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EVASION - Retour à Bohol au cœur des "collines de chocolat"

Par Lepetitjournal Manille | Publié le 31/10/2016 à 20:00 | Mis à jour le 23/10/2016 à 09:53

Poursuite de notre exploration de Bohol avec cette deuxième "évasion" signée Carol Le Roux. Il est certains paysages au monde qui semblent, naturellement, avoir été l'?uvre d'un architecte ou d'un paysagiste surdoué ! Les "Chocolate Hills", classées au patrimoine mondial de l'Unesco, font partie de ces merveilles naturelles surréalistes face auxquelles chacun se demande qui a bien pu façonner ce paysage sublime !

Le paysage montagneux exceptionnel que forment les célèbres "collines de chocolat", plus qu'une visite incontournable, est, depuis toujours, l'emblème de l'ile de Bohol.

Cet ensemble composé de 1.268 collines de schiste réparties sur 50 km2 doit son nom à la couleur "chocolat" que prend sa végétation à la saison sèche. Les collines, d'une hauteur comprise entre 30 et 50 mètres, présentent des formes presque semi-sphériques. La régularité des courbes arrête d'emblée l'?il du visiteur.

Dépôt sédimentaire ou larmes de géant ?

L'origine de cette formation a longtemps nourri l'imagination des insulaires et aujourd'hui encore de nombreuses légendes sont colportées autour de ces collines merveilleuses. Plusieurs scientifiques ont depuis expliqué plus rationnellement le phénomène.

Il y a environ deux millions d'années, l'espace où apparaissent aujourd'hui les collines était sous-marin. Les collines sont le résultat d'un long dépôt sédimentaire. Par la suite, la tectonique des plaques a fait émerger la formation sous-marine. Dès lors, l'érosion, due aux pluies et aux vents, a donné ces formes de cônes et de ballons qu'ont aujourd'hui les "Chocolate Hills".


La légende, quant à elle, nous ramène aux temps lointains de la mythologie et nous conte l'histoire de deux géants qui trois jours durant se seraient disputés à l'aide de rochers gigantesques. Epuisés après ces trois jours de bataille épique, les géants en auraient même oublié jusqu'au sujet de leur dispute, devenant ainsi amis et partant en laissant leur désordre derrière eux. C'est ce désordre que l'on pourrait aujourd'hui encore admirer sur le site des "Chocolate Hills".

Une autre légende, plus romantique, raconte que le géant Arogo tomba amoureux d'une femme prénommée Aloya. Celle-ci étant déjà promise, le géant fit assassiner son compagnon et la prit pour épouse. Mais la malheureuse mourut de chagrin. Arogo, anéanti, pleura toutes les larmes de son corps et en tombant, celles-ci formèrent les collines?

En route pour les collines !

Quelle que soit l'histoire de ces collines aux allures de paysage lunaire, ce panorama fait partie des incontournables beautés de Bohol. Je chausse donc mes baskets, prends casquette et mobylette, et pars en direction la petite ville de Carmen, au pied des "Chocolate Hills" afin de m'émerveiller, moi aussi, de ce spectacle.
 
Sur la route, je m'arrête dans l'un des marchés colorés et odorants de l'île, l'occasion de reprendre quelques forces, d'échanger quelques mots en visaya avec les commerçants, de me rafraichir et de m'assoir quelques instants avec ce petit groupe de jeunes filles aux sourires éclatants. L'une d'elle, Nordelyn, me demande d'où je viens, ce que je fais "ici, perdue". Moins timide que les trois autres, elle engage avec moi la conversation et me propose finalement de m'accompagner, "in my secret place", me dit-elle. Son village, Nueva Vida Este, au pied des Collines de Chocolat. Elle fait signe à ses copines de marché, enjambe la selle de mon scooter, et nous voilà parties toutes les deux.


"Turn right here Ma'am". "Take care Ma'am it's a small road". "Here on the left Ma'am". Après une dizaine de kilomètres dont au moins deux extrêmement sinueux, nous arrivons dans un paysage tout simplement exceptionnel.

