Dans le cadre de la campagne des élections consulaires, nous donnons la parole aux têtes de liste pour la 4e circonscription du Canada. Laurence Dechassay mène la liste Union populaire solidaire et écologiste – soutenue par la France Insoumise et Les Verts Populaires. Elle répond à nos questions.


Pouvez-vous vous présenter en quelques phrases ?
Je m’appelle Laurence Dechassey et je conduis la liste Union populaire solidaire et écologiste pour les élections consulaires au Québec et dans les Maritimes. Je suis une Française établie au Québec, engagée dans la vie citoyenne locale et convaincue que les Françaises et les Français de l’étranger ne doivent pas être réduit·es à une communauté administrative ou à une ligne dans les politiques consulaires. Je suis illustratrice jeunesse principalement en édition jeunesse et scolaire, co-fondatrice avec 6 autres illustrateur·rices du RAH, le Regroupement pour l’Art Humain, qui se bat contre l’intelligence artificielle générative dans le domaine de l’édition et de la culture.
Je porte cette liste avec une conviction forte : même à des milliers de kilomètres de la France, nous restons pleinement citoyennes et citoyens. Nous avons droit à la solidarité nationale, à des services publics dignes, à une représentation politique claire, et nous avons aussi le devoir de nous opposer au repli, à l’extrême droite et aux politiques qui fragilisent les plus précaires. Notre liste rassemble des personnes venues d’horizons variés, mais unies par une même exigence : faire vivre ici une gauche sociale, écologiste, féministe et antiraciste.
Que représente pour vous la mission de conseiller des Français de l’étranger ?
Pour nous, cette mission ne peut pas se limiter à un rôle administratif ou protocolaire. Bien sûr, les conseiller·ères des Français·es de l’étranger doivent accompagner les citoyennes et citoyens dans leurs difficultés concrètes : accès aux services consulaires, bourses scolaires, aides sociales, démarches administratives, situations d’urgence. Mais ce mandat est aussi profondément politique.
Être conseiller·ère des Français·es de l’étranger, c’est faire remonter une réalité trop souvent invisibilisée : celle de Françaises et de Français qui vivent hors de France, mais qui subissent directement les choix budgétaires, sociaux et diplomatiques de l’État français. Quand les moyens consulaires diminuent, quand l’accès à l’école française devient réservé aux plus riches, quand les protections sociales ne suivent pas les parcours d’expatriation, ce sont des choix politiques. Nous voulons donc être des élu·es de terrain, mais aussi des points d’appui pour défendre la justice sociale, l’égalité, l’écologie et la lutte contre l’extrême droite.
Comment avez-vous constitué votre liste ?
Notre liste s’est construite dans le prolongement de la dynamique du Nouveau Front populaire, mais aussi à partir de luttes et d’engagements très concrets ici, au Québec et dans les Maritimes. Nous n’avons pas voulu faire une liste composée uniquement de militant·es
politiques ou d’appareils partisans. Nous avons voulu rassembler des personnes engagées dans la société civile, dans les associations, dans les combats antiracistes, écologistes, féministes et sociaux. Nous sommes fiers d’avoir à notre côté le fondateur du Québec c’est nous aussi, Thibault Camara, l’ancienne commissaire de la ville de Montréal à la lutte contre le racisme et la discrimination, Bochra Manaï, ou encore la fondatrice du comité Justice pour Adama Traoré à Montréal, Sarah Patier. Évidemment, beaucoup d’autres candidat·es de notre liste seraient à mettre à l’avant !

Nos candidates et candidats ne sont pas avec nous pour faire de la figuration. Nous avons fait le choix de partager l’espace et la parole avec elles et eux.
Pour nous, une liste électorale ne doit pas être une simple addition de noms. Elle doit raconter quelque chose : une vision de la société, une manière de faire de la politique, une volonté de partager la parole et le pouvoir. C’est pourquoi nous défendons aussi l’idée d’un mandat collectif, ouvert et tournant. Nous voulons que cette élection serve à construire un réseau durable d’entraide et de mobilisation, au-delà du seul moment électoral.
Pourquoi est-il important pour les Français de l’étranger de prendre part à ces élections consulaires ?
Parce qu’il n’y a pas de petites élections. Les élections consulaires sont souvent présentées comme techniques ou secondaires, alors qu’elles ont des conséquences très concrètes. Les élu·es consulaires représentent les Françaises et les Français auprès du consulat, interviennent sur les aides sociales, les bourses scolaires, les situations individuelles, et font remonter les difficultés du terrain. Ils participent aussi à l’élection des sénateurs des Français de l’étranger.
Dans le contexte actuel, marqué par la progression de l’extrême droite et par l’affaiblissement des services publics, s’abstenir revient à laisser d’autres décider de la représentation politique des Français établis hors de France. Nous pensons au contraire qu’il faut investir ces élections, les politiser et rappeler que les Français·es de l’étranger ont aussi leur mot à dire sur la France que nous voulons : une France solidaire, écologique, féministe, antiraciste et fidèle à sa promesse républicaine.
Quel est selon vous le plus grand défi auquel font face les Français de votre circonscription ?
Le plus grand défi, c’est la précarité administrative et sociale, qui touche de plus en plus de Françaises et de Français établis au Québec et dans les Maritimes. La situation autour du PEQ en est l’exemple le plus brutal : des personnes qui avaient construit leur vie ici, travaillé, étudié, fondé une famille parfois, se retrouvent dans l’incertitude, voire contraintes à un retour forcé en France. Derrière les acronymes administratifs, il y a des vies bouleversées.
Mais ce défi est plus large.
Il concerne aussi l’accès à la protection sociale, notamment pour les personnes en PVT qui n’ont pas accès à la RAMQ et doivent se tourner vers des assurances privées souvent insuffisantes. Ces assurances ne couvrent pas notamment les problèmes dentaires, de vision et surtout tout ce qui est gynécologie : ni prévention, ni contraception, ni IST, ni IVG, ni grossesse.
Il concerne les retraites, avec des carrières hachées entre plusieurs pays et des démarches administratives complexes. Il concerne enfin l’école française à l’étranger, dont le coût très élevé exclut de nombreuses familles.
Notre combat, c’est de dire que l’expatriation ne doit pas signifier l’abandon. Les Françaises et les Français de l’étranger ont droit à la solidarité nationale, à la dignité et à une véritable continuité des droits.


















