L'Hermione est en sursis. La réplique de la frégate qui porta La Fayette en Amérique en 1780 est placée en redressement judiciaire depuis septembre 2025. Pour éviter une liquidation, l'association doit lever 1 million d'euros avant le 23 septembre prochain.


L'Hermione est en sursis. La réplique de la frégate qui porta La Fayette en Amérique en 1780 est placée en redressement judiciaire depuis septembre 2025. Pour éviter une liquidation, l'association doit lever 1 million d'euros avant le 23 septembre prochain, et 4 millions supplémentaires pour achever sa restauration. Le tout dans un contexte particulier : les États-Unis célèbrent cette année le 250e anniversaire de leur indépendance.

L'Hermione, un symbole vieux de 250 ans
En 1780, le marquis de La Fayette, 22 ans, embarque à bord de L'Hermione pour traverser l'Atlantique. Sa mission : rejoindre les insurgés américains et annoncer à George Washington l'arrivée imminente de renforts français. Son engagement fera de lui l'un des Français les plus célébrés de l'histoire américaine. Quant à la frégate, elle ne se contente pas de transporter l'émissaire. « L'Hermione ne s'est pas contentée de transmettre le message : elle a également pris part aux combats », rappelle Marc Onetto, mécène franco-américain de l’association.

Une nouvelle aventure commencée il y a près de 30 ans
La réplique actuelle de L'Hermione est elle-même le résultat d'une aventure hors norme. Sa reconstruction débute à Rochefort en 1997. Pendant 17 ans, artisans, charpentiers, marins et bénévoles travaillent à faire renaître cette frégate du XVIIIe siècle, comme elle a été construite à l'époque, grâce notamment aux compétences des Compagnons du Tour de France. Achevée en 2014, construite selon les techniques du XVIIIe siècle grâce aux Compagnons du Tour de France, l'Hermione réalise dès l'année suivante le voyage pour lequel elle a été imaginée: traverser l'Atlantique sur les traces de La Fayette. En 2015, L'Hermione remonte la côte Est des États-Unis, de Yorktown à Boston, en passant par Philadelphie et New York, déplaçant des foules de curieux et de passionnés venus accueillir la frégate française à chacune de ses escales.
Le navire qui incarne cette histoire commune risque aujourd'hui de disparaître
10 ans plus tard, le tableau est radicalement différent. Depuis septembre 2021, L'Hermione est immobilisée à Anglet, dans le port de Bayonne, après la découverte d'importantes dégradations sur une partie de sa coque, dues à un champignon. Le chantier nécessaire à sa restauration représente un coût d'environ 10 millions d'euros. Cinq millions ont été levés, permettant de réaliser la moitié des travaux. Il en reste autant à trouver.
La bataille n'est désormais plus technique ni maritime mais financière et judiciaire
Depuis le 18 septembre 2025, l'association Hermione-La Fayette est placée en redressement judiciaire. En juillet dernier, le tribunal judiciaire de La Rochelle a accepté la poursuite de la période d'observation et souligné les progrès réalisés dans l'élaboration d'un plan de redressement. Dans son analyse, le tribunal relève toutefois qu'aucun projet de reprise présenté à ce jour ne dispose encore des financements nécessaires.
Pour aider L'Hermione, cliquez ici
Une échéance cruciale qui approche à grands pas : le 23 septembre 2026
Une nouvelle audience est prévue à cette date. D'ici là, l'association doit lever 1 million d'euros pour reprendre les rénovations au plus vite. Car une liquidation judiciaire entraînerait la dégradation immédiate du navire et compromettrait tout projet futur. Si les travaux ne peuvent pas être effectués très rapidement, la frégate ne pourra plus naviguer, n'étant pas conçue pour rester longtemps en cale sèche. Le compte à rebours est lancé.

