Édition internationale

À New York, SailGP veut imposer sa « Formule 1 des mers »

Sur l'Hudson River, les catamarans volants de SailGP ont une nouvelle fois offert un spectacle saisissant ce week-end. Mais derrière les images de bateaux lancés à plus de 100 km/h au pied de la Statue de la Liberté se joue une autre course : celle d'une ligue encore jeune qui ambitionne de devenir l'un des grands acteurs du sport mondial.

SailGP à New YorkSailGP à New York
Lancés a plus de 100 km/h au pied de la Statue de la Liberté  ©️Jason Ludlow SailGP
Écrit par Lola Neto
Publié le 2 juin 2026, mis à jour le 3 juin 2026

De la voile confidentielle à un championnat mondial

Pendant longtemps, longtemps, la voile de compétition a souffert d'un paradoxe, spectaculaire pour ceux qui la pratiquent, mais souvent difficile à suivre pour le grand public. Courses disputées loin des côtes, codes complexes et visibilité limitée ont longtemps freiné son développement médiatique. C'est sur ce constat qu'est né SailGP en 2019, sous l'impulsion du milliardaire américain Larry Ellison et du navigateur néo-zélandais Russell Coutts. Leur ambition est claire, de dépoussiérer l'image de la voile et d’en faire un spectacle capable de séduire bien au-delà des passionnés. « La révolution de SailGP a été de transformer le sport avec une accroche grand public », résume Stéphane Kandler, co-CEO du DS Automobiles SailGP Team France.

Pour atteindre cet objectif, la ligue a repensé les codes traditionnels de la discipline. Les courses se déroulent désormais au plus près des villes, sur des plans d'eau spectaculaires, tandis que les images embarquées et les données en temps réel plongent les spectateurs au cœur de l’action. Sur l'eau, les vedettes sont les F50, des catamarans de dernière génération capables de s'élever au-dessus de la surface grâce à leurs foils et de dépasser les 100 km/h. Un choix qui place le sportif au centre du résultat.

 

« Quand il y a du vent, c'est un cheval sauvage »

 

Adrénaline pure à bord des F50

Depuis les quais de Manhattan, les F50 semblent glisser avec une facilité déconcertante. À bord, la réalité est tout autre. Pilote de l'équipe de France depuis 2021, Quentin Delapierre évolue sur l'un des bateaux les plus rapides de la planète. Une expérience qui a changé sa perception de la voile de haut niveau. « J'ai découvert ce qu'était l'adrénaline avec SailGP », confie-t-il. Au moment du départ, lorsque douze ou treize bateaux se disputent la meilleure trajectoire à des vitesses dépassant parfois les 100 km/h, chaque décision se joue en une fraction de seconde. Les équipages sont sanglés à bord pour résister aux accélérations et aux chocs provoqués par les manœuvres. « Quand il y a du vent, c'est un cheval sauvage », résume le navigateur breton. Ces sensations extrêmes ne doivent pourtant pas masquer la dimension tactique de la discipline. Contrairement à la Formule 1, où les différences technologiques peuvent faire basculer une saison, SailGP impose les mêmes bateaux à l'ensemble des équipes. « Il n'y a pas d'avantage technologique. Ce sont les athlètes qui font la différence. » Dans ce contexte, la capacité à prendre les bonnes décisions sous pression devient souvent le principal facteur de performance.

 

Le village officiel du SailGP installé à New York
Le village officiel du SailGP installé à New York ©️Lola Neto

 

 

Le pari des franchises séduit les investisseurs

La transformation la plus profonde de SailGP ne se joue pas sur l’eau, mais dans sa structure économique. La ligue fonctionne sur un modèle de franchises inspiré des grandes ligues américaines comme la NBA ou la NFL. Chaque équipe appartient à des investisseurs privés qui participent à la croissance globale du championnat. À ses débuts, la valeur des équipes tournait autour de 20 millions de dollars. Aujourd’hui, certaines transactions récentes situent leur valorisation entre 50 et 70 millions. « Nous avons quasiment quadruplé la valeur des équipes », souligne Stéphane Kandler. Cette dynamique attire des profils venus d’univers très différents, sportifs de haut niveau, entrepreneurs et figures du divertissement. Sebastian Vettel a ouvert la voie, suivi notamment par Kylian Mbappé côté français, tandis que Ryan Reynolds ou Hugh Jackman figurent également parmi les investisseurs engagés dans la ligue. « Les sportifs investissent de plus en plus dans ce qu’ils connaissent le mieux : le sport », observe Kandler. SailGP s’impose ainsi comme l’une des rares propriétés sportives encore en forte phase de croissance.

 

l'équipe de France au SailGP à New York

 

New York, vitrine idéale pour la ligue

Dans ce développement international, New York occupe une place à part. Le week-end dernier, les F50 ont évolué entre Manhattan et la Statue de la Liberté, offrant des images diffusées dans le monde entier. Un décor qui dépasse largement le cadre sportif. Pour Quentin Delapierre, cette étape fait partie des temps forts de la saison : « C’est un des Grands Prix mythiques du circuit. » Le pilote évoque un environnement presque irréel : « D’un côté du parcours, il y a la Statue de la Liberté, de l’autre Manhattan. » Au-delà du cadre, ces choix de villes participent à une stratégie claire, de maximiser la visibilité mondiale et renforcer l’attractivité commerciale de la ligue auprès des diffuseurs et des marques.

 

Une équipe française en équilibre

Cette montée en puissance bénéficie aussi à l’équipe de France. Devenue indépendante après le rachat de sa franchise, la structure s’appuie aujourd’hui sur un modèle économique fondé principalement sur le sponsoring et les opérations d’hospitalité. DS Automobiles est partenaire titre, aux côtés d’Accor, L’Oréal et Leyton. Une organisation qui permet aujourd’hui à l’équipe d’atteindre un équilibre financier encore rare dans le sport de haut niveau. « Nous sommes probablement la première équipe rentable pour ses actionnaires », affirme Stéphane Kandler.

 

 

 

Une ambition qui dépasse la voile

À mesure que les saisons passent, SailGP dépasse le simple cadre d’un championnat de voile revisité. La ligue s’installe progressivement dans un écosystème plus large, celui des grandes compétitions internationales pensées autant pour les stades… que pour les écrans. Le format court, la proximité avec les villes, la technologie embarquée et la diffusion mondiale dessinent un produit sportif calibré pour séduire un public bien au-delà des amateurs de voile. Une logique assumée par la ligue, qui cherche à s’installer dans la même catégorie que les grandes propriétés du sport mondial. Sur l’eau, l’équipe de France continue de s’accrocher dans un championnat dense, malgré une saison marquée par plusieurs aléas sportifs. À New York, Quentin Delapierre résume simplement l’état d’esprit du groupe, « On est là pour inverser la tendance. »

Dans un circuit où chaque départ peut redistribuer les cartes, SailGP poursuit surtout sa mue,  celle d’un sport longtemps confidentiel qui tente désormais de s’imposer comme un spectacle global, pensé autant pour la performance que pour l’image.

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