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Francophone de New York contaminée au covid-19, la jeune femme raconte

Par Rachel Brunet | Publié le 31/03/2020 à 00:03 | Mis à jour le 31/03/2020 à 14:37
Photo : Valérie-Anne Demulier avec Ryann Richardson - Miss Black America -, quelques jours avant qu’elle ne contracte le virus. Crédit Photo : François Bisi
New York Covid-19 témoignage

Les femmes de la communauté francophone de New York la connaissent bien. Valérie-Anne Demulier est la fondatrice de She for S.H.E, le réseau des femmes francophones de la ville. La trentenaire fait partie des 37,000 personnes contaminées par le nouveau coronavirus dans la ville qui ne dort jamais. Depuis chez elle, et très affaiblie, elle a répondu à nos questions.

 

Lepetitjournal.com New York : Savez-vous quand et comment vous avez contracté le covid-19 ?

Valérie-Anne Demulier : Mon conjoint, Sean, et moi avons été en contact avec des personnes infectées. Il a commencé à être malade le 17 mars. Moi ça allait encore à ce moment-là. Je toussais un peu mais sans plus. Je me suis occupée de lui qui était vraiment très mal toute cette semaine-là. Il avait de la fièvre et d'autres symptômes. Son médecin l'a envoyé se faire tester le vendredi 20. Nous n'avons eu les résultats, qui étaient positifs, que le 26 mars, même si nous n'avions plus de doutes... J'ai commencé à me sentir mal ce même vendredi 20. Je me suis rendu compte que j'avais le souffle court et que je me sentais faible.

 

Quand vous avez ressenti les premiers symptômes, qu’avez-vous fait, avez-vous appelé un médecin ? Comment avez-vous été diagnostiquée ?

Comme Sean l'avait déjà depuis plusieurs jours, je me suis doutée que c'était cela. Nous avions les recommendations de son médecin donc je m'y suis fiée : il n'y a pas de traitement, il faut juste se reposer. Par ailleurs, nous avons un ami médecin ici qui nous donne également des conseils. J'ai tout de même appelé une médecin francophone basée à New York après une semaine de maladie car j'avais envie de parler à un médecin dans ma langue natale. Enfin, j'échange beaucoup avec des amies également malades. Cela fait du bien de se soutenir les unes les autres.

 

Cela fait 10 jours que vous êtes malade. Comment vous sentez-vous ? Quelles ont été les différentes étapes de la maladie ?

J'ai eu la chance de ne pas avoir de fièvre. Je tousse, j'ai la respiration courte, je suis fatiguée et je me sens faible. Il m'est difficile de me concentrer et de réfléchir profondément. J'ai également perdu les sens du goût et de l'odorat, ce qui m'a vraiment angoissée quand je l'ai découvert. C'est une sensation inédite qui m'a fait paniquer, avec une question "Et si ça ne revient jamais ?" C'était il y a une semaine et ça revient tout doucement, heureusement ! 

J'ai à plusieurs reprises pensé que j'allais mieux. Je recommençais à m'activer et à faire plus de choses. Et à chaque fois, c'était pour me sentir encore pire le lendemain. Ces rechutes régulières sont vraiment déprimantes et fatiguantes : on pense qu'on va mieux, et en fait non. Depuis hier, dimanche, je me sens mieux mais je me méfie... J'essaye de ne pas en faire trop, même si ce n'est pas évident quand on est de nature assez dynamique comme moi ! Sean est maintenant guéri et j'espère être sur la même voie pour de bon cette fois ! 

 

Votre conjoint guéri, comment vivez-vous ? Être loin de sa famille, en cette période doit-être difficile ?

Nous n'avons pas vraiment le choix et nous avons continué à vivre et dormir ensemble. Nous prenons soin l'un de l'autre, nous nous soutenons, et cela joue énormément pour mon bien-être physique et surtout moral. Je ne sais pas comment j'aurais traversé cette période sans lui ! Sa présence et son amour me rassurent et me donnent de l'énergie. 

