Vendredi 25 juin 2021
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La photographe Fatima Mazmouz questionne sur le colonialisme français

Par Guillaume Parodi | Publié le 04/04/2019 à 23:26 | Mis à jour le 05/04/2019 à 13:28
Photo : Crédit : Fatima Mazmouz / Galerie 127
Colonialisme français

La photographe et plasticienne Fatima Mazmouz expose certaines de ses œuvres à la Maison Française de NYU, les 5 et 8 avril 2019. Elle questionne à travers ses œuvres l’héritage du colonialisme au Maroc et nous donne à réfléchir sur les questions identitaires et idéologiques qui continuent de déchirer l’espace public en France comme au Maroc.  

 

L’histoire coloniale marocaine 

Au premier regard, les photographies de Fatima Mazmouz interrogent. On découvre à travers ses séries Résistants et Bouzbir un pan de l’histoire coloniale marocaine oubliée du plus grand nombre et anesthésiée par la mémoire collective. En effet, Résistants présente 30 portraits de résistants marocains qui se sont battus pour libérer le Maroc et dont les noms figurent aujourd’hui sur les grandes avenues de Casablanca, mais que ses habitants seraient bien en peine de relier à une certaine partie de leur histoire. De la même manière, Bouzbir rend une voix et un corps aux prostituées de Casablanca, parquées par les autorités françaises dans le quartier éponyme. Fatima Mazmouz exhume au cours de recherches une série de cartes postales photographiées par Marcelin Flandrin, et décide de leur rendre la place qui est la leur dans l’histoire de la photographie marocaine.  

La photographe-plasticienne comprend très tôt qu’une partie de son travail consiste non seulement à donner un corps dans l’espace public à ceux qui n’existent plus dans la mémoire collective, mais aussi à réparer une mémoire marocaine collective individuelle puis collective. Avec Résistants, elle travaille ses photos en y intégrant une trame composée de silhouettes de Super Oum, un personnage emblématique de son vocabulaire artistique. Super Oum est une icône de la résistance identitaire créée en réaction aux discours politiques et idéologiques actuels : une manière de s’approprier les stéréotypes pour les ériger en symboles, une forme de résistance face à l’engloutissement identitaire. 

 

La prostitution pendant la colonisation

Avec Bouzbir, le questionnement de Fatima Mazmouz est différent. Elle s’intéresse à la question des corps brisés, au fonctionnement de l’enfermement de la prostitution dans le quartier de Bousbir. Les cartes postales de Marcelin Flandrin révèlent une certaine histoire de Casablanca que beaucoup ne préféreraient ne pas voir mais qui pour Fatima Mazmouz est essentielle, parce que la question de la prostitution dans la période coloniale n’a pas été soulevée dans l’espace public. C’est en montrant ces femmes, et en tramant leurs images avec des collages d’utérus malades, qu’elle intègre la question de l’intime dans la guerre coloniale via le prisme de la domination masculine. Selon elle, il n’est absolument pas question de cacher ce qui a été. Le but de l’intervention graphique est dans un premier temps d’établir une réécriture de l’histoire, et dans un deuxième temps de faire entrer ces photographies dans l’histoire du Maroc et de créer un patrimoine photographique pour les générations futures. 

Dans Bouzbir comme dans Résistants, le désir de Fatima Mazmouz n’est autre que de replacer l’être humain au cœur de son histoire. Le contexte colonial a infligé de très nombreuses blessures note-t-elle avec franchise, mais le discours qu’il en reste n’existe plus qu’à travers un prisme qui s’est débarrassé des histoires personnelles qu’elles soient arabes, berbères, juives, italiennes, espagnoles ou françaises. Elle veut donner à voir, à entendre et à ressentir ces histoires individuelles dans un contexte de domination politique, sexuelle et masculine, à travers les tatouages que portaient les filles de Bousbir, des « Je t’aime untel » et des « Ti regarde ma ti touches pas ». Ces fragments d’histoire, Fatima Mazmouz y tient. C’est son moyen à elle de célébrer sa ville, son histoire et son héritage. 

 

Pour en savoir plus, les travaux de Fatima Mazmouz seront exposés à La Maison Française de NYU les 5 et 8 avril de 10h à 18h. Elle participera aussi à une table-ronde animée par le prof. Cécile Bishop à la Maison Française de NYU le vendredi 5 avril, de 16h30 à 18h. 

