À bord du Tall Ship Wavertree, The Ocean Awakens a réuni le 21 septembre 2026 plusieurs centaines de participants autour d’un même sujet : comment passer de la prise de conscience à des solutions concrètes pour l’océan ?


Le décor avait presque valeur de symbole. Amarré au Pier 16, dans le quartier historique de South Street Seaport, le Tall Ship Wavertree a accueilli lundi 21 septembre 2026 The Ocean Awakens, l’un des rendez-vous consacrés à l’océan pendant la Climate Week NYC.

À bord du Wavertree, l’océan comme fil rouge
Plus de 1 300 personnes s’étaient inscrites et plus de 700 ont finalement pris place à bord de ce trois-mâts construit en 1885. Organisé par Plastic Odyssey avec le South Street Seaport Museum, l’événement voulait réunir des profils rarement présents sur une même scène : entrepreneurs, investisseurs, scientifiques, associations, représentants d’entreprises et acteurs de la protection des océans. Au total, 40 organisations partenaires et 15 startups étaient présentes sur le bateau. Pendant plusieurs heures, les discussions ont dépassé la seule question des déchets plastiques. Transport maritime, financement de la « Blue Economy », santé humaine, biodiversité, réglementation internationale et opérations de nettoyage sur le terrain se sont succédé au fil des interventions. « On n’y raconte pas seulement les histoires du terrain pour sensibiliser : on y déclenche de l’action bien réelle », explique Fabien Lamaison, de Plastic Odyssey. Pour lui, l’objectif est de faire passer la communauté « du constat des défis vers le “faisable”, vers la mise en œuvre ».

Du transport maritime au financement de l’économie bleue
La première table ronde s’est intéressée à la transformation du transport maritime. Jacques Barreau, cofondateur de Grain de Sail, Lars Oetjen de VELA, Emmanuel Schalit d’OceanWings et Luc des Vallières de Plastic Odyssey ont échangé autour du retour de la propulsion par le vent, du transport à faibles émissions et des nouvelles technologies destinées à modifier les chaînes logistiques. La question suivante était plus terre à terre : comment financer ces transformations ? Le panel consacré à la « Blue Economy » a réuni investisseurs, fondations et acteurs de la finance à impact. Derrière les projets consacrés à l’océan se pose en effet la question de leur capacité à changer d’échelle.
Pour Fabien Lamaison, impact environnemental et viabilité économique ne sont pas incompatibles. « Dans cette transition, impact et rentabilité ne s’opposent pas, bien conçus, ces modèles se renforcent », explique-t-il. Les échanges ont également porté sur les moyens de développer des technologies adaptées aux réalités du terrain. Chez Plastic Odyssey, la low-tech reste au cœur de cette approche, tout comme des outils plus avancés. « Les deux se complètent : des solutions simples, réparables, réplicables partout ; des outils avancés là où ils démultiplient l’impact », résume Fabien. Dans le même temps, le pont inférieur du Wavertree accueillait un espace consacré aux startups. Des entreprises y présentaient des technologies liées à la surveillance de l’océan, à la récupération des déchets et aux solutions développées pour accompagner la transition maritime.
Du plastique dans l’océan au plastique dans le corps
L’un des temps forts de l’après-midi s’est déplacé vers un autre terrain, celui de la santé humaine. La table ronde consacrée aux plastiques réunissait notamment Amir Afshar de Shellworks, Charlotte de Pitray, directrice générale de SVR, Sarah Dunlop de la Minderoo Foundation et Adam Root de Matter. Les discussions ont porté sur les microplastiques, les substances chimiques présentes dans certains produits et leurs conséquences possibles pour la santé et la biodiversité. Le choix de cet angle traduit une évolution du débat : le plastique n’est plus seulement présenté comme un problème visible sur les plages ou dans les océans, mais comme une question qui touche également les produits du quotidien. « Le plastique n’est donc plus seulement une affaire de déchets visibles : c’est un enjeu de santé publique, quotidien, qui nous concerne tous », souligne Fabien.
La dernière table ronde a ensuite ramené les discussions au niveau international. Judith Enck, présidente de Beyond Plastics, et la Dre Tracy A. Farrell, représentante de l’IUCN pour l’Amérique du Nord, ont notamment participé aux échanges consacrés aux négociations internationales sur le plastique, au High Seas Treaty et aux politiques visant à réduire la production et la pollution plastique. Pour Plastic Odyssey, la prochaine étape se joue notamment autour de la protection des zones marines éloignées. L’organisation prépare ainsi de nouvelles missions consacrées aux sites marins du patrimoine mondial de l’UNESCO. Selon Fabien, 51 sanctuaires isolés sont concernés par cette nouvelle mission, avec des opérations de reconnaissance prévues avant les futures dépollutions.

De New York aux côtes de l’Alaska
L’événement s’est finalement éloigné des salles de conférence pour retourner sur le terrain. Andy Schroeder, cofondateur de l’Ocean Plastics Recovery Project, a présenté un retour d’expérience consacré aux opérations menées sur Kayak Island, en Alaska. Son intervention rappelait les difficultés auxquelles sont confrontées les équipes lorsqu’elles interviennent dans des zones particulièrement isolées. La fin de la journée a pris une dimension plus artistique. Films, dessins réalisés sur le terrain et performance ont raconté les expéditions de Plastic Odyssey et le travail mené dans les zones les plus difficiles d’accès. Max Romey, artiste et réalisateur, a notamment participé à ce dernier temps de la journée aux côtés de Capucine Bourcart, Aria Luna et Ricky Rhodes.
Plus qu’une conférence sur le climat, The Ocean Awakens aura donc ressemblé à un carrefour entre terrain, recherche, entreprises et création. Une manière pour Plastic Odyssey de défendre une approche qui ne se limite pas à retirer les déchets de l’océan, mais cherche aussi à agir sur les transports, les matériaux, les financements et les politiques qui déterminent leur avenir.
Après cette étape new-yorkaise, l’organisation entend désormais passer à une nouvelle échelle. Un nouveau navire de 60 mètres est en préparation, avec deux laboratoires scientifiques, une propulsion vélique et une capacité annoncée de 200 tonnes de déchets. Sa construction est prévue à partir de 2027, pour de premières expéditions dans les sanctuaires ciblés à partir de 2029. « L’heure est au passage à l’échelle. La communauté est prête, elle sait quoi faire, les solutions existent : il reste à les déployer, ensemble », résume Fabien.
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