Du 10 au 12 juillet, le Festival Hexagone investira le Théâtre Paradoxe avec un pari audacieux : réunir autour de la Coupe du monde de football une communauté française que rien n'oblige réellement à se retrouver.


Le dimanche 12 juillet, plusieurs centaines de personnes pourraient se retrouver devant un écran géant installé au Théâtre Paradoxe.
Certains porteront peut-être le maillot de l'équipe de France. D'autres viendront surtout pour partager un verre entre amis, écouter un concert ou retrouver un peu de cette ambiance de guinguette qui accompagne les étés français.
C'est cette image que Florence-Élyse Ouellette et Patrice Lefèvre avaient en tête lorsqu'ils ont commencé à imaginer le Festival Hexagone. Un pari qui n'a rien d'évident. Car Montréal accueille l'une des plus importantes communautés françaises hors de France, mais celle-ci ne forme pas nécessairement une communauté au sens où on l'entend habituellement.
« Beaucoup de Français sont ici parce qu'ils ont choisi une autre vie »
Certains viennent d'arriver. D'autres vivent au Québec depuis vingt ou trente ans. Certains participent activement aux réseaux français. D'autres les évitent soigneusement. Beaucoup ont construit ici une nouvelle identité, entre France et Québec.
Pour les organisateurs, la question était donc simple : comment créer un événement capable de rassembler des gens qui ne cherchent pas forcément à se retrouver entre eux ?
Du 14 juillet à la Coupe du monde
Au départ, le projet devait naturellement s'inscrire dans la période entourant la fête nationale française.
Derrière le Festival Hexagone se trouve aussi l'expérience de Patrice Lefèvre. Organisateur notamment du Grand Salon de l'Homme de Montréal et du Rendez-Vous Canin à Laval, il connaît les défis d'un lancement. Lorsqu'il imagine ce nouveau projet avec Florence-Élyse Ouellette, l'idée d'un rendez-vous consacré à la culture française s'impose naturellement. Son père était français et cette double proximité, personnelle et professionnelle, finira par donner naissance au Festival Hexagone.
Mais très vite, les organisateurs comprennent qu'ils arrivent dans un calendrier déjà bien occupé. Chaque année, le Consulat général de France à Montréal, l'Union française Montréal (maintenant Maison-France) et la CCI FC proposent déjà leurs propres rendez-vous autour du 14 juillet.
Des discussions sont engagées. L'équipe d'Hexagone imagine même différentes formes de collaboration et évoque l'idée d'un parcours permettant aux participants de circuler entre plusieurs événements. L'accueil reste toutefois réservé. « On n'a pas reçu un écho très positif », reconnaît Florence-Élyse Ouellette.
Plutôt que de chercher à reproduire ce qui existe déjà, les organisateurs décident alors de déplacer le centre de gravité du projet. Le véritable point de rassemblement sera la Coupe du monde de football.
Pendant trois jours, le Théâtre Paradoxe accueillera une brasserie sportive pouvant recevoir près d'un millier de spectateurs devant un écran géant. Trois rencontres du Mondial seront diffusées tout au long du festival.
« Cette année, on mise beaucoup sur la Coupe du monde »
Le choix est stratégique. Là où les symboles nationaux peuvent parfois laisser indifférents, le football parle à tout le monde. Aux Français bien sûr, mais aussi aux Québécois francophiles, aux communautés francophones africaines, maghrébines, haïtiennes ou européennes qui partagent souvent la même passion du ballon rond.
Le foot devient ainsi un terrain neutre où chacun peut se retrouver sans avoir besoin de revendiquer une identité particulière.
Une France qui entreprend
Le projet ne se limite toutefois pas au sport. L'un des objectifs de Florence-Élyse Ouellette est aussi de mettre en lumière ces entrepreneurs français qui ont choisi de bâtir leur avenir au Québec.
Boulangers, pâtissiers, restaurateurs, artisans ou importateurs : tous ont apporté avec eux un savoir-faire qu'ils ont dû adapter à un nouveau marché, à une nouvelle clientèle et parfois à une nouvelle culture d'affaires. « C'est cette étape d'adaptation qui me fascinait », explique-t-elle.
Pour elle, ces entrepreneurs racontent une autre histoire de l'immigration française. Une histoire moins visible que celle des grandes entreprises ou des institutions, mais profondément ancrée dans le quotidien montréalais. Le Grand Marché du Festival Hexagone leur servira de vitrine.
Non pas comme un simple espace commercial, mais comme le reflet d'une France qui continue de se transformer une fois passée de l'autre côté de l'Atlantique.
Une première édition sous observation
Parmi ceux qui ont choisi d'accompagner cette première édition figure l’enseigne Guy Hoquet Québec, principal partenaire de l'événement.
Installé au Québec depuis 2013 et à la tête de la nouvelle implantation québécoise du réseau immobilier français, Stéphane Granier dit avoir été séduit par une formule qu'il n'avait encore jamais vue à Montréal.
« J'ai vu quelque chose de différent. Une programmation qui mélange gastronomie, culture, sport et convivialité sur toute une journée », explique-t-il.
Pour ce professionnel dont la clientèle est majoritairement française, le festival répond à un besoin réel de rencontres et de repères au sein d'une communauté souvent dispersée.
Les organisateurs savent toutefois que la réussite d'un festival ne se mesure pas uniquement au nombre de billets vendus. La première édition servira surtout à répondre à une question. Qui viendra ?
Des Français récemment installés ? Des Québécois amoureux de la France ? Des familles francophiles ? Des amateurs de football attirés par l'écran géant et l'ambiance de Coupe du monde ?
La réponse déterminera probablement l'avenir même du projet.
Car derrière les concerts, la pétanque, les produits du terroir et les matchs diffusés en direct, le Festival Hexagone tente avant tout une expérience sociale : vérifier si une communauté française aux parcours multiples peut encore se retrouver autour d'un même rendez-vous.
Billets pour le Festival Hexagone





