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Picasso, le peintre abandonné

Par Fernando Couto e Santos | Publié le 30/05/2019 à 00:11 | Mis à jour le 30/05/2019 à 00:23
Picasso, Le Peintre abandonné

Mêlant réalité et fiction, Dominique Fernandez, féru de peinture, nous raconte dans son dernier roman Le peintre abandonné un épisode méconnu de la vie de Pablo Picasso, un des plus grands artistes plasticiens du vingtième siècle.     

 

Dominique Fernandez

Entre Dominique Fernandez –qui fêtera bientôt son quatre-vingt-dixième anniversaire (il est né le 25 août 1929)- et tout ce qui touche à l´art c´est l´amour. Ce remarquable écrivain est, on le sait, fils de Ramon Fernandez, brillant critique de l´entre-deux guerres, égaré dans la collaboration, dont il s´est évertué à racheter la mémoire dans le magnifique Ramon, paru en 2009. Si l´Italie et la Russie sont les deux grandes passions de Dominique Fernandez, sa culture cosmopolite et enjouée lui permet de pondre des fictions et des essais sur les sujets et les personnages les plus divers.
Les éditions Grasset viennent de publier son plus récent opus intitulé Le peintre abandonné. Ce peintre n´est autre que Pablo Picasso, un des plus grands artistes plasticiens du vingtième siècle.

 

Pablo Picasso

Né à Malaga (Espagne) le 25 octobre 1881, Pablo Picasso –de son nom complet Pablo Diego José Francisco de Paula Juan Nepomuceno María de los Remedios Cipriano de la Santísima Trinidad Ruiz y Picasso- a passé la majeure partie de sa vie en France, le pays qui, à vrai dire, l´a rendu célèbre. Proche des surréalistes, fondateur, avec Georges Braque, du cubisme, il a produit des milliers d´œuvres artistiques dont des tableaux bien sûr, mais aussi des sculptures, des céramiques, des dessins, des gravures, des lithographies, parmi tant d´autres travaux. De son tableau Guernica (1937), inspiré par les horreurs de la Guerre Civile d´Espagne, il aurait dit : "Cette peinture n´est pas faite pour décorer les appartements. C´est un instrument de guerre, offensif et défensif contre l´ennemi". Pablo Picasso est décédé, à l´âge de 91 ans, le 8 avril 1973 à Mougins (Alpes -Maritimes, France), à peu près deux ans et demi avant la mort du dictateur Francisco Franco et du retour de la démocratie en Espagne.

 

Le peintre abandonné

Ce roman de Dominique Fernandez, mêlant réalité et fiction, nous conte un épisode méconnu de la vie de Picasso où le peintre, vers les années cinquante, se réfugie à Perpignan chez ses amis Paul et Aimée et où l´on voit défiler toute une société "attachante et théâtrale" : outre Aimée, la narratrice et Paul, il y a Totote, une amie ; l´oncle Alphonse, critique d´art, Paulo, un des enfants de Picasso, Javier, un gitan, et une mystérieuse jeune fille qui semble hésiter entre plusieurs rôles. Après des semaines d´abandon, sans pinceaux, sans toile et sans enthousiasme, il demande des couleurs et se met au travail.

Si Picasso a vécu le plus clair de son temps en France, l´Espagne n´a jamais cessé de l´habiter. L´Espagne du feu, du sang, de la fureur, de la passion pour les corridas. Et, parmi cette immense dose d´espagnolisme, le sentiment, le sexe, les femmes. Fernande, Eva, Olga, Marie-Thérèse, Dora, Françoise, Jacqueline et tant d´autres ont peuplé la vie d´un homme pour lequel l´activité sexuelle n´était qu´un stimulant à peindre.

Ce roman fourmille d´anecdotes, d´épisodes plus ou moins cocasses voire grotesques, un tant soit peu joyeux, un tant soit peu sombres, sur ce séjour de Picasso à Perpignan, sur ses humeurs mais aussi sur les souvenirs de la vie d´un peintre atypique.

Lors d´une excursion avec ses amis à Collioure (la ville où est mort, en exil, le grand poète espagnol Antonio Machado), ils ont traversé clandestinement la frontière par le sentier dit Lister, du nom du commandant qui avait réussi à emmener en France et mettre en lieu sûr, à la fin de la guerre civile, une brigade de combattants républicains. Assis sous un arbre, Picasso a évoqué un Juif allemand, écrivain et philosophe, qui avait fui Berlin pour Paris en 1933, puis gagné Marseille en juin 1940, après l´invasion de la France par les troupes hitlériennes, où il a pu décrocher un visa pour les États-Unis. Ayant cru trouver le salut en Espagne -où les autorités fermaient un œil devant le passage des exilés apatrides-, pour ensuite atteindre Lisbonne et y embarquer vers les États-Unis, il a fini par se donner la mort après avoir lu dans un journal à Portbou que le jour même, sous pression des autorités allemandes, la loi espagnole avait changé et les étrangers arrivés illégalement devaient être reconduits en France. Ce Juif allemand, écrivain et philosophe, n´était autre que Walter Benjamin…

Très curieux est le chapitre sur la mort de Staline. Aragon a appelé Picasso pour lui demander un portrait du petit père des peuples pour le premier numéro des Lettres Françaises après la mort de celui-ci. Ceci a éveillé un doute chez Picasso : "Un artiste peut-il se mettre au service d´une cause ? Où finit l´art, où commence la propagande ?" La chose se compliquait encore de deux circonstances : il était entré au parti communiste sous l´influence d´Aragon, dont la demande était pour ainsi dire la conséquence normale de son adhésion ; et sa peinture, violemment attaquée en URSS, n´était défendue qu´assez mollement par le Parti». Picasso a introduit dans le dessin un trait d´humour en brossant le portrait d´un Staline jeune, aux yeux cruels et au sourire carnassier, à peine dissimulé sous une moustache ironique. Les communistes se sont sentis offensés et L´Humanité a publié un communiqué du Secrétariat du Parti désavouant la publication du dessin tout en affirmant qu´il s´agissait d´une précipitation et que le peintre saurait retrouver l´inspiration…

L´inspiration que Picasso ne retrouvait quasiment jamais chez les Italiens. La peinture italienne, sauf deux ou trois noms, ne trouvait pas particulièrement grâce à ses yeux, pas plus que le peuple italien qu´il prenait «pour des lavettes qui obéissent au premier claquement des doigts». À ce titre, il est particulièrement délicieux le dialogue entre Picasso et un prestigieux historien d´art italien invité à Perpignan.

De cet épisode de la vie de ce génie de la peinture, il se trouve un tableau au musée Picasso de Paris. Un épisode que Dominique Fernandez nous raconte avec une verve qui ne tient qu´à lui.   

Dominique Fernandez, Le peintre abandonné, éditions Grasset, Paris, février 2019.    
 

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Maria Sobral

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