Ma famille me manque mais au final je sais que si j'avais été en Belgique, d'où je viens, j'aurais du être isolée aussi... Donc au final je suis contente d'être à New York auprès de Sean. 

Je suis en contact avec mes proches par téléphone, Whatsapp, réseaux sociaux. Comme d'habitude mais en plus soutenu car ils s'inquiètent pour moi...

 

Vous êtes jeune, en bonne santé, ça prouve que personne n’est à l’abri d’attraper la maladie. Quel message pouvez-vous passer à ceux qui continuent de sortir, à ceux qui prennent le covid-19 à la légère ?

Oui évidemment tout le monde peut l'attraper, ça va tellement vite ! Clairement, personne n'est à l'abri. Pour l'instant ma situation reste stable et je pense que cela évolue dans la bonne direction, mais je ne souhaite à personne de passer par là ! C'est éreintant, angoissant et déprimant. Par ailleurs, je connais plusieurs malades assez jeunes, dans la trentaine, qui ont eu des complications respiratoires. Donc oui, tout le monde est concerné. Je conseille à tout le monde de se protéger, de protéger les autres, de suivre les recommandations et de rester confinés. Ce n'est amusant pour personne mais être confinés en ayant de surcroit le virus, c'est encore pire.

 

Vous êtes la fondatrice de She for S.H.E. Avec les restrictions et la pause dans l’État de New York, tous tes évènements sont suspendus. Comment faites-vous pour faire vivre votre réseau de femmes francophones de New York ?

Après une courte phase de stress, à me demander comment gérer la situation pour maintenir la communauté unie, inspirée et stimulée, j'ai rapidement pris la décision de tout faire en vidéo-conférences. Depuis le 16 mars, tout se fait online, et cela fonctionne très bien ! J'organise au moins un événement par jour, sur des sujets variés comme le wellness, le développement personnel, les business meetings, le book club, les rencontres entre mamans, les ateliers DIY... 

Par ailleurs, les Membres She ont accès à des groupes WhatsApp de discussion sur différents thèmes comme l’entrepreneuriat, l’écologie, la cuisine, le sport... et ceux-ci sont particulièrement animés en ces temps de confinement. Chacune y partage ses conseils, ses cours en ligne, ses lectures... C'est très inspirant. Plusieurs Membres m'ont d'ailleurs dit à quel point c'était essentiel pour elles de faire partie de la communauté pendant cette période difficile. Cela leur permet de conserver du lien social, de ne pas perdre le moral et de continuer à échanger, apprendre, partager. L'humain est un animal social, ne l'oublions pas.

 

Comment est-ce que les membres et non-membres peuvent vous soutenir, soutenir She for S.H.E ?

Etant donné que le confinement continue et que je ne peux plus organiser d'événements payants comme d'habitude, à partir d'avril les conférences seront sur donation volontaire, selon ce que chacune peut/veut donner. Je suis tout à fait consciente que certaines Membres souffrent également de la crise économique. Certains perdent leur travail ou leurs clients. C'est pourquoi c'est totalement libre, selon ce que chacune estime juste, intimement. 

J'invite par ailleurs les personnes non-membres à devenir Membre afin de profiter de toutes les conférences passionnantes qui arrivent et faire partie d'une communauté enthousiaste et solidaire ! Et si quelqu'un a envie de soutenir mon travail et la communauté, il peut faire un Venmo @sheforshe (sourire). Merci !

 

Merci Valéri-Anne, courage et bon rétablissement !

 

Pour découvrir She for S.H.E, le réseau des femmes francophones de New York.

 

En cette période, n’oublions pas d’être solidaires...

Rachel Brunet

Rachel Brunet

Après des années dans la presse économique et spécialisée, Rachel Brunet est la directrice et le rédactrice en chef de l’édition New York du Petit Journal
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