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Rencontre avec Alice Desert, artiste peintre

Par Lucie Etchebers-Sola | Publié le 13/12/2018 à 00:55 | Mis à jour le 13/12/2018 à 01:08
Photo : ©Lucie Etchebers
Alice

Alice Desert semble un peu chez elle partout. Elle a grandi à Aix en Provence, travaillé et étudié à Paris puis à Perugia en Italie. Elle a voyagé dans toute l’Afrique du Nord avec ses trois frères et ses parents et exploré le continent nord américain de long en large. D’ailleurs elle en revient ! Après une décennie passée à San Francisco en Californie, elle s’est établie au Portugal avec sa famille il y a juste un an. Elle nous reçoit chez elle, à Caxias, où elle a installé son atelier.  Entre ses sculptures, ses peintures et son goût immodéré pour l’expérimentation, cette artiste française nous raconte comment elle en est arrivée là.
 

Lepetitjournal.com : Quel est votre parcours, avez-vous toujours été artiste peintre ?

Alice Desert : L’art a toujours été dans ma vie. J’ai commencé par la photographie très jeune et j’ai toujours dessiné et peint, mais je n’ai pas toujours vécu de ça, ni consacré tout mon temps à l’art comme c’est le cas aujourd’hui. J’ai fait des études de communication à Paris, puis j’ai travaillé dix ans comme directrice de clientèle chez Decléor et Carita. Un jour, j’ai décidé de changer de vie. J’avais 30 ans et j’étais enceinte de mon fils, mon deuxième enfant. J’en avais marre de ma chef, d’arriver la dernière à la crèche pour récupérer ma fille, et je n’avais pas envie d’être cette « super woman » qui travaille, élève ses enfants, s’occupe de la maison avec un mari qui voyage tout le temps… J’ai décidé de prendre un congé parental de 3 ans et je me suis inscrite aux Beaux-Arts de Versailles. C’est là que les choses sérieuses ont commencé.

 

Alice DesertComment en êtes vous venue à la peinture ?

Mes débuts dans la peinture ont été compliqués, j’ai mis du temps à trouver mon style en tant que peintre. Je n’ai jamais aimé l’académisme des écoles d’art, et j’étais toujours en décalage avec ce qu’on me demandait de faire. Par exemple j’ai pris des cours de reproduction de tableaux, ce n’était pas du tout mon  état d´esprit, moi je voulais tout réinventer ! Ensuite pendant deux ans j’ai pris des cours de dessin aux Beaux-arts de Montmartre, c’était du dessin d’après statue et c’était pareil… mes professeurs me poussaient à être plus réaliste alors que je voulais m’éloigner de ça. Et puis un jour je suis partie en Italie pour suivre un cours de dessin à l’Atelier Etrusque pendant six mois. Mon professeur m’a poussé vers la peinture et surtout vers la couleur. Ça a été une révélation pour moi.
 
Après l’Italie je suis rentrée à Paris et j’ai trouvé l’atelier de la Villa Bastille. Le peintre aquarelliste Patrick Fouilhoux a accepté de me donner des cours de peinture en échange d’un site web que je lui faisais. Il m’a vraiment poussé à créer mes propres tableaux, à trouver mon style et enfin à m’éloigner de la reproduction. Il avait beaucoup de tact et surtout il était très attaché à la satisfaction personnelle de ses élèves. C’est encore quelque chose qui me porte aujourd’hui. J’ai moi même été professeure d’art plastique à San Francisco, au lycée Français, puis au collège et c’est quelque chose que j’ai essayé de transmettre à mon tour : l’envie de bien faire et d’être content de soi.

 
Justement, vous avez vécu dix ans au Etats-Unis, qu’est-ce que ces années ont apporté à vosAlice Desertpratiques artistiques ?

De l’assurance, de l’ouverture d’esprit, les gens sont très positifs et dynamiques là-bas, j’ai expérimenté plein de choses. Le surf est très populaire à San Francisco et c’est très à la mode de décorer soi même ses planches et de les faire « époxyser ». Il se trouve que j’ai fait beaucoup de voile plus jeune et j’aime beaucoup la mer, alors j’ai commencé à récupérer des planches abîmées et je me suis lancée dans la technique de l’époxy. C’est très fastidieux, c’est une matière capricieuse, cireuse, mais cela fait beaucoup ressortir les couleurs et j’ai eu envie de l’utiliser sur mes tableaux. J’ai mis beaucoup de temps avant de l’utiliser correctement et d’obtenir ce que je voulais. Il faut poncer entre chaque couche et passer sous l’eau chaude… les gens étaient horrifiés quand je mettais mes tableaux sous l’eau ! Mais ça a marché et j’aime beaucoup cette technique. Vivre aux Etats-Unis pendant dix ans m’a aussi fait découvrir de nombreux peintres américains que j’aime beaucoup et qui influencent toujours mon travail, comme Joan Mitchell, Jasper Johns ou David Hockney
 

Vous avez beaucoup de styles différents !

Oui, c’est important pour moi d’expérimenter, d’aller vers des choses nouvelles, même si j’essaie aussi de me perfectionner dans ma discipline de prédilection qui est la peinture abstraite. J’aime chercher, ça fait partie de ma démarche et c’est ce qui m’anime entant qu’artiste. Je sculpte l’argile, j’ai commencé récemment à apprendre la technique de peinture sur azulejos, c’est très figuratif, ce n’est pas ma spécialité mais je sors de ma zone de confort et cela m’intéresse. J’ai mes périodes…  Aujourd’hui je suis à un moment de ma carrière ou je crois que j’ai trouvé un style qui me correspond bien, harmonieux et coloré, il plait et j’y prends beaucoup de plaisir, mais je sais que ça ne m’empêchera pas de faire des choses complètement différentes à côté… Les galeries d’art n’aiment pas trop les artistes qui font des choses trop différentes les unes des autres, ils proposent même souvent de prendre des pseudonymes différents pour chaque style ou chaque pratique… ce n’est pas ma vision des choses. Je vis à Lisbonne depuis un an, j’aimerais bien trouver une galerie ici qui puisse exposer mes sculptures comme mes peintures. Pour moi l’art est chaud, il appartient à la vraie vie, et les galeries d’art sont souvent froides. Je préfère imaginer mes tableaux dans un salon...

Alice Desert


 
En savoir plus : www.alicedesert.com

(Photos :Lucie Etchebers)

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