À New York, une sirène ne suffit plus. Sur les téléphones, les alertes de Citizen prennent le relais. Agressions, incendies, interventions policières, l’application diffuse en temps réel les incidents survenus à proximité. Largement utilisée, elle impose une lecture brute de la ville, fascinante pour certains, déstabilisante pour d’autres, notamment les Français.


Une ville transformée en flux d’alertes
Citizen repose sur un principe simple, de rendre visibles et instantané les événements qui rythment la vie urbaine. L’application agrège des données issues des services d’urgence, des radios de la police et des signalements d’utilisateurs, pour les afficher sur une carte interactive. Selon l’entreprise, plus de 10 millions de personnes ont téléchargé l’application aux États-Unis, principalement dans les grandes métropoles comme New York, Los Angeles ou Chicago. Dans certains quartiers new-yorkais, un utilisateur peut recevoir plusieurs dizaines de notifications par jour, selon la densité des incidents. Pour un Français fraîchement arrivé, le choc est souvent immédiat. Manon, une étudiante française installée à Manhattan, raconte, « J’avais l’impression qu’il se passait quelque chose de grave toutes les dix minutes. En réalité, je ne voyais que des fragments de la ville. »

L'application Citizen, une logique de sécurité très américaine
Aux États-Unis, Citizen s’inscrit dans une culture de l’information immédiate. Ici, la sécurité ne repose pas uniquement sur les institutions, mais aussi sur la capacité individuelle à réagir rapidement. L’application revendique un objectif clair, de permettre aux utilisateurs d’éviter une zone à risque ou d’adapter leurs déplacements en temps réel. Une logique qui trouve un écho dans un pays où la responsabilisation individuelle est centrale. En France, à l’inverse, les faits divers passent par un filtre éditorial. Ils sont hiérarchisés, contextualisés, parfois même écartés s’ils sont jugés trop mineurs. Citizen court-circuite cette médiation, l’information est diffusée sans tri, sans recul, sans narration.
Entre vigilance et anxiété
Chez les expatriés français, l’usage de l’application évolue rapidement. Téléchargée par réflexe à l’arrivée, elle devient d’abord un outil de repérage. « Au début, ça m’aidait à comprendre la ville », explique Théo, installé à Brooklyn. « Puis j’ai arrêté les notifications, c’était trop. » Car l’accumulation d’alertes a un effet pervers, elle met sur le même plan un vol mineur et une agression violente. Résultat, une perception du danger parfois déformée. Kaleigh, une psychologue francophone basée à New York observe une augmentation des troubles anxieux chez certains expatriés exposés en continu à ces notifications. « Ils développent une forme d’hypervigilance. Ils ont l’impression que le danger est partout, tout le temps », explique-t-elle.
Une autre manière de voir la ville
Citizen ne change pas la réalité new-yorkaise. Mais elle en modifie profondément la perception. En donnant accès à une multitude d’événements autrefois invisibles, l’application densifie artificiellement le sentiment d’insécurité. À New York, les faits de criminalité grave ont diminué d’environ 60 à 65 % depuis le début des années 1990, selon les données de l’État de New York, même si des fluctuations ponctuelles ont été observées ces dernières années. Reste une question : mieux informé, est-on vraiment plus en sécurité ou simplement plus inquiet ?
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