Mercredi 16 octobre 2019
  Ne manquez plus les
dernières nouvelles
S'abonner

THIERRY MATHOU – Portrait (1/2) : la vocation de la diplomatie

Par Lepetitjournal Manille | Publié le 06/12/2015 à 20:00 | Mis à jour le 07/12/2015 à 10:14

Mardi 24 novembre dernier, trois élèves journalistes du Lycée Français de Manille, Lila BUNOAN, Alban GAUTROT et Pablo MORSIA, ont eu l'honneur de pouvoir interviewer son Excellence Thierry MATHOU, Ambassadeur de France aux Philippines. Premier volet de ce portrait, consacré à son parcours, aussi riche que cohérent.

Lepetitjournal.com/Manille : Vous avez une double formation en économie et en sociologie politique.  Pouvez-vous nous expliquer les raisons de ce double cursus ?

Thierry MATHOU : Je suis convaincu depuis longtemps qu'il ne faut surtout pas s'enfermer dans une spécialité, particulièrement lorsqu'on choisit un métier comme le mien, qui est un métier d'ouverture, qui nécessite une vision large.
J'ai toujours eu un intérêt particulier pour les questions économiques, qui sont aujourd'hui au c?ur de la vie moderne. En tant qu'ambassadeur, mon travail peut comporter jusqu'à 70% d'économie. Cela reste évidemment très variable selon le pays. En Birmanie, les dossiers étaient plus politiques, avec notamment la question des droits de l'homme.
L'économie est ce qui nous permet de comprendre aujourd'hui la manière dont le monde avance. Même quand on parle de lutte contre le changement climatique, la réflexion qui sous-tend le débat est : "quel type de modèle économique doit-on développer pour les générations futures ?". Encore une fois, la connaissance précise des rouages de l'économie et du monde de l'entreprise représente une clef pour tous les autres domaines.
La sociologie politique est aussi un intérêt personnel ancien, appliqué à une région du monde particulier : l'Asie, plus précisément la zone himalayenne et la rencontre de deux civilisations, le monde indien et le monde chinois.
J'ai été un étudiant impénitent : j'ai fait des études longues, et, à un moment donné, il a fallu entrer dans la vie active.

Comment vous appuyez-vous sur cette double formation pour votre fonction d'ambassadeur ?

Un ambassadeur est "un passeur", qui a vocation à représenter son pays et à créer des synergies, à avoir un effet d'entraînement sur tout un ensemble d'acteurs, publics ou privés. Cela suppose d'avoir une vision extrêmement large. Arrivant aux Philippines, je suis frappé par le nombre d'acteurs qui interviennent dans les relations entre la France et les Philippines : les entreprises, les O.N.G.? A titre d'exemple, les Philippines sont le pays d'Asie qui accueille le plus de volontaires français, environ 400 par ans, que je considère comme des acteurs à part entière des relations bilatérales entre la France et les Philippines.
L'ambassadeur doit créer des liens entre différents cercles, différentes structures, différentes personnes, qui n'ont pas forcément vocation à se rencontrer : le monde de l'entreprise qui a vocation à faire prospérer l'économie, le monde de l'humanitaire qui est tourné vers les personnes? A un moment donné, ces cercles peuvent être appelés à se rencontrer et à travailler dans la même direction, avec le même objectif : permettre à la France d'être plus visible, plus efficace aux Philippines.
Avoir une multiplicité de formations et donc de visions est très utile dans cette perspective.
 
En outre, dans une ambassade, il y a différents services, chargés de développer les relations entre la France et les Philippines dans leur domaine spécifique : un service économique et commercial ; un service culturel, scientifique, linguistique et universitaire ; la partie consulaire qui accompagne le départ des Philippins vers la France et la vie des Français aux Philippines?
La diplomatie, c'est peut-être l'activité qui est la plus transversale de tous les métiers. Une formation diversifiée y est donc très utile.

Pouvez-vous nous expliquer votre choix de la diplomatie ?

La diplomatie était une vraie vocation. Pour tout un ensemble de raisons, j'ai été attiré très tôt vers le monde de la diplomatie. Un diplomate travaille au rapprochement des peuples, aux relations pacifiques  entre les nations. Dans le contexte que nous connaissons actuellement, un contexte marqué par la violence et par de nouvelles formes de guerre qui défient nos sociétés, cela prend tout son sens. C'était et c'est toujours aujourd'hui une vraie vocation.

Vous avez une excellente connaissance universitaire et pratique de la Chine et de l'Asie. Pouvez-vous nous expliquer votre intérêt pour cette zone géographique et ces cultures ?

