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C’est la France ici !?

Par Claudia Rizet-Blancher | Publié le 12/03/2017 à 18:30 | Mis à jour le 07/10/2018 à 08:55
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La Nouvelle-Calédonie, depuis les accords de Nouméa signé en 1998, est une Collectivité d'Outre-Mer disposant d'un large statut d'autonomie. A ce titre, ces habitants sont considérés comme détenteur d'un statut de résidents hors territorial national(*).



Mais ici c'est la France ?!

Même si, en partie, la Nouvelle-Calédonie est encore sous souveraineté française, que les passeports sont français, ici ce n'est pas la France du point de vue administratif.

Dans les faits, les particularités du statut calédonien était déjà reconnues bien avant les accords de Nouméa. La Nouvelle-Calédonie était Territoire d'Outre-Mer. Les Calédoniens ont donc toujours payé leurs impôts en Nouvelle-Calédonie et n'ont jamais eu droit à une prise en charge de la Sécurité Sociale. Le droit à une couverture sociale n'existe pour eux que depuis 1958, date à laquelle, la CAFAT, société privée a été créée. Les Calédoniens sont détenteurs d'un numéro CAFAT et non d'un numéro de sécurité sociale. Pour obtenir ce dernier, les démarches sont longues (2 à 3 mois).

Même si depuis une vingtaine d'années, le Pays affiche un code postal (Auparavant, nous mettions uniquement sur les enveloppes « Nouméa, Nouvelle-Calédonie), celui-ci n'est pas reconnu par l'ensemble des administrations françaises. Le 98800 n'existe purement et simplement pas pour 99% d'entre elles.


« Le passé a été le temps de la colonisation. Le présent est le temps du partage, par le rééquilibrage. L'avenir doit être le temps de l'identité, dans un destin commun » (**)

 

Alors français ou pas ?

Français sur le passeport, Français dans le coeur, Français sur le drapeau, oui définitivement.

Rappelons que ce n'est qu'en 1946 que les Kanaks ont été reconnus citoyens français ! Tout comme les Indonésiens, Japonais, Vietnamiens, Indiens du Pays, Tonkinois, ... classés eux aussi sujets français et non citoyens français. Ce que l'on appelait alors le régime de l'indigénat.

Citoyens français, les Calédoniens, toutes ethnies confondues, le sont assurément et n'allait pas leur dire le contraire. Cette citoyenneté peut toutefois s'avérer difficile à faire reconnaître.

 

Le service des exilés

En effet, faire reconnaître cette citoyenneté s'avère un vrai parcours du combattant.

Les témoignages ne manquent pas :

« A deux reprises, nous avons voulu nous installer en France. La première fois, les démarches ont duré 6 mois et encore cela a été rapide car grâce à un tuyau d'un français expatrié au Luxembourg, j'ai appris que je pouvais faire reconnaître ma citoyenneté française en passant par le Bureau des étrangers. J'étais un français apatride... ». D.B.

« Je me suis installée en Nouvelle-Calédonie, il y a 30 ans. Je suis née dans le 92. En 2016, j'ai voulu rentrer en France. Ma mère est âgée, je souhaite être près d'elle maintenant. J'ai appris que j'étais une exilée et qu'à ce titre je devais passer par le Bureau des exilés. Ils ne retrouvaient même pas mon numéro de sécurité sociale ! Je n'avais droit à rien. J'ai dû reporter ce retour en mère patrie ». C.D.

« L'année dernière, je suis tombé malade, j'ai voulu me rapprocher de ma famille. Au bout de 3 mois j'ai craqué. Je ne suis en Nouvelle-Calédonie que depuis 7 ans et déjà plus considéré comme citoyen français. Il me fallait passer par le Bureau des étrangers. Lorsque j'ai commencé mes démarches, c'était en pleine arrivée massive d'immigrants. Ils avaient droit au package : RSA + logement + Allocations familiales + Allocations logement. Leur entrée en France était facile et facilitée. Pour moi, non. J'ai craqué, je suis rentré en Nouvelle-Calédonie. » L.L.

« Mes parents vont régulièrement en France. Ils ont appris il y a longtemps qu'ils étaient classés Français de l'étranger. Pourtant ils y sont nés. Mais voilà, ils vivent en Nouvelle-Calédonie depuis plus de 30 ans ». F.D.

« Il y a 7 ans, nous avons voulu accompagner notre fille aînée qui faisait ses études en France. Nous avons mis 6 mois pour réussir à nous faire reconnaître en tant que citoyens français. J'ai reçu ma carte vitale au bout de 3 ans ! C'était Noël ». L.S.
 

Statut d'expatriés

Ce sont généralement des témoignages que l'on retrouve dans les groupes de Français expatriés à l'étranger. Là, il s'agit de Français d'origine calédonienne, de Français installés sur le Caillou depuis de nombreuses années.

Ce problème est connu de l'administration calédonienne à tel point qu'aujourd'hui la sécurité sociale calédonienne (la CAFAT) doit remettre un formulaire à ses cotisants pour que ceux-ci puissent être pris en charge par la CMU en rentrant en Métropole, comme pour certains pays étrangers.

En revanche, et c'est là une grande source de malentendus, les Français de Métropole peuvent s'installer librement en Nouvelle-Calédonie sans que l'administration calédonienne ne leur fasse de « misères ».

Il est important et même primordial que les Français de Nouvelle-Calédonie sachent qu'un retour ou une installation en France, aujourd'hui, sans contrat de travail sera aussi pénible pour eux que pour n'importe quel Français expatrié à l'étranger.


A lire :
Les accords de Nouméa - https://fr.wikipedia.org/wiki/Accord_de_Noum%C3%A9a
Révolte kanak de 1917 - https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volte_kanak_de_1917
Soldats et tirailleurs de Nouvelle-Calédonie (1914-18) - http://histoire-geo.ac-noumea.nc/spip.php?article422
L'entrée des Kanak dans le corps électoral calédonien - http://la1ere.francetvinfo.fr/nouvellecaledonie/l-entree-des-kanak-dans-le-corps-electoral-caledonien-345021.html

(*) Courrier du Conseil Départemental de la Haute-Garonne en date du 7 février 2017
(**) Préambule des accords de Nouméa
 

 

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Claudia Rizet-Blancher

Claudia Rizet-Blancher

Directrice éditoriale. Multipotentialiste, Claudia est passionnée par l'humain, le monde de l'enfance, l'écriture, la culture et les nouveaux entrepreneurs.
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