GIBRALTAR – L’incident de trop ?

Par lepetitjournal.com Madrid | Publié le 09/05/2011 à 00:00 | Mis à jour le 14/11/2012 à 12:55

Entre l'Espagne et la colonie britannique, les accrochages en mer se sont multipliés ces dernières semaines. Un jeu du chat et de la souris qui attise les tensions interétatiques. A la clé, le contrôle de 3 milles d'eaux à la pointe de l'Espagne

C'est un des rochers les plus convoités de la planète. Nullement pour son prince, ses belles voitures ou ses yachts de luxe. Non, loin du train de vie monégasque, Gibraltar constitue la porte d'entrée de l'Afrique vers l'Europe, de l'Atlantique à la Méditerranée. Un bout de terre stratégique, cédé par Madrid à Londres en 1713, lors du Traité d'Utrecht.
Depuis des années maintenant, les Espagnols aimeraient récupérer cette enclave, et perçoivent de plus en plus mal la présence militaire britannique. Dernier épisode en date : le 3 mai, lorsqu'un de leurs patrouilleurs aurait pénétré en eaux territoriales britanniques et appelé les navires de commerce présents à quitter la zone.

Touché-coulé grandeur nature


(Pour l'Espagne, la Grande-Bretagne n'a d'autorité que sur terre, dans quelques ports)

Après plusieurs avertissements radio, la Royal Navy décide d'envoyer une embarcation gonflable sur place, suivie d'un bâtiment armé. Aussitôt, le gouvernement de Gibraltar dénonce un acte "provocateur et illégal" de la part de son voisin. Dans cette bande de 3 milles entourant la pointe méridionale de la Péninsule et que les Anglais revendiquent, c'est seuls qu'ils entendent faire respecter la loi. Car, tout l'objet de la discorde réside bien ici, alors que les deux camps se refusent à entrer ouvertement en conflit.
Pour l'Espagne, la Grande-Bretagne n'a d'autorité que sur terre, dans quelques ports. Résultat, une véritable bataille navale est en cours.
Un peu plus tôt, le 23 avril, ce sont des policiers de sa Majesté qui auraient tenté d'intercepter un bateau de la Garde civile espagnole, occupé à interpeler des trafiquants de drogue présumés. Au large, insultes et menaces ont fleuri. L'Association unifiée des gardes civiles (AUGC) signale également une collision entre les deux vaisseaux.

"Respecter les règles du jeu"
En plein "Printemps arabe" et avec le flot de clandestins que ces révolutions déversent sur l'île italienne de Lampedusa notamment, les tensions sont de plus en plus palpables. Il faut dire que le Maroc n'est qu'à 13 km du Rocher.
La solution qui garantirait la sécurité ? Pour Peter Caruana, le ministre principal de Gibraltar, il faut "une juridiction commune". Lors d'un forum sur le tourisme local, l'élu a également appelé l'Espagne à "respecter les règles du jeu". Faute de quoi, il pourrait porter l'affaire devant les tribunaux internationaux. En 2007 déjà, c'est la responsabilité de la marée noire provoquée par le naufrage du New Flame que chacun s'est rejetée. Lancer de dés. A qui le tour ?

Mathilde BAZIN (www.lepetitjournal.com ? Espagne) lundi 10 mai 2011

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