À deux pas de City Hall, New York inaugure un espace inédit dédié aux livreurs à vélo, le Deliverista hub. Un lieu pensé pour ceux qui passent leurs journées dans les rues de la ville, entre fatigue, intempéries et pression permanente des applications.


Un nouveau point de repère pour les livreurs new-yorkais
Sous les arbres de City Hall Park, les allées et venues s’enchaînent déjà devant la petite structure installée au bord de Broadway. Certains livreurs s’arrêtent quelques minutes pour recharger une batterie, d’autres viennent simplement souffler entre deux courses. Après des années passées à travailler dehors sans véritable point d’appui, beaucoup découvrent enfin un endroit pensé pour eux. Le « Deliverista Hub », inauguré début avril à Manhattan, est le premier centre de ce type ouvert aux États-Unis.
À l’intérieur nous y trouvons des outils de réparation, un espace couvert, des prises sécurisées pour les vélos électriques et une aide administrative destinée aux travailleurs confrontés à des problèmes de paiement ou de comptes bloqués sur les plateformes. Dans une ville où les applications de livraison font désormais partie du quotidien, le projet marque une étape symbolique. Selon la mairie, près de 80 000 livreurs circulent aujourd’hui dans les rues new-yorkaises, principalement pour Uber Eats, DoorDash ou Grubhub. « Quand il pleut toute la journée ou qu’il fait moins cinq degrés, tu n’as nulle part où aller », raconte Fernando, livreur équatorien rencontré devant le hub. « Tu restes dehors parce que si tu t’arrêtes trop longtemps, tu perds de l’argent. »

« Vous n’êtes pas seuls »
Présent lors de l’inauguration, le sénateur Chuck Schumer a insisté sur la réalité souvent invisible du métier. « Pendant l’hiver, nous avons vu à quel point ce travail est difficile. Ce sont des êtres humains qui passent des heures dehors, toute la journée, à livrer d’une adresse à une autre. Si vous avez besoin de charger votre vélo ou de le réparer, cet endroit devient essentiel pour vous. Tout cela pour dire aux livreurs : vous n’êtes pas seuls. » Le leader démocrate au Sénat a soutenu le projet grâce à un financement fédéral d’un million de dollars.
Pour les associations de défense des travailleurs, cette inauguration représente surtout une reconnaissance tardive d’une profession devenue indispensable depuis la pandémie. Pendant les confinements, les deliveristas faisaient partie des rares travailleurs encore présents dans les rues désertées de New York. Beaucoup racontent pourtant avoir continué à travailler sans protection particulière, parfois pendant plus de dix heures par jour.
parfois tu roules plus vite, tu prends plus de risques
Être livreur à New York, entre précarité et dangers quotidiens
Sur son vélo électrique garé devant l’entrée, Luis, 27 ans, explique que la pression des applications reste constante : « Plus tu prends de commandes, plus tu peux espérer gagner ta journée. Alors parfois tu roules plus vite, tu prends plus de risques. » Les accidents sont fréquents. Entre la circulation dense de Manhattan, les longues journées de travail et les conditions météo extrêmes, les livreurs figurent parmi les travailleurs les plus exposés de la ville. La question des batteries électriques inquiète également les autorités après plusieurs incendies liés à des batteries lithium-ion dans des appartements new-yorkais. Le nouveau hub doit justement permettre aux travailleurs de recharger leurs équipements dans des conditions plus sûres. Des casiers de recharge sécurisés ont été installés à l’extérieur du bâtiment et certaines bornes devraient aussi être accessibles aux habitants du quartier.
Aujourd’hui, au moins, la ville montre qu’elle sait qu’on existe
Les Deliverista hubs appelés à se développer
Derrière cette ouverture, la municipalité et son maire Zohran Mamdani espèrent désormais développer d’autres hubs dans plusieurs quartiers de New York. L’objectif est simple, il est d’offrir davantage de points de repos et de services à une population de travailleurs devenue essentielle au fonctionnement de la ville. Devant City Hall, Miguel observe les livreurs défiler sur Broadway avant de remonter sur son vélo. Pour lui, le lieu dépasse largement la simple question pratique : « Pendant longtemps, on avait l’impression d’être invisibles. Aujourd’hui, au moins, la ville montre qu’elle sait qu’on existe. »
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