Dimanche 25 février 2018
Lisbonne
Lisbonne
  Ne manquez plus les
dernières nouvelles
S'abonner

Mirages : Quand la danse ressuscite Baudelaire

Par Nathan Hallegot | Publié le 30/01/2018 à 00:04 | Mis à jour le 30/01/2018 à 00:14
Magalie Lanriot et Mathilde Gilhet

La première édition de la Nuit des idées à Lisbonne a eu lieu le 25 janvier 2018. Parmi les intervenants, deux danseuses françaises, Magalie Lanriot et Mathilde Gilhet qui se sont produites à la fondation Calouste Gulbenkian. Elles y ont présenté Mirages, une ode aux âmes perdues. Une chorégraphie en extérieur de vingt minutes, pleine de poésie, d’émotion; et menée de front par deux danseuses de haut niveau. Nous avons assisté aux ultimes répétitions.

 

Une histoire d’amitié

Arrivées il y a sept ans à Lisbonne, Magalie et Mathilde se rencontrent dans un concours afin d’intégrer une compagnie nationale pour laquelle elles auditionnent. Toutes deux ont quitté la France après avoir beaucoup voyagé à travers le monde et ont choisi le Portugal : "On est venues pour participer à cette audition sans savoir vraiment ce qui se passerait ensuite. Un peu par hasard. Et finalement on est encore là, sept ans après" (rires). Finalement c’est Mathilde qui obtiendra le job.

Très vite, elles se lient d’amitié. Se mettent en colocation. Elles traversent beaucoup de moments intenses. En repensant à ces moments, Mathilde qui s’échauffe avant de répéter confie : "Magalie ici, c’est un peu ma maman". Au Portugal, les opportunités s’offrent aux jeunes femmes à mesure que leur intégration devient évidente. "Le plus difficile c’est au début, quand tu ne connais personne, que tu ne parles pas un seul mot de portugais. Et puis, étant donné qu’il n’y a pas assez d’argent, il y a très peu de place pour la danse" regrette Mathilde.

Début décembre 2017, les deux jeunes femmes sont contactées pour intervenir lors de la première édition de la Nuit des idées. En dépit de leur longue amitié, c’est la première fois qu’elles vont danser ensemble : "Comme ça, la boucle est bouclée" songe Mathilde qui devrait obtenir son visa de travail pour les États-Unis dans quelques semaines.

Magalie Lanriot et Mathilde Gilhet
Photos : Magalie Lanriot et Mathilde Gilhet

Entre poésie et fantastique

Pendant les vacances de Noël, Magalie rentre en France, en Bretagne et se balade dans la forêt de Brocéliande. Les feuilles mortes et l’ambiance mystique du lieu lui donne l’idée d’une chorégraphie en lien avec les éléments. Mais pas seulement. Dans l’AirBnb qu’elle a loué, elle trouve aussi de vieux livres de contes pour enfants dont elle s’inspire pour la scénographie. Ainsi, une fois la nuit tombée, les projecteurs s’allument sur une scène extérieure qui pourrait sortir de l’imaginaire des frères Grimm.

La chorégraphie se divise en plusieurs temps, identifiables par le rythme de la musique, les moments en solo et les moments en duo. "Vu que c’est la Nuit des idées, on veut laisser une grande liberté d’interprétation aux spectateurs" glisse Magalie avant de rajouter "En fait il faut imaginer deux personnes qui représentent le présent et le passé. Deux personnes qui s’aident mutuellement avec leurs problèmes propres. L’un des personnages n’arrive pas à avancer parce qu’il a un poids sur le dos qu’il n’arrive pas à définir alors que l’autre est une âme perdue qui erre parce qu’elle n’est pas partie".

L’histoire pourrait s’arrêter par cette interprétation cohérente et très parlante pour tout un chacun mais elle s’associe au poème Les Fenêtres de Baudelaire, issu du Spleen de Paris. La chorégraphie a lieu en extérieur dans un espace borné de larges baies vitrées. Magalie choisit d’interpréter la prose baudelairienne en recopiant le texte Fenêtres sur une vitre durant la représentation. Un moyen de le détourner tout en gardant les codes principaux du poète : une construction qui donne à voir par le biais d’un "tableau" ainsi qu’un art poétique qui ne veut pas se résigner à des codes classiques en les transcendant.   

Une adaptation moderne qui peut renvoyer aux "prisonniers du système" concède la chorégraphe. Même s’il existe une interprétation globale, elle n’est pas la seule, loin de là. En reprenant le thème de cette nuit des idées, L’imagination au pouvoir, Magalie veut avant tout que les spectateurs réfléchissent au moyen de leur imaginaire.

Magalie Lanriot et Mathilde Gilhet

Un futur prometteur

En dépit de leur jeune âge, les deux danseuses ont déjà un joli palmarès à leur actif. Tour à tour professeurs, chorégraphes, danseuses et même jurés dans des compétitions de danse, les deux comparses ont définitivement réussi à implanter leur french-touch au Portugal.

Magalie est multi-casquette et sa soif de transmission transparaît lorsqu’elle évoque ses métiers. Elle est en train d’importer au Portugal la danse verticale, ce nouveau langage chorégraphique qui implique le port d’un baudrier et de cordes ainsi que tous les éléments techniques que nécessite l’escalade. C’est à Lisbonne qu’elle s’initie à l’univers du cirque au sein d'Armazém 13 Circus Project. Elle y reçoit une formation basée sur la danse aérienne.

En 2011, Magalie crée sa propre compagnie, L'Envers du Pied, participe à plusieurs festivals comme Les Rencontres de la Danse Aérienne à La Baule, France (2012, 2013), le Festival de Malaposta au Portugal (2011), Festival Ficadance Évora, Portugal (2011), ou encore le Festival du Centre des Arts Aériens de Santa Barbara aux États-Unis (2014). Elle travaille aussi en association avec plusieurs studios de formation et de recherche en danse aérienne et contemporaine au Portugal.

Pour en savoir plus : https://www.behance.net/mlanriot1410

Mathilde, quant à elle est en passe de s’envoler vers le continent américain où elle a signé un contrat avec la compagnie  Flux+Flow Dance Project. Le but de cette compagnie qui se situe à Colombus dans l’Ohio où exercent déjà une part importante de danseurs est de "faire un pont entre la danse européenne et la danse américaine" admet-t-elle.  

 

0 CommentairesRéagