Édition internationale

Journée mondiale des alumni à Montréal : quand la mobilité devient stratégique

Accueillie à HEC Montréal par le Consulat général de France à Québec et Campus France, l’édition 2026 du France Alumni Day a choisi de mettre à l’honneur les talents scientifiques issus de la mobilité franco-québécoise. Au fil d’une soirée mêlant témoignages, échanges institutionnels et récits de parcours, un message s’est imposé : derrière les dispositifs de mobilité se joue bien davantage qu’une expérience étudiante. Il s’agit d’un outil de recherche, de coopération et parfois même d’un tournant de vie.

Camille PaulyCamille Pauly
Camille Pauly, consule générale adjointe du Consulat général de France à Québec, ouvre le France Alumni Day 2026 à HEC Montréal. - Photo LPJ
Écrit par Bertrand de Petigny
Publié le 27 avril 2026

 


 

« Il faut s’immerger dans une autre culture scientifique pour revenir enrichir la sienne. » - Reza Sharif-Naeini 

 

Sous le thème Talents scientifiques : découvrir, innover, entreprendre, l’événement a déplacé le regard. Il ne s’agissait pas de promouvoir abstraitement les études en France, mais de montrer ce que produisent, dans le temps long, ces circulations étudiantes.

En ouvrant la rencontre, Nathalie Roussel, directrice exécutive des communications et des relations gouvernementales et internationales à HEC Montréal, a rappelé l’ampleur de ces échanges. Depuis 2006, 745 étudiants de HEC Montréal sont partis en France, pendant que 761 étudiants français ont fait le chemin inverse. Un quasi-équilibre qui, au-delà des chiffres, dit quelque chose de la densité des liens construits entre les deux espaces. Elle a aussi souligné une donnée frappante : près de 50 % des étudiants du baccalauréat à HEC vivent une expérience de mobilité internationale, un taux bien supérieur aux moyennes observées au Canada.

Du côté du Consulat, Camille Pauly, consule générale adjointe de France à Québec, a donné à cette soirée une portée plus large. Son propos était moins protocolaire que stratégique : la mobilité n’est pas seulement une opportunité individuelle, elle nourrit une coopération scientifique et humaine entre deux sociétés qui se connaissent, mais continuent d’apprendre l’une de l’autre. Son invitation à « venir voir ce qui est différent » a donné le ton.

 

Marie-Hélène Beauséjour, Reza Sharif-Naeini et Jérémie Lévesque-St-Louis
Marie-Hélène Beauséjour, Reza Sharif-Naeini et Jérémie Lévesque-St-Louis partagent comment un séjour en France a transformé leur parcours.

 

 

Trois parcours, trois preuves

Le cœur de la soirée tenait dans la table ronde animée par François Couillard, réunissant trois profils dont la diversité faisait démonstration.

Marie-Hélène Beauséjour, professeure à l’École de technologie supérieure, a montré comment une cotutelle entre l’ÉTS et Aix-Marseille Université a accéléré son insertion académique et structuré durablement ses collaborations internationales. À l’entendre, l’expérience française n’a pas seulement enrichi un CV ; elle a façonné une manière de travailler, un réseau et un positionnement scientifique.

Reza Sharif-Naeini, professeur à l’Université McGill et directeur du Alan Edwards Centre for Research on Pain, a insisté sur l’importance de l’immersion dans des écosystèmes de recherche d’excellence. Son passage dans un institut du sud de la France lui a offert, selon ses mots, une visibilité scientifique et un cadre intellectuel qui ont pesé sur la suite de sa carrière. Mais son témoignage a surtout marqué par un angle plus inattendu : ce qu’il a découvert d’une autre culture du travail. Une science exigeante, mais moins dominée par l’urgence permanente. Une autre articulation entre productivité et qualité de vie.

Historien à l’UQAM, Jérémie Lévesque-St-Louis a, pour sa part, rappelé que cette logique ne concerne pas seulement les sciences dites dures. Pour les sciences humaines aussi, la mobilité constitue un accès aux archives, aux réseaux, aux traditions intellectuelles qui transforment la recherche elle-même. Aller en France, dans son cas, relevait presque d’une nécessité méthodologique.

 

Ce que la mobilité change vraiment

Un des intérêts du panel aura été de dépasser les arguments habituels — prestige, voyages, ouverture culturelle — pour nommer ce qui change plus profondément. Elle change la manière de faire de la recherche. Elle change la manière d’envisager une carrière.

Elle change parfois la vie personnelle elle-même — comme l’a raconté, avec humour et émotion, Marie-Hélène Beauséjour en évoquant cette histoire née lors de son séjour à Marseille et qui, neuf ans plus tard, se prolonge dans une vie de couple et un enfant à venir. Un rappel bienvenu que la mobilité ne se résume pas à un transfert de crédits universitaires.

À plusieurs reprises, les intervenants sont revenus sur une idée importante : ces séjours ne sont pas des parenthèses. Ils produisent des collaborations durables, ouvrent des laboratoires, créent des co-publications, suscitent des recrutements. Autrement dit, ils laissent des traces.

 

Laurent Corbeil
Laurent Corbeil clôt le panel en rappelant l’importance des dispositifs qui soutiennent la mobilité.

 

Les moyens existent — encore faut-il les saisir

L’un des passages les plus utiles de la soirée concernait les ressources disponibles.

Bourse Sophie Germain, soutien du Consulat, financements du Fonds de recherche du Québec, programmes de mobilité universitaire, bourses institutionnelles : les intervenants ont tous rappelé que ces dispositifs existent, même s’ils sont parfois mal connus.

La présence de Laurent Corbeil, des Fonds de recherche du Québec, est venue donner un poids supplémentaire à ce message. Son annonce de 33 nouveaux boursiers dans le cadre du programme Sophie Germain a replacé la discussion dans une dynamique concrète : il ne s’agit pas seulement d’encourager les mobilités, mais de les soutenir.

Dans un contexte où les enjeux de relève scientifique, de souveraineté de la recherche et de partenariats internationaux prennent de l’ampleur, ce rappel n’était pas anodin.

 

Un signal adressé à la relève

L’intérêt de cette rencontre tenait aussi à son public. Beaucoup d’étudiants, de jeunes chercheurs, de candidats potentiels à une mobilité. Le format, volontairement peu solennel, visait manifestement la transmission.

Et c’est peut-être là que cette édition du France Alumni Day a trouvé sa vraie force : montrer que les coopérations franco-québécoises ne vivent pas seulement dans les ententes entre institutions, mais dans les trajectoires de celles et ceux qui les incarnent.

Les grands discours sur la coopération internationale peuvent parfois sembler abstraits. Un chercheur qui raconte comment un séjour a lancé sa carrière l’est beaucoup moins.

 

Quand un parcours individuel devient intérêt commun

À l’heure où la compétition scientifique s’intensifie et où les jeunes chercheurs cherchent leurs repères, la mobilité apparaît ici non comme un supplément, mais comme un outil stratégique.

Ce que cette soirée a donné à voir, au fond, ce n’est pas une célébration des alumni.

C’est une hypothèse plus ambitieuse : et si les futurs grands partenariats franco-québécois commençaient, très simplement, par le départ d’un étudiant?

 

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