vers les mois de juillet / août. Ce début correspond au lancement de la culture de l’igname.  Cela se situe après la saison des pluies. La nature reprend de l’élan donc cette période conviendrait parfaitement pour débuter un potager. Si j’ai fait le choix de la culture du potager c’est parce qu’il peut être, par ailleurs, abordé dans presque toutes les disciplines et qu’il part du vécu de l’enfant, que le travail de partenariat avec son environnement est faisable.

Voici le contenu de  quelques compétences qui peuvent être travaillées en cycle 3 :

en mathématiques : les quatre opérations, le périmètre, la surface du rectangle et du carré. Les mesures de masses ;

en sciences : la croissance des plantes, la chaine alimentaire au niveau d’un microcosme ; les effets des pesticides et engrais sur l’environnement et une initiation à l’agro écologie ; les différents types de culture et visite de culture potagère chez des privés ; les phénomènes météorologiques ;

en français : les temps simples (passé présent et futur), le résumé, la synthèse, le questionnaire ; la phrase et ses compléments ;

en histoire : l’almanach kanak, les techniques agraires traditionnelles et moderne, la frise chronologique ;

en géographie : le repérage sur une carte des endroits à visiter, anticipation du trajet des sites à visiter ;

en art plastique : schématisation d’un dessin.

Ce projet pourrait par la suite déboucher sur un projet d’activité culinaire et l’hygiène alimentaire.

 

En conclusion, nous pouvons nous poser la question suivante face à cette mondialisation, qui semble être un passage obligé pour tout le monde et face aux problèmes de crise identitaires que connaissent tous les jeunes aujourd’hui : est-il possible de garder un minimum d’originalité dans nos sociétés respectives pour que nos jeunes s’insèrent un peu mieux dans le monde qui s’ouvre à eux ?

 

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