L'Hermione, un symbole majeur des relations franco-américaines
Le Boston Consulting Group a renouvelé son mécénat de compétences auprès de l'association et finalise un business plan à dix ans, couvrant la période 2026-2036. Le scénario prévoit l'achèvement des travaux de coque en France, puis le retour de L'Hermione aux États-Unis en 2028 pour les Jeux Olympiques de Los Angeles, et en 2031 pour le 250e anniversaire de la bataille de Yorktown. L'ambition n'est donc pas simplement de préserver un monument historique à quai. Elle reste de revoir un jour L'Hermione prendre la mer. Selon Emilie Beau, directrice générale de l'association, l'urgence est réelle. « L'Hermione est un symbole majeur des relations historiques entre la France et les États-Unis, tout comme la Statue de la Liberté. Sans financement rapide, c'est un pan de l'histoire française mais aussi américaine qui disparaîtra. Avec vous, tout est encore possible. »
En la voyant dans toute sa grandeur, j'ai compris ce que nous risquions de perdre
Une mobilisation citoyenne considérable qui doit se poursuivre
Depuis l'ouverture du dispositif défiscalisable à l'automne 2023, plus de 6 000 personnes ont fait un don à l'association. Depuis l'ouverture de la procédure de redressement judiciaire, 292 500 euros ont été collectés. 4 750 personnes ont signé le manifeste pour sauver L'Hermione. Cet été, la mobilisation continue. À Anglet, le chantier du Grand Carénage reste ouvert au public. Du 28 août au 3 septembre, 19 artistes organiseront une exposition-vente au profit de la restauration de la frégate. Si l'ensemble des oeuvres trouve acquéreur, l'opération pourrait représenter jusqu'à 230 000 euros supplémentaires.
Mais avec 5 millions d'euros encore nécessaires, les dons individuels ne pourront pas suffire. Les récents incendies de forêts en Nouvelle-Aquitaine, en pleine saison estivale, ont par ailleurs compromis les recettes liées aux visites touristiques. Il faut désormais changer d'échelle et mobiliser entreprises, fondations et grands mécènes au niveau mondial.
« En la voyant dans toute sa grandeur, j'ai compris ce que nous risquions de perdre », confie Crystelle Desnoyer, ancienne Board Member de La French Tech New York. « À New York depuis 15 ans, je me suis engagée bénévolement cet été aux côtés de l'association Hermione-La Fayette pour contribuer à faire connaître la situation de la frégate et mobiliser de nouveaux soutiens aux États Unis. Quelques semaines auparavant, j'avais eu la chance de voir L'Hermione à Anglet. Face à cette immense coque hors de l'eau, on mesure immédiatement ce que les chiffres ne racontent pas : le travail déjà accompli, les savoir-faire mobilisés pendant des décennies pour reconstruire puis restaurer ce navire, mais aussi ce que nous risquons réellement de perdre. » De retour à New York, une évidence s'est imposée : le sauvetage de L'Hermione ne peut pas être uniquement une affaire française. Car L'Hermione raconte aussi une histoire américaine.

Mobiliser la philanthropie américaine
L'Hermione n'est pas seulement un élément du patrimoine maritime français. Elle raconte une histoire partagée : celle du soutien de la France à la naissance des États-Unis, et celle d'une amitié franco-américaine vieille de près de 250 ans. La Fayette n'est d'ailleurs pas un personnage historique lointain aux États Unis : lors du retour de L'Hermione en Amérique en 2015, la frégate avait fait escale dans douze ports, notamment Yorktown, Philadelphie, New York et Boston. Cette mémoire reste profondément ancrée dans la relation entre les deux pays. Cette histoire commune ouvre aujourd'hui une possibilité particulièrement importante : mobiliser la philanthropie américaine.
Friends of Fondation de France, organisation américaine à but non lucratif reconnue 501(c)(3), permet aux particuliers, familles, entreprises et fondations aux États-Unis de soutenir des projets français éligibles dans le cadre fiscal américain. Les dons peuvent être effectués directement à l'association en France pour financer les réparations urgentes, ou sous forme de pledge aux États-Unis. Faire un don est une façon d'agir.
Mais pour la communauté française et franco-américaine aux États-Unis, il en existe d'autres : parler de L'Hermione autour de soi, faciliter une introduction, relayer cet appel, mobiliser son réseau. Car derrière les 5 millions d'euros qu'il reste à réunir se cache une question beaucoup plus simple : voulons-nous revoir un jour L'Hermione traverser l'Atlantique ?
Sur le même sujet

