 

Pour en savoir plus sur l’exposition et sur le Festival des cinq continents : http://as.nyu.edu/frenchcenter

 

Crédits photo : Fatima Mazmouz / Galerie 127

Bouzbir – Utérus – 50x80cm – 2018

Archive carte postale Marcelin Flandrin 705. De bons camarades !

 

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Guillaume Parodi

Guillaume Parodi est Assistant to the Chair, Department of French Literature, Thought and Culture et Assistant to the Director, Center for French Language and Cultures New York University
1 Commentaire (s)Réagir
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Kriss mer 10/04/2019 - 18:49

Eh bien oui toute colonisation n’est par principe pas très jolie-jolie! Oui effectivement mais tout comme les humains ne le sont par nature non plus, tout comme l’Histoire de l’humanité ne le fut pas plus et nul ne doute qu’il en sera malheureusement toujours ainsi! L’admettre serait donc un principe supérieur d’où pourrait découler sage objectivité, sages discours. Ainsi de ce même principe et par même sagesse, plus d’un demi siècle après le fait colonial, on peut s'interroger sur la valeur objective de telles « expositions » que tout un chacun peut simplement lui-même, assembler de photos sur internet? Pourquoi alors nous rebattons nous les oreilles de telles idées établies? Comment ne pas suspecter qu’ on veuille mieux camoufler le pire qu'est la réalité actuelle où la colonisation a disparu depuis belle lurette ! N’est-ce planter un arbre du passé pour mieux cacher par les sempiternelles « clichés » de la bien pensance, la forêt actuelle d'une réalité, la sienne qu’on ne saurait voir. Ainsi depuis que le monde est monde et que le plus vieux métier du monde fut un métier, depuis que l’homme dominateur colonise l’humain dominé, depuis que la femme est son repos du guerrier conquérant, depuis qu'il fut nécessaire des BMC (bordel militaire de campagne) sur tous les champs de batailles du monde, depuis que la France comme les autres n’est tout simplement pas en reste, période coloniale ou pas, France ou pas, alors pourquoi? Voilà une réflexion entraînée par de telles expositions ouvrant des portes ouvertes! Pourquoi? Depuis la nuit des temps comment ne pas s’avouer objectivement que « naturellement » et bien entendu « malheureusement » de toutes colonisations il en fut ainsi ! Il est donc historiquement à supposer que cela fut donc dans la nature primaire de l’homme pour se poursuivre lors de la prise de possession des terres du Nil nord de Memphis par celles du sud de Thèbes, des domaines des Achées par les Doriens, des hoplites de Spartes par ceux d’Athènes, des terres numides de Tunis par les Phéniciens, eux-mêmes repoussés par la colonisation violente des Perses , de la Grèce par les Romains, de la France gauloise par César, des terres berbères du Maghreb par les Arabes, de l’Espagne par les Berbères etc etc …pas un siècle humain sans violence, pas un siècle d’hommes sans femmes et toujours « malheureusement » toujours, par simple nature même, les putains sont « malheureusement encore aujourd'hui » du sexe faible pour la faiblesse des hommes forts, colonisateurs certes mais entre autres, français certes mais entre-autres ! L’Histoire n’est déjà pas jolie jolie donc mais n'est-elle pire, si relatée sans objectivité et par clichés tant éculés et faciles qu'ils en deviennent alors fortement suspects? Suspects de vouloir cacher combien d’autres manières bien plus violentes le sont aujourd’hui chez soi-même colonisé par soi-même ! En conclusion ainsi on en vient à se demander en proportion ; qu'étaient les lupanars de dizaines de pauvres filles marocaines en BMC de l’armée coloniale comparés aujourd'hui au tourisme sexuel de centaines d'autres que l’on voit partout à grande échelle parfaitement organisée par la violence colonisatrice de l’argent, son argent pas celui des autres, sa violence sociale pas celle coloniale des autres ? N’est-ce alors pouvoir conclure que d'un arbrisseau de l’Histoire coloniale universelle obligée on veut camoufler l’énorme forêt dense acceptée du Maroc d’aujourd’hui ? Oui, « malheureusement » et il serait temps dans un aussi grand pays d'Histoire dont la période coloniale est inscrite, de ne plus se conter des histoires mais revenir à un objectif et sage discours de vérité simplement humaine pour enfin comprendre et faire comprendre, l’Histoire n’attend pas !

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