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Rencontre trilatérale entre le Portugal, la France et l’Espagne

Par Sylvie Ferreira et Custódia Domingues | Publié le 16/07/2019 à 03:02 | Mis à jour le 16/07/2019 à 12:33
Photo : De gauche à droite: Amélie de Montchalin, Ana Paula Zacarias et Luis Marco Aguiriano.
Amélie de Montchalin Ana Paula Zacarias Luis Marco Aguiriano

La secrétaire d’Etat française chargée des Affaires européennes auprès du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, Amélie de Montchalin, s’est déplacée à Lisbonne ce 11 juillet à la suite de l’invitation de la secrétaire d’Etat portugaise chargée des Affaires européennes auprès du ministre des Affaires étrangères, Ana Paula Zacarias, qui a aussi invité son homologue espagnol, Luis Marco Aguiriano à être présent dans le cadre d’une réunion trilatérale entre les trois pays. Il s’agissait pour les responsables politiques d’échanger sur les priorités communes et de préparer les prochaines échéances européennes ainsi que le Conseil des Affaires générales, qui aura lieu le 18 juillet, à Bruxelles. À l’issue de cette séance de travail, les trois dirigeants politiques ont signé une déclaration commune sur les grands points qui les ont réunis à Lisbonne.


Une Europe unie et solidaire

Lors de cette rencontre, les trois secrétaires d’Etat ont parlé d’une même voix : “construire une Europe qui soit plus sociale, plus progressiste et plus unie malgré le fait que nous soyons issus de familles politiques différentes” ont-ils déclaré.
Construire une Europe unie et compétitive faite de liberté, de protection et de progrès” a déclaré la Secrétaire d’Etat française. Elle a rajouté que “la France pour l’Europe a deux ambitions : proposer et rassembler. Mais, pour ce faire, il faut se focaliser sur les moyens d’y parvenir, nous ne devons plus faire de promesses mais voir des résultats”.

La secrétaire d’Etat portugaise a mis en évidence “l’importance de travailler ensemble”. Luis Marco Aguiriano, son homologue espagnol, a souligné combien tous les trois partagent les mêmes points de vue grâce aux “liens historiques, politiques et géographiques entre les trois pays et sont conscients de leur responsabilité”. Il rajoute : “l’Europe devra favoriser ses valeurs de solidarité dans tous les domaines, en particulier économique et social, pour le bien des citoyens”.


L’urgence climatique

Un des points abordés lors de cette réunion trilatérale a été celui du climat. Le secrétaire d’Etat espagnol a notamment pointé l’urgence de la situation : “Il est nécessaire d’agir rapidement. Il faut inverser la tendance pour la prochaine génération, qui sera confrontée à plus de difficultés”. Ana Paula Zacarias explique à son tour que “l’Europe doit être à l’avant-garde de la lutte contre le changement climatique”. Un combat, annoncé par Amélie de Montchalin, qui se traduira sur le terrain par “une stratégie de long terme ambitieuse permettant de parvenir à la neutralité carbone en 2050”.

 

La question du budget européen

Les aspects liés au financement du budget européen ont été évoqués au cours de cette réunion. Ana Paula Zacarias a, en particulier, expliqué que le Portugal, la France et l´Espagne défendent "l’approfondissement de l’Union économique et monétaire, à travers l’achèvement de l’union bancaire et de l’instrument budgétaire pour la zone euro”. Elle rajoute que “le prochain budget européen doit refléter les priorités définies dans l’agenda stratégique, traduire les objectifs politiques en matière environnementale et de convergence sociale notamment, et refléter les valeurs communes”.
 

Le Secrétaire d’Etat espagnol a lui aussi indiqué que le prochain budget européen “devra en particulier respecter un équilibre entre les nouvelles priorités et les politiques traditionnelles, parmi lesquelles la politique de cohésion, et la politique agricole commune dont nous demandons la stabilisation à son niveau UE-27 actuel”. Amélie de Montchalin a souligné qu’elle-même et ses deux homologues organiseront “à l’automne prochain et avec les différentes parties prenantes, une conférence dont l’objectif sera de rappeler la nécessité de moyens suffisants et de politiques adaptées aux spécificités de ces régions, comme prévu par les Traités”.


Les régions ultrapériphériques

Les trois responsables politiques soulignent combien le projet européen doit s’appliquer dans les différentes régions ultrapériphériques. Luis Marco Aguiriano affirme que “l’Europe doit créer une politique responsable et solidaire pour les régions périphériques”. Une importance que souligne Ana Paula Zacarias, qui dit “prendre pleinement en compte les spécificités des régions ultrapériphériques, auxquelles nos trois pays sont fortement attachées”. Pour Amélie de Montchalin, il est également essentiel que “la politique européenne se déploie dans tous les territoires”. Elle souhaite que les ministres en charge des ces questions dans les trois pays “puissent se réunir sur ce sujet car il s’agit d’un enjeu budgétaire et un enjeu de vision du monde”.


