Édition internationale

DUTERTE PRESIDENT – Les réactions inquiètes de la presse française

Écrit par Lepetitjournal.com aux Philippines
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 5 septembre 2017

Si l'ensemble de la presse française a annoncé dès lundi soir la victoire sans appel de Rodrigo Duterte aux élections philippines, elle dresse unanimement un portrait très inquiet du futur président. Revue des articles parus dans quelques journaux nationaux ces deux derniers jours.

Un portrait au vitriol

La comparaison du futur président des Philippines avec Donald Trump est reprise par tous les journaux français qui dressent un portrait souvent peu nuancé du futur président des Philippines. L'Express le considère même comme "pire qu'un Donald Trump de l'Asie".

Deux traits de caractère ressortent de ce portait : le populisme et l'extrême violence de l'ancien maire de Davao. Tous les journaux soulignent en effet à la fois sa violence verbale et ses promesses d'actions violentes contre le banditisme et la criminalité.

Ainsi Le Nouvel Observateur titrait la semaine dernière : "Rodrigo Duerte : violent, misogyne et bientôt président des Philippines". Et La Croix de répondre : "Duterte : le méchant qui veut être président".

Tous soulignent la vulgarité et le sexisme du candidat. Libération évoque "les déclarations violentes, sexistes et outrancières" du "candidat démagogue". Le même adjective "outrancier" est repris par Le Figaro pour qualifier l'ensemble de sa campagne. Dans un article assez fouillé, Le Monde revient les "plaisanteries" misogynes de l'ancien maire de Davao à propos du viol d'une missionnaire australienne dans la prison de sa ville en 1989 et ses propos injurieux à l'égard du pape.

Les déclarations chocs de Rodrigo Duterte, promettant "une présidence sanglante", c'est-à-dire une éradication rapide et violente de la criminalité aux Philippines, sont nombreuses et largement reprises par les journaux français. Deux citations font l'objet d'une attention particulière des médias français, plusieurs fois reprises et mises en valeur de diverses manières :"soit vous me tuez soit je vous tue" et "Oubliez les lois sur les droits de l'homme !".

Libération reprend d'ailleurs le surnom de "Duterte Harry" donné au candidat en référence aux méthodes du flic "Dirty Harry" incarné par Clint Eastwood au cinéma.

L' "escadron de la mort qui a abattu plus d'un millier de personnes, suspects de crimes mais aussi simples errants" (Le Monde) durant sa magistrature de maire à Davao fait en outre l'objet de nombreux commentaires indignés et inquiets. L'Humanité y fait même référence dans le titre de son très inquiétant portait du "candidat des escadrons de la mort" et L'Express, qui présente sans doute l'article le plus critique, affirme que "meurtres, viols et dictature sont au programme du candidat". Ce dernier article associe le "langage fleuri" et les "solutions expéditives" du candidat : "les outrances de l'avocat philippin de 71 ans semblent moins savamment dosées que celle du milliardaire américain" : Donald Trump "ne s'est jamais vanté d'avoir tué de ses propres mains. Il n'a jamais évoqué d'envies de viol". Et de conclure : "Les Philippins savent ce qui les attend".

Libération fait même le lien entre la violence du candidat et les incidents violents qui ont entraîné la mort d'une dizaine de personnes lors des "élections sanglantes" (Le Figaro) de ce lundi 9 mai dernier.

C'est bien finalement le portrait d'un "dictateur" en puissance que dresse la presse française.

Eléments d'analyse

Les scores sans précédents obtenus par Rodrigo Duterte (plus de 6 millions de voix d'avance lundi soir sur le second candidat, soit près de 40% des suffrages exprimés) interrogent ainsi fortement les journaux français.

L'envoyé spécial du Monde revient sur cette irrésistible ascension en appuyant son propos sur l'analyse d'Edna Co, politologue à l'université des Philippines : "Il est arrivé comme un éclair dans le ciel. Les gens peuvent s'identifier à son attitude, à son langage. Il promet de changer les choses à sa manière, selon ses propres règles."

Libération approfondit l'analyse en rattachant ses scores à  "l'absence de résultat dans la lutte contre la pauvreté, les inégalités et la criminalité ordinaire" : celui qui s'est posé comme un "homme du peuple, proche des pauvres dans un pays où 25 % de la population vit avec 0,61 dollar par 1jour (0,53 euro)" "s'est emparé de ces inquiétudes et a su capter la lassitude de la population qui ne profite pas des fruits d'une croissance de 6% en moyenne depuis cinq ans".

La rupture d'une population philippine extrêmement pauvre avec ses élites est également soulignée dans les analyses de La Croix et de L'Express.

François COUDRAY (www.lepetitjournal.com/manille) mercredi 11 mai 2016

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Publié le 10 mai 2016, mis à jour le 5 septembre 2017
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