Le mauve intense éclairant le ciel bleu de la capitale mexicaine est peu à peu en train d’en recouvrir le sol de tapis violets. La saison des jacarandas touche à sa fin après quasiment deux mois d’embelli des grandes avenues de la ville. Cet arbre, dont la floraison ornemente et égaie la ville de Mexico de mars à avril, symbolise également l’annonce du printemps. Mais il n’en a pas toujours été ainsi. Histoire et origines du jacaranda dans la CDMX.


Si vous demandez à un mexicain d’où vient le jacaranda, il vous répondra très probablement du Mexique. Mais en réalité cet arbre devenu emblématique de la capitale mexicaine y a planté ses racines il n’y a pas si longtemps que cela. Le jacaranda est loin d’être une espèce endémique du Mexique dont les origines se trouvent à plusieurs milliers de kilomètres de là plus au sud sur le même continent. Il appartient à la zone subtropicale englobant le sud du Brésil, du Paraguay, de la Bolivie et le nord de l’Argentine où il se fond dans le paysage parmi d’autres plantes tropicales. Son climat d’origine est chaud et humide avec des hivers doux, dans des zones allant jusqu’à 2600 mètres d’altitude. Ce qui rend son adaptation à la ville de Mexico plutôt intéressante est l’environnement sec qui diffère de son climat de prédilection.
En voyant ces arbres aux fleurs d’un violet lumineux qui se mettent à fleurir entre fin février et début mars dans de nombreux quartiers de la ville de Mexico, on ne peut s’empêcher de penser aux fleurs de cerisiers du Japon. Et ce n’est pas un simple hasard.
Tout comme l’attraction touristique que provoque chaque année en avril l’annonce de l’arrivée des fleurs de cerisiers au Japon, en Corée et jusqu’à Vancouver, la floraison des jacarandas à Mexico est un véritable spectacle pour ses habitants. Marqueur de l’annonce du printemps et plaisir pour les yeux d'embellissement de leur ville lorsqu’elle se teinte de violet, les chilangos (habitants de Mexico) se réjouissent de pouvoir admirer leurs petites fleurs qu’ils affectionnent et qui symbolisent le cycle des saisons. Les promenades au Parc de Chapultepec ou le long de Reforma comme dans d’autres quartiers sont l’occasion de prendre des photos de la ville rendue photogénique grâce à ces moutonnements de violet enchanteur.

L’introduction du jacaranda dans la ville de Mexico est mêlée à différentes légendes. Elle est souvent attribuée à Tatsugorō Matsumoto, pépiniériste paysagiste japonais arrivé à México vers 1890/1900 sous le porfiriato, époque d’influences européennes et internationales, de modernisation de la ville et de développement paysager. C’est dans ce contexte qu’il commence à travailler dans les jardins d’élites mexicaines ainsi que dans les espaces urbains de la ville. Sa tentative d’introduire des cerisiers japonais à la ville pour recréer le spectacle du Hanami, ou contemplation des fleurs de sakura, tel que dans la tradition de son pays d’origine, échoue face au climat de Mexico. On dit alors que vers 1910/1920 il trouve comme alternative au cerisier, le jacaranda ,qu’il introduit dans certains espaces privés pour observer son adaptation qui s’avère fonctionner. Mais il ne sera pas le seul acteur de cette belle histoire.
D’autres légendes attribuent son implantation à Miguel Angel de Quevedo. Entre les années 1920 à 30, avec l’urbanisation moderne de la ville, Miguel Angel de Quevedo, responsable gouvernemental du Département Forestier, surnommé “l’apôtre de l’arbre” en raison de sa forte implication dans la protection des espaces naturels, initie la reforestation de la ville. Après en avoir étudié les conditions d’acclimatation, on commence à voir apparaître des jacarandas sur de grandes avenues, rues et parcs. Sous son impulsion, durant la présidence de Pascal Ortiz Rubio, et avec la collaboration du paysagiste de Central Park à New York, Frederick Law Olmsted, 34 parcs urbains seront réalisés, parmi eux les Viveros de Coyoacan et la protection du Desierto de los Leones. La plantation des jacarandas est accélérée.
C’est dans ce contexte que le fils de Tatsugorō Matsumoto, Sanshiro Matsumoto, qui hérite des activités horticoles familiales, participe vers 1930/40 à une plus grande échelle au développement de pépinières et à la diffusion des jacarandas pour les projets d’ornementation de la ville. Ainsi, dès la moitié du 20ème siècle, le jacaranda fleurit dans les plus grands parcs et quartiers de la ville et fait partie du paysage urbain à chaque printemps.

Ce sera finalement une interaction entre ces différents acteurs au niveau institutionnel et botanique qui permettra la transformation des grands espaces urbains et parcs de la CDMX (Ciudad de Mexico).
Un arbre maintenant globalisé
Mais le jacaranda n’a pas séduit que le Mexique. Il a également trouvé sa place de star parmi les arbres à Pretoria (Jacaranda City), Lisbonne, Los Angeles, Sydney, Séville et Bangalore. Cette exportation du jacaranda correspond également à une époque entre fin du 19ème et première moitié du 20ème siècle où les réseaux de botanistes favorisaient la circulation des plantes et les urbanistes modernes concevaient déjà des villes plus vertes. Ainsi, Mexico fait partie de cette mouvance globale qui rentrait dans des critères d’urbanisme esthétique où le jacaranda a trouvé sa place.
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