Elle m'invite à rencontrer sa famille qui m'accueille chaleureusement, en mode "buko juice" et sourires d'enfants. Peu d'entre eux parlent anglais et Nordelyn joue la traductrice. Je me sens au bout de 10 minutes comme faisant partie de la famille.

Notre jeune guide locale me propose alors d'aller visiter ses "Collines de Chocolat". Nous y partons en "tribu", suivies d'au moins 6 membres de la famille.

Nous marchons à travers des rizières, croisons buffles et paysans au travail, nous arrêtons sous un abri en nipa pour admirer le paysage, reprenons notre marche avant d'escalader "SA" colline de Chocolat. Harassant. Brûlant. Le soleil est au zénith.

Arrivée au sommet : spectacle subjuguant ! Nous sommes seules au sommet de cette colline? si l'on fait abstraction de tous les enfants qui nous ont suivies ! Et nous jouissons d'une vue dégagée sur 360° sur les centaines d'autres collines qui nous entourent. Superbe panorama !


Je reste là à admirer le paysage, jusqu'à ce que Nordelyn m'invite à une séance de "selfies" avec les bambins du village. Chacun sourit, fier de recevoir sur ce sommet quelqu'un qui ressemble à un touriste !

Séance photos efficace : les téléphones portables passent de main en main, une pause pour 12 clichés, on change d'expression, on saute, on rit, on grimace, on immortalise le moment.


Enfin, après cette halte au sommet, nous redescendons par le même chemin. La descente me semble alors si facile !

Comme une nouvelle famille?

Nous regagnons alors la modeste demeure de Nordelyn, où, surprise, toute la famille, ou presque, semble s'être réunie pour accueillir la touriste blanche que je suis. Le repas a été préparé à la dernière minute. La maitresse de maison m'invite à m'assoir et m'offre quelques échantillons de la cuisine locale. Gueuleton à la mode philippine ! Un véritable festin !

Cet endroit est un véritable coup de c?ur. Et cette famille aussi !

Je leur explique que je ne suis pas une "vraie" touriste et demande à la jeune Nordelyn si sa communauté souhaite, elle aussi, bénéficier du développement du tourisme sur Bohol. Je lui explique la notion d'éco-tourisme. Tourisme vert, tourisme rural. Tourisme respectueux des lieux et de leurs habitants. Et pour nous la possibilité de faire découvrir l'île de Bohol sous son aspect le plus authentique. Promouvoir l'authenticité, partir à la rencontre des familles et visiter l'île hors des sentiers battus. A l'unanimité, la réponse est "Why not ?!".

La proposition leur parait surprenante mais chacun acquiesce. Et nos discussions nous permettent d'avancer rapidement sur un projet concret. Je leur propose d'accueillir des visiteurs et de cuisiner pour eux. Nous nous mettons d'accord sur un forfait journalier pour l'accueil et sur le coût des repas. Nordelyn traduit, explique, répond aux questions des membres de sa famille. Imaginaient-ils un jour que des touristes responsables prendraient part à leur quotidien sous cette forme ?  

Eco-tourisme et développement durable

Dans les semaines qui ont suivi cette belle rencontre, Nordelyn et sa famille ont reçu la visite de dizaines de touristes en quête d'authenticité. Chacun des visiteurs est revenu de cette journée avec un sourire béat. Découvrir ainsi ce petit coin de paradis et partager la gentillesse de cette famille reste pour tous un souvenir inoubliable.

Depuis, la famille de Nordelyn a construit une table en bois, des bancs, a cousu l'ourlet d'une belle nappe verte, étendu son champ de compétences culinaires,  s'est vu financer un toit en nipa pour protéger les déjeuners du soleil ou de la pluie, a appris quelques mots de français et semble avoir compris la notion d'éco-tourisme.

Un des visiteurs a fait une donation pour leur permettre de construire une fosse septique. Les plans sont à l'étude.

Quant à moi, je repars dès aujourd'hui sur les routes de Bohol et des îles des Philippines trouver d'autres Nordelyn, pour les aider à comprendre la notion d'éco-tourisme et à profiter, à leur niveau, de la croissance du nombre de visiteurs étrangers aux Philippines.


Carol Le Roux (www.lepetitjournal.com/manille) mardi 01 novembre 2016

Première publication lundi 16 mai 2016

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