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EVASION – Une journée à Bohol

Par Lepetitjournal Manille | Publié le 30/10/2016 à 20:00 | Mis à jour le 23/10/2016 à 09:35

Fréquentée pour ses plages paradisiaques et ses remarquables espaces de plongée, l'île de Bohol recèle, dans l'intérieur de ses terres, d'insoupçonnables pépites. Retour, à l'occasion des congés de Toussaint, sur la première "évasion" publiée, il y a tout juste un an, par Carol Le Roux. Attention au départ...

7h du matin. Mon vol s'apprête à atterrir à Tagbilaran, île de Bohol.
Déjà le survol de l'île m'a donné un bien bel aperçu de la magnificence de l'île : plages de sable blanc version "carte postale", "collines de chocolat" à perte de vue, rizières et cours d'eau : ce qui m'a été dit sur Bohol se confirme peu à peu. J'ai hâte.
7h25 : enfin le tarmac. Je saute de l'avion, récupère mon sac à dos, saute dans un jeepney et, déjà, je me sens enivrée par l'ambiance matinalement effrénée de la petite ville. Direction la route de l'ouest.

Premier arrêt : le sanctuaire des tarsiers

Ce minuscule primate aux allures de martien m'attend perché dans le haut de son arbre.

Carlito Pizzarras, le bienfaiteur de ces petites bêtes m'a prévenue : la plupart dormiront à cette heure-ci car le tarsier est un animal nocturne, très fragile. Surtout, pas de flash. Je m'avance donc à pas de loup, regardant au sommet de chaque arbre si l'un d'entre eux me fera l'honneur de me regarder de ses grands yeux ronds. Il n'y a visiblement que quatre spécimens observables aujourd'hui, m'a informée Carlito. Les autres se sont réfugiés dans leur jungle. Il parait qu'ils y sont bien. J'en suis persuadée quand je découvre l'étendue du domaine : 167 hectares. Ici, Carlito, surnommé Monsieur Tarsier, ne vit que pour préserver l'espèce, aujourd'hui si fragile.  

Enfin, après quelques mètres parcourus, l'un d'entre eux m'accueille. Ses grands doigts démesurés agrippent la branche, ses yeux ronds semblent me fixer, me prévenant qu'ici, c'est chez lui. Je comprends alors l'inspiration de Steven Spielberg pour son "E.T" et ses Gremlins. L'animal, dont la durée de vie ne dépasse généralement pas les 25 ans, a même une tendance à se suicider s'il se sent agressé, s'arrêtant alors de respirer jusqu'à se donner la mort. Lorsque Carlito me raconte ce phénomène, je comprends d'autant plus sa dévotion à la préservation de l'espèce. Je me tiens donc éloignée de lui, tout en l'admirant et tentant de réaliser discrètement quelques clichés de celui qui, du haut de ses 10 centimètres, fascine tant de visiteurs et de volontaires venant effectuer des missions d'entretien et de préservation dans ce parc niché dans la jungle.

 

Je comprends, après cette visite, l'importance du tourisme "intelligent" alors que je me remémore les mots de Carlito quant aux abus et au trafic de ces animaux durant les décennies précédentes. Je décide alors de découvrir Bohol en version éco-tourisme, de partir à la rencontre du vrai, de l'authentique et sortir des sentiers battus.

Une visite chez Manoy

Me voici sur les routes de l'Ouest de Bohol en "habal habal" (moto collective). Et mon chauffeur de me guider à travers les petits sentiers peu fréquentés, à la découverte des richesses de l'île. Nous traversons alors le village d'Antequera et nous arrêtons discuter avec Antolin qui, amoureux de sa région, me propose immédiatement de m'embarquer à bord de son tricycle cabriolet et de me faire découvrir ce qu'il appelle son "secret".

Après quelques 20 minutes de route et un déroulé quasi complet de l'arbre généalogique de la famille d'Antolin, me voici chez Manoy ("manoy", terme tagalog utilisé pour désigner et s'adresser avec respect à une personne âgée), au milieu de nulle part semble-t-il. Le vieil homme nous accueille. Il ne bafouille que quelques maigres mots en anglais mais je comprends très vite son empressement à me faire découvrir son petit paradis.

Après la traversée épique d'un pont dont les suspensions et la stabilité me paraissent plus qu'aléatoires, nous arrivons au c?ur d'une nature luxuriante : rivière, cascadelle, grottes cachées? Je décide de suivre Antolin à travers la rivière et nous rejoignons la maison familiale où "Madame" me propose tout naturellement de partager le déjeuner familial, "en toute simplicité", m'explique-t-elle. Je suis heureuse d'avoir découvert cet endroit, et cette famille au sens de l'hospitalité typiquement "pinoy" (terme tagalog signifiant "philippin"). Après ces moments incroyables, vient l'heure de reprendre la route. Direction les célèbres "Chocolate Hills" et leur panorama si atypique.

Les "Chocolate Hills" et le village de Rowena Heights

Là encore, je réalise la beauté de cette île. Plus de 1000 collines m'entourent, leur couleur marron rappelle effectivement celle du chocolat. Du haut du point de vue, le spectacle est magique. Je décide alors de trouver le moyen de parcourir ces montagnes autrement et, après conseil, me dirige vers le village de Rowena Heights. La route est longue, le chemin laborieux mais à l'arrivée, je suis... époustouflée !

 

Ce village a été érigé sur les hauteurs de Bohol à la suite du tremblement de terre de 2013, afin de reloger la population du village d'Inabanga, quasi dévasté. De pêcheurs, ses habitants sont devenus fermiers. Avec le soutien du gouvernement, les hommes et les femmes de ce nouveau village y ont appris à cultiver du piment et de la patate douce. Ils m'accueillent au sein de leur communauté : les enfants courent devant moi et m'invitent à rejoindre le c?ur du village, le "chef du village" me porte une noix de coco et je me retrouve entourée de dizaines de gosses me racontant l'histoire de leur nouveau village, leurs vies, leurs croyances? Rowena Heights a en effet sa propre religion et même "son propre pape", me disent-ils. Je suis particulièrement touchée par Chery-Mae. Elle a 12 ans. Elle m'a demandé de lui raconter la France. Je lui ai promis de revenir dans son école pour raconter mon pays, mais aussi l'Europe, à ces enfants rêvant eux aussi d'évasion.

Je repars, les yeux emplis de belles images et le coeur de moments exceptionnels.  Je vous raconterai un jour plus en détails ce village qui fait partie des éco projets soutenus par la fondation Equation.
 

Carol LE ROUX (www.lepetitjournal.com/manille) lundi 31 octobre 2016

première publication le mardi 17 novembre 2015

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