Ils étaient venus voir les Championnats du monde de cyclisme. Certains se sont finalement arrêtés quelques minutes pour écrire. En deux jours, 134 textes ont été recueillis par la poète et historienne du sport Julie Gaucher. Une expérience montréalaise qui pourrait désormais nourrir d’autres ateliers mêlant sport, poésie et langue française.


« Je ne m’attendais pas à un tel engagement de la population. » - Julie Gaucher
Au lendemain de deux journées passées au Village des fans des Championnats du Monde Route UCI Montréal 2026, Julie Gaucher, poète, historienne du sport et docteure en littérature française, ne cache pas sa surprise. Samedi, 80 personnes ont proposé un texte. Dimanche, elles ont été 54, malgré les courses qui rythmaient la journée.
L’initiative « Du sport et des mots », portée par la Représentation de l’Organisation internationale de la Francophonie pour les Amériques (REPAM) et le Comité international des Jeux de la Francophonie (CIJF), devait faire dialoguer pratique sportive, création et langue française.
Sur le terrain, l’expérience a surtout montré qu’il n’était pas nécessaire de s’installer pendant une heure devant une feuille blanche pour commencer à écrire.

« Je pédale pour… », « Je cours pour… »
Plutôt que les ateliers longs initialement imaginés, ce sont les formes courtes et libres qui ont trouvé leur public.
La consigne était simple : partir d’une pratique sportive et compléter une formule comme « Je pédale pour… », « Je nage pour… » ou « Je cours pour… ». Images, sensations, émotions : chacun pouvait ensuite prendre quelques minutes ou beaucoup plus de temps pour construire son texte.
Certains participants sont ainsi restés une dizaine de minutes. D’autres près d’une heure. « Je pense que c’est cette flexibilité-là qui a vraiment été intéressante », observe Julie Gaucher.
Le format a aussi permis de toucher un public qui n’aurait probablement jamais réservé une place dans un atelier d’écriture. Les visiteurs étaient là d’abord pour le cyclisme. La poésie est venue à leur rencontre.
Parmi eux, Julie Gaucher estime qu’environ un quart étaient des personnes apprenant le français. L’exercice devenait alors aussi une manière de jouer avec une langue en cours d’acquisition.

Santé, écologie et liberté dans les textes montréalais
Que raconte-t-on lorsque l’on demande pourquoi on pédale, marche, court ou pratique un sport ? Une première lecture des contributions fait apparaître trois grandes familles de réponses.
La santé arrive en premier, physique comme mentale. Vient ensuite l’écologie, particulièrement présente autour du vélo : ne pas utiliser de carburant, moins polluer, protéger la planète, mais aussi retrouver un contact avec la nature. Enfin revient régulièrement une troisième idée : la liberté, associée au mouvement et, pour les cyclistes, à la vitesse.
Les formes, elles, sont très différentes. Julie Gaucher a découvert des textes pragmatiques, d’autres drôles ou politiques, et certains beaucoup plus poétiques. Plusieurs participants ont cherché à mettre des mots très précis sur leurs sensations et leurs émotions.
Elle retient aussi quelque chose de très montréalais de ces deux journées : la facilité avec laquelle les participants associaient activité physique et vie quotidienne. Marche, yoga ou Pilates apparaissaient naturellement dans les échanges, y compris chez des personnes qui commençaient par expliquer qu’elles étaient « peu sportives ».

De Montréal aux Jeux de la Francophonie
L’expérience ne devrait pas s’arrêter sous la tente du Village des fans. Julie Gaucher repart en Europe avec les textes recueillis. Une sélection doit maintenant être réalisée afin de retenir des contributions représentatives des différentes écritures apparues à Montréal. Certaines pourront ensuite être diffusées sur les réseaux sociaux de l’OIF, avec l’accord de leurs auteurs.
Les exercices proposés à Montréal s’inscrivent dans un dossier pédagogique conçu par Julie Gaucher en vue des Jeux de la Francophonie à Erevan, en 2027. Adaptables notamment aux classes de français langue étrangère, ils prolongent la philosophie des Jeux, où le sport et la culture partagent la même scène.
Le rendez-vous montréalais a aussi confirmé l’intérêt d’aller chercher l’écriture là où le public se trouve, plutôt que d’attendre qu’il entre dans un atelier. Quelques minutes, une consigne, un stylo et une feuille peuvent suffire.
Au milieu des vélos, de la musique et des spectateurs des Championnats du monde, 134 personnes en ont fait la démonstration.
Pour aller plus loin : un concours pour les 15-18 ans
Dans le même esprit, le concours Poésie, Sport et Francophonie 2026 invite les jeunes francophones de 15 à 18 ans à réaliser une vidéo dans laquelle ils lisent un texte poétique en français inspiré par le sport, idéalement avec un athlète de leur entourage.
Les candidatures sont ouvertes jusqu’à la mi-octobre. Les œuvres retenues seront récompensées durant la semaine du 19 novembre, à l’occasion de la Journée internationale des professeurs de français.
Découvrir le concours Poésie, Sport et Francophonie 2026 et les modalités de participation
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