Édition internationale

Pinou Thong : « Je veux rendre la démocratie plus accessible »

Lorsque nous l'avions rencontrée l'an dernier, Pinou parlait de sa grand-mère, des silences de ses parents et de la mémoire qu'elle voulait transmettre à son fils. Un an plus tard, l'avocate se lance dans une campagne électorale sous les couleurs du Parti libéral du Québec. Une décision qui ne marque pas une rupture, mais l'aboutissement d'un cheminement commencé bien avant son entrée en politique.

Pinou ThongPinou Thong
Pinou Thong, avocate et candidate aux élections provinciales québécoises, souhaite placer la pédagogie citoyenne et le dialogue au cœur de son engagement. Photo Courtoisie
Écrit par Bertrand de Petigny
Publié le 18 juillet 2026

 

 

« Tu es certaine de vouloir faire ça ? »

 

 

Lorsque Pinou annonce qu'elle sera candidate aux prochaines élections provinciales, les réactions sont souvent les mêmes.

Autour d'elle, beaucoup s'interrogent. Pourquoi quitter un poste qu'elle vient d'accepter au Barreau du Québec ? Pourquoi ajouter une campagne électorale à une vie déjà bien remplie entre son travail, son fils qui arrive à l’adolescence et ses parents âgés, dont elle continue de s'occuper ?

Elle sourit en évoquant ces questions.

« Pour moi, ce n’est pas un changement de vie. C'est une continuité. »

Car derrière cette candidature, elle ne voit pas une carrière politique. Elle y voit une nouvelle manière de poursuivre ce qu'elle fait depuis toujours : défendre les autres.

 

Pinou, ou le Cambodge en héritage

 

 

Écouter avant de parler

Pendant notre entretien, Pinou Thong parle étonnamment peu d'elle-même.

Très vite, la conversation glisse vers les citoyens. Ceux qu'elle rencontre depuis le début de sa campagne. Des commerçants. Des agriculteurs. Des responsables d'organismes. Des familles. Des nouveaux arrivants.

Ce qui la frappe, dit-elle, ce n'est pas qu'ils pensent différemment. C'est qu'ils ont souvent le sentiment de ne pas être entendus.

« On ne peut pas construire de bonnes politiques si les personnes qui vivent les réalités ne sont pas autour de la table. »

Son réflexe est celui de l'avocate qu'elle est restée : poser des questions, écouter longtemps, puis seulement chercher une réponse.

 

Pinou Thong en compagnie de Sandre Cerdelline et Philippe Sévigny
Pinou Thong entourée de Philippe Sévigny et Sandre Cerdelline, cofondateurs de Complexe X 

 

 

Expliquer avant de convaincre

Une phrase revient plusieurs fois au cours de notre échange.

« Beaucoup de citoyens ne comprennent pas vraiment comment fonctionne notre démocratie. »

Elle ne parle pas seulement des nouveaux arrivants. Elle rappelle qu'il peut parfois exister une certaine confusion quant aux responsabilités respectives des différents paliers de gouvernement. Pour elle, mieux comprendre le rôle de chacun est une condition essentielle pour permettre aux citoyens de participer pleinement à la vie démocratique.

« Avant de demander aux gens de choisir un parti, il faut déjà leur donner les moyens de comprendre le système. »

Cette conviction, elle l'a forgée au fil de sa carrière. Au Barreau, comme auparavant dans d'autres organismes publics, elle s'est souvent retrouvée à traduire un langage juridique ou administratif devenu inaccessible pour beaucoup.

Entrer en politique lui apparaît aujourd'hui comme le prolongement naturel de cette démarche pédagogique.


 

L'histoire familiale n'est jamais loin

Il suffit pourtant d'évoquer ses parents pour comprendre d'où vient cette préoccupation.

Ils ont fui un pays où les institutions inspiraient la peur davantage que la confiance. Arrivés au Québec, ils ont dû apprendre de nouvelles règles, un nouveau fonctionnement, une autre manière de vivre la citoyenneté.

« Beaucoup de personnes arrivent ici avec leur propre histoire. Elles ne peuvent pas faire confiance du jour au lendemain. »

Cette réalité, Pinou ne l'a pas étudiée dans les livres. Elle l'a vécue à la maison.

Elle se souvient des démarches administratives que ses parents redoutaient, de leur prudence face à toute forme d'autorité, mais aussi de leur volonté de s'intégrer sans jamais renier leurs valeurs.

Aujourd'hui encore, cette expérience nourrit sa réflexion sur la place des communautés culturelles dans la démocratie québécoise.

 

Une autre idée de la politique

À plusieurs reprises, Pinou insiste sur un point. Elle ne cherche pas à convaincre tout le monde d'adhérer aux mêmes idées.

« Ce qui compte d'abord, c'est que les citoyens participent. »

À ses yeux, une démocratie vivante repose avant tout sur des citoyens qui comprennent les institutions, qui savent comment elles fonctionnent et qui choisissent ensuite, librement, la direction qu'ils souhaitent leur donner.

Cette vision explique aussi son intérêt pour la pédagogie. Elle imagine déjà des rencontres, des capsules d'information, des échanges avec les communautés pour expliquer le rôle des élus et le fonctionnement des différentes instances publiques.

« Si les gens ne savent pas comment ils peuvent agir, ils finissent par croire que leur voix ne compte pas. »


 

Une candidature qui pose une question

Au-delà du résultat des prochaines élections, la candidature de Pinou interroge une évolution plus profonde de la vie démocratique.

Dans un contexte où la communication politique privilégie souvent les messages simples et immédiats, peut-on encore construire une campagne autour de l'écoute, de la pédagogie et de la compréhension des institutions ?

La réponse appartiendra aux électeurs. Mais une chose est déjà certaine : en faisant ce choix, l'avocate poursuit le fil conducteur de toute son histoire. Après avoir voulu transmettre une mémoire familiale, elle tente aujourd'hui de transmettre une culture de la participation citoyenne.

 

Affiche électorale

 

Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.