L’immigration

La question migratoire, qui est une actualité brûlante, a également été abordée. Selon Luis Marco Aguiriano, c’est là un sujet “sensible car les trois pays ne sont pas dans la même situation géographique”. La secrétaire d’Etat française défend l’idée de se focaliser sur deux aspects du projet Schengen : “l’Europe de liberté et de protection que nous souhaitons suppose de consolider le fonctionnement de l’espace Schengen”. Elle évoque également la réforme sur le droit d’asile et affirme qu’il “faut aller plus loin”. Ana Paula Zacarias précise, pour ce qui concerne le point de vue portugais, que “nous devons également réformer le système d’asile européen en le refondant autour d’un juste équilibre entre les obligations de responsabilité et de solidarité”.

 

Le continent africain

Les trois responsables politiques sont revenus sur le partenariat avec l’Afrique. Le secrétaire d’Etat pour l’Union Européenne espagnol, Luis Marco Aguiriano, est catégorique : “Il faut leur donner les moyens d’être autonome. Si nous ne les aidons pas, ils auront du mal à s’affirmer”. Il ajoute : “Il faut s’intéresser davantage au développement culturel, éducatif, entrepreneurial et au financement, et également que la jeunesse africaine puisse trouver dans chacun de ses pays respectifs, les moyens de mettre concrètement en oeuvre ses projets. L’Europe est là pour les soutenir”.

Un avis que partage Ana Paula Zacarias : “Il faut leur donner plus de force, et ce dans tous les domaines en perspective d’un futur meilleur”. Elle ajoute: “Beaucoup de pactes et de mesures ont été mis en place, avec les politiques de 2000 et de 2007” . Elle affirme que “l’Afrique sera une des priorités du président portugais en 2021”. Une question qui représente également “un enjeu très important pour Emmanuel Macron et pour Jean Yves Le Drian” a déclaré Amélie de Montchalin. Elle  précise qu’il “faut dépasser les discours et les partenariats politiques pour parvenir à développer ce que nous souhaitons, à savoir un développement dynamique, autonome et souverain de l’Afrique. Ces enjeux doivent nous inciter à nouer un vrai pacte d’avenir entre l’Europe et l’Afrique”.


La transition énergétique

L’énergie représente un des grands enjeux à venir pour l’Union européenne. Le secrétaire d’Etat espagnol, Luis Marco Aguiriano, affirme que “les trois nations sont engagées dans la mise en place de l’Union européenne de l’énergie et dans la transition énergétique”. Un intérêt justifié par Ana Paula Zacarias qui explique que “le rôle stratégique des interconnexions pourra améliorer le fonctionnement d’un marché intérieur de l’énergie sure, concurrentielle et propre”. Amélie de Montchalin ajoute que “le recours aux technologies les plus respectueuses de l’environnement et plus économes sera indispensable pour améliorer l’acceptabilité locale des infrastructures et satisfaire les critères coût-bénéfice”.

 

Préserver le patrimoine culturel européen

La culture est un enjeu essentiel et important pour les trois responsables politiques. Luis Marco Aguiriano a précisé qu’ils sont, ensemble, respectivement “attachés à la préservation du patrimoine européen, qui constitue une part de notre identité européenne”. La secrétaire d’Etat portugaise a affirmé que les trois pays souhaitent “développer les mécanismes européens permettant de mieux sauvegarder le patrimoine en péril”. Amélie de Montchalin a également fait part de la volonté commune des trois représentants d’assurer “le suivi de la réunion des ministres chargés de la Culture et des Affaires européennes qui a eu lieu le 3 mai 2019, à Paris”.

Les trois responsables politiques s’engagent à entretenir “un dialogue nourri, illustré par l’intensification récente des contacts à haut niveau” selon la secrétaire d’État française. Luis Marco Aguiriano déclare qu’ils s’engagent ensemble “à poursuivre et renforcer ce dialogue, en nous efforçant de conduire des actions coordonnées et de mener une concertation étroite”. La secrétaire d’Etat portugaise quant à elle rajoute que “nous sommes évidemment disposés à travailler avec tous les autres Etats membres qui partagent ces priorités”. 

 

Entretien exclusif avec la secrétaire d’Etat portugaise chargée des Affaires européennes auprès du ministre des Affaires étrangères, Ana Paula Zacarias.

La Secrétaire d’Etat a accepté de s’entretenir, en exclusivité, avec Lepetitjournal/Lisbonne sur les thèmes évoqués lors de la réunion trilatérale de ce 11 juillet.

L’heure était tout d’abord au constat. Ana Paula Zacarias s’est réjoui de “l’excellent état” des relations trilatérales tant au niveau économique que politique entre la France, l’Espagne et le Portugal. D’autres questions “d’intérêts communs au Conseil de l’Europe” ont été abordées telles que le cadre financier de l’Europe, les aspects sociaux, l’agenda politique européen dit-elle, avant d'ajouter: “ces aspects nous unissent à la politique française même si nous sommes issus de familles politiques différentes. Il y a, à ce stade, une vision commune de progrès, d’une Europe sociale et d’une Europe progressiste qu’il est très important de défendre”.

Au sujet du budget européen, elle confirme avoir échangé sur les enjeux financiers qui se posent à l’Europe, avec son homologue française. Elle précise: “au Conseil européen en octobre, nous reviendrons sur cette question. Il convient de préciser que nos amis finlandais, qui ont la présidence, travaillent déjà pour faire la Negotiating Box”. Elle ajoute: “il faut que nous nous mettions d’accord sur comment utiliser cet argent de l’Union européenne pour les trois grandes priorités qui sont l'agriculture, la politique de cohésion et les nouvelles politiques telles que l’immigration, le digital, la science et la technologie qui ont besoin d’argent”.

Les aspects culturels ont eux aussi été évoqués et Ana Paula Zacarias confirme que “le Portugal souhaite organiser des événements culturels croisés avec la France, fin 2021, début 2022”.
À ce propos, elle ajoute que les questions de l’enseignement du portugais en France et du français au Portugal sont aussi à l’ordre du jour. Elle constate au niveau de l’enseignement du français au Portugal que “plusieurs écoles commencent à être certifié par les autorités françaises comme étant bilingues, avec du portugais” et précise qu’il y a actuellement “un système spécifique et exemplaire en France qui fonctionne, à titre expérimental, en Guyane, à Paris et dans le Val-de-Seine”. Interrogée sur la spécificité de ces écoles, elle a répondu que "l’enseignement de la langue portugaise serait enseigné en priorité dans ces établissements. L’objectif étant d’offrir la possibilité aux élèves d’apprendre le portugais et pouvoir le maîtriser dans un cadre professionnel. Il s’agit d’apprendre le portugais mais en tant que langue de spécialité, dans un but professionnel spécifique”.

 

Entretien avec la secrétaire d’Etat française chargée des Affaires européennes  auprès du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, Amélie de Montchalin.

La secrétaire d’Etat française s’est déplacée à Lisbonne, ce 11 juillet, dans le cadre d’une réunion trilatérale, entre la France, le Portugal et l’Espagne, dans le but d’échanger sur les priorités communes et de préparer les prochaines échéances européennes. Ce fut pour elle également, l’occasion de rencontrer des Français installés à Lisbonne et “des Portugais qui sont proches de la France parce qu’ils y ont des origines familiales et sont binationaux” dit-elle. Elle était accompagnée, lors de ces déplacements, par Florence Mangin, ambassadrice de la France au Portugal.

Amélie de Montchalin a accepté de donner, en exclusivité au Lepetitjournal Lisbonne, ses impressions sur ces rencontres avec la communauté.

Elle a ainsi pu, selon ses propos, “échanger sur les projets d’entreprise et même les projets culturels et de vie d’un certain nombre de  Français et binationaux installés  à Lisbonne”. Elle ajoute : “C’est toujours enrichissant de voir qu’au fond l’Europe grandit par des vies individuelles, que l’Europe se fait par des personnes qui à un moment donné de leur vie changent de pays, créent une entreprise et embauchent des gens qui ne sont pas de la même nationalité qu’eux”. Elle précise:  “Au cours de ces échanges, plusieurs questions concrètes et demandes ont été évoquées, notamment sur le financement des entreprises en Europe, sur l’ambition climatique et environnementale afin de s’assurer que les normes sont bien les mêmes dans les différents pays. Des demandes aussi sur l’apprentissage du français au Portugal et l’apprentissage du portugais en France”.

Une matinée productive, avec des rencontres “très enrichissantes” dit-elle. Elle ajoute:  “C’est toujours passionnant de voir qu’au fond l’Europe se construit beaucoup plus vite par la vie quotidienne de ses Européens qui croient en l’Europe, que parfois par nos discours et nos politiques publiques”. Elle souligne que “les citoyens sont aussi parfois très exigeants. Ils ont beaucoup de demandes pour que l’Europe marche encore mieux. C’est mon rôle d’être entièrement connectée aux besoins car c’est la meilleure garantie pour ensuite avoir des résultats”.

La Secrétaire d'Etat a également souligné combien l’économie portugaise va mieux:  “C’est stimulant de voir le dynamisme portugais après la crise économique. Il y a un rebond, l’innovation, la capacité, aussi, collective à innover, à travailler ensemble et à exporter. Beaucoup de bonnes idées sont là”.

 

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