Président de l’Union française et de Maison France-Montréal, Yan Niesing n’a pas attendu son élection pour agir. Rugby, Feria, 14 juillet, restructuration associative : son mandat consulaire prolonge un engagement de terrain construit depuis seize ans.


L’engagement avant le mandat
Yan Niesing ne parle pas de son élection comme d’un aboutissement. Encore moins comme d’une prise de pouvoir. Pour lui, devenir conseiller des Français de l’étranger change peu son quotidien. Cela lui donne surtout une légitimité nouvelle.
« Je n’ai pas attendu d’être conseiller consulaire pour être actif dans la communauté française »
Arrivé à Montréal il y a seize ans, après avoir vécu à Barcelone, Londres et en Australie, ce Bourguignon a d’abord trouvé sa place par le sport. Le rugby devient son premier terrain d’intégration, puis d’organisation. Mais très vite, il voit plus large.

De cette première expérience naît la Feria de Montréal, puis une banda, créée pour donner corps à cette fête et l’animer au-delà d’un seul rendez-vous. Marchés de Noël, courses, matchs de rugby, événements communautaires : la musique devient un outil de rassemblement.
Déjà, une idée s’installe. La communauté française ne doit pas seulement se retrouver entre elle. Elle doit aussi offrir quelque chose à la ville qui l’accueille.
« Quand on arrive chez quelqu’un, on arrive avec un cadeau »
C’est sans doute la phrase qui résume le mieux sa vision. « Quand on arrive chez quelqu’un, on arrive avec un cadeau. Lorsqu’on passe une frontière, on emmène des graines dans sa poche et on les plante. »
Chez Yan, cette image n’a rien d’anecdotique. Elle traverse tout son engagement. Il regarde les Irlandais, les Écossais, les communautés caribéennes ou latino-américaines, leur capacité à faire la fête, à transmettre une culture, à créer des rendez-vous qui dépassent leur propre cercle.
Et il s’interroge : quel est le cadeau des Français à Montréal ?
La réponse, selon lui, ne peut pas se limiter à quelques événements dispersés. Elle suppose une communauté plus organisée, plus fière, plus lisible, capable de participer pleinement à la diversité montréalaise.
« J’adore Montréal, j’adore le Québec, j’adore le Canada. Et je veux donner un cadeau à cette ville. »

Redonner vie à une institution historique
Lorsque Yan Niesing s'investit dans l'Union française de Montréal, il découvre une institution plus que centenaire qui cherche un nouveau souffle. Avec les bénévoles qui l'entourent, il participe à relancer les activités, à attirer de nouveaux publics et à redonner une place centrale à cette maison historique de la communauté française.
L’union Française de Montréal, un héritage
Pour lui, l'Union française ne doit pas être un simple lieu de mémoire. Elle doit redevenir un espace où les Français se rencontrent, montent des projets, trouvent de l'aide et créent des liens avec la société québécoise. Cette conviction nourrit progressivement une réflexion plus ambitieuse sur l'avenir de l'institution.
Maison France-Montréal, un projet pour fédérer
De cette réflexion naît Maison France-Montréal. Plus qu'une nouvelle structure, Yan Niesing y voit un outil destiné à mieux organiser les différentes missions de la communauté française : préserver le patrimoine de l'Union française, poursuivre ses actions de solidarité et développer une programmation culturelle et événementielle ouverte sur Montréal.
Une politique des projets plutôt que des partis
Son élection consulaire s’inscrit dans cette continuité. Yan a mené la liste Maison France-Montréal, présentée comme indépendante, transpartisane, locale et solidaire. La formule dit beaucoup de sa manière de concevoir le mandat. Il ne nie pas la politique, mais il refuse que la représentation consulaire se réduise à une ligne de parti.
« Une fois qu’on est élu, on représente tout le monde. »
À ses yeux, le conseiller consulaire ne dispose pas d’un pouvoir exécutif. Il écoute, oriente, alerte, transmet. Il peut aussi donner de la visibilité à des problèmes que les institutions ne perçoivent pas toujours.
Mais l’essentiel, selon lui, se joue ailleurs : dans la capacité à faire avancer des projets concrets. Inscrire davantage de Français sur les listes électorales. Organiser une grande célébration du 14 juillet. Soutenir ceux qui arrivent. Aider ceux qui traversent une difficulté. Faire connaître les ressources existantes.
Yan Niesing y voit un terrain d’action commun, loin des clivages partisans. À ses yeux, la représentation consulaire doit d’abord s’appuyer sur ce qui rassemble la communauté.
« Moi, je pense qu’il y a neuf points sur dix sur lesquels tout le monde est d’accord. »

Faire communauté pour mieux s’intégrer
Au fond, Yan Niesing veut répondre à une fragilité qu’il observe depuis des années : la difficulté, pour beaucoup de Français, à s’installer durablement.
Il constate que l’arrivée à Montréal est souvent facile en apparence. La langue commune donne l’impression que l’intégration ira d’elle-même. Puis viennent les obstacles : emploi, immigration, système scolaire, santé, fiscalité, éloignement familial, naissance des enfants.
C’est à ce moment-là, selon lui, que la communauté devrait jouer pleinement son rôle.
Non pas pour se replier sur elle-même, mais pour éviter l’isolement. Pour transmettre l’expérience de ceux qui sont là depuis longtemps. Pour aider les nouveaux arrivants à comprendre les codes du Québec et du Canada. Pour faire en sorte que les difficultés ne se transforment pas en départs subis.
« On doit commencer à comprendre comment marchent le système éducatif, le système financier, le système hospitalier, les impôts. Et une fois que la communauté est forte, on peut célébrer les bons moments ensemble et se tenir les coudes dans les moments plus durs. »
Montréal, Moncton, Halifax : semer ailleurs aussi
La circonscription dans laquelle Yan Niesing a été élu ne se limite pas à Montréal. Elle couvre aussi Moncton et Halifax, où les enjeux sont différents.
Dans les provinces atlantiques, les besoins qui lui ont été remontés touchent particulièrement à l’éducation, à la langue française et à la vitalité culturelle. Il évoque la possibilité de soutenir des projets de garderie en français, de réfléchir à des établissements homologués ou encore de créer des événements culturels permettant de rendre la présence française plus visible.
« On a des graines dans les poches, donc on va les semer là-bas aussi. »
Le défi est délicat. Moncton et Halifax s’inscrivent dans une francophonie minoritaire, très différente du contexte québécois. Yan le sait. Mais il veut y voir un espace de collaboration possible, notamment avec les réseaux francophones déjà présents.
Agrandir le cadeau
Lorsque l’on retrace son parcours, une progression apparaît. Le rugby était un premier cercle. La Feria, un cercle plus large. La banda, un outil pour faire vivre la fête. L’Union française, une institution à remettre en mouvement. Maison France-Montréal, un projet structurant. Le mandat consulaire, désormais, ajoute une légitimité institutionnelle à cet engagement de terrain.
Yan ne prétend pas tout résoudre. Il sait que le conseiller consulaire ne peut pas, à lui seul, transformer les conditions d’accueil, d’intégration ou de rétention des Français au Canada.
Mais il veut contribuer à une chose : faire en sorte que la communauté française ne soit pas seulement nombreuse. Qu’elle soit organisée. Solidaire. Visible. Capable de célébrer, d’aider, de transmettre et de contribuer.
Son mandat commence donc là où son engagement avait déjà pris racine : dans cette conviction qu’une communauté ne se mesure pas seulement à ceux qui la composent, mais à ce qu’elle apporte autour d’elle.
Un cadeau, donc. À construire ensemble.
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