La présence d'une importante bibliothèque familiale m'a amené à lire très tôt des récits de voyages d'explorateurs qui, au 19ème siècle, avaient arpenté l'Asie extrême, l'Asie centrale, le monde himalayen. Cet univers m'a très tôt fasciné. Engageant mes études, j'ai souhaité en savoir plus.
Je vous parlais tout à l'heure de mon goût de l'ouverture. Ce qui m'a toujours intéressé, c'est ce qui est différent, c'est l'Autre. Il s'agit de comprendre comment d'autres cultures, d'autres civilisations fonctionnent, et comment la nôtre peut s'articuler avec ces dernières. L'Asie est un monde très différent sur le plan religieux et culturel. Je me suis fixé sur un domaine d'étude particulier : le monde himalayen. C'est un monde entre deux cultures : la culture chinoise et la culture indienne. C'est une zone de rencontre, un point de contact.

D'une certaine manière, j'ai retrouvé cela en arrivant aux Philippines. A mon arrivée, un ami m'a dit : "Tu verras, pendant le premier mois, tu vas avoir le sentiment d'être en Amérique latine. Le deuxième mois, tu te rendras compte que tu es en Asie. Et le troisième, tu réaliseras que tu es aux Philippines." En effet, les Philippines présentent un double héritage colonial espagnol et américain, se situent au c?ur du monde malais, mais restent un pays particulier. C'est à bien des égards "le c?ur de l'Asie Pacifique" : une zone de contact par sa position culturelle et géographique. Il est fascinant de voir les influences qui s'y mélangent et qui créent un ensemble unique : les Philippines. J'y suis aujourd'hui nommé avec beaucoup d'enthousiasme.

Votre nomination aux Philippines semble être la nouvelle étape d'un parcours très cohérent.
 
Je le pense. J'ai commencé ma carrière à Washington. A l'époque, j'avais choisi Washington notamment parce que s'y trouvaient des sources dont j'avais besoin pour le doctorat que je préparais. Même aux Etats Unis, je travaillais déjà beaucoup sur l'Asie.
Ensuite, ma vocation m'a tout naturellement conduit en Asie. J'ai passé à peu près quinze ans en Chine, en études et en postes, à Pékin et à Shanghai. Puis j'ai été ambassadeur pendant près de cinq ans en Birmanie. Et me voilà arrivé aux Philippines. Entre temps, j'ai occupé plusieurs postes en France.
Il y a une vraie continuité. Cela me permet, à titre professionnel, d'avoir une vision plus complète de cette région : je connais très bien le monde chinois pour y avoir passé beaucoup de temps ; je connais très bien l'Asie du Sud, l'Inde et ses confins septentrionaux, parce que c'est la zone que j'étudie en tant que chercheur ; je connais bien l'ouest de l'Asie du Sud-Est avec la Birmanie, qui est aussi une zone de contact entre la Chine, l'Inde et l'Asie du Sud Est ; mais je ne connaissais pas professionnellement l'Asie Pacifique. Mon actuel poste comble cette lacune, d'autant plus que je suis également accrédité auprès des trois Etats du Pacifique : la Micronésie, les îles Marshall et la République des Palaos.

Votre apparent goût du voyage a-t-il compté dans votre vocation pour la diplomatie ?

Tous les diplomates ne sont pas forcément mobiles. C'est un choix de carrière. Je ne suis, quant à moi, jamais aussi heureux que lorsque je suis sur le terrain. Un diplomate n'est ni un chercheur ni un journaliste mais il doit avoir une bonne connaissance du pays qui nous accueille et une excellente information. L'Agence France Presse est nécessairement plus rapide que l'ambassade pour fournir et diffuser cette information. Ce qu'on attend de l'ambassadeur, c'est une mise en perspective de ce qui se passe, une analyse et des conseils. Pour faire tout cela, il faut sortir de son bureau, apprendre des langues, et voyager?

Lila BUNOAN, Alban GAUTROT et Pablo MORSIA (lepetitjournal.com/manille) lundi 07 décembre 2015

logofbmanille

Lepetitjournal Manille

L'édition de Manille de Lepetitjournal.com, le média des Français, des francophones et des francophiles à l'étranger
0 Commentaire (s)Réagir

Communauté

TÉMOIGNAGES

Je suis expat mais je fuis les Français !

L’expatriation rapproche souvent des Français vivant dans un nouveau pays dont les codes leur échappent. Et pourtant, nombreux sont ceux qui ne supportent pas la communauté expatriée. Mais pourquoi ?

Expat Mag

Singapour Appercu

L’Alliance française de Singapour célèbre ses 70 ans!

Depuis soixante-dix ans, l’Alliance française de Singapour contribue aux échanges culturels entre la cité-Etat, la France et le monde francophone. Lors de la journée anniversaire du 12 octobre, la Pré

Sur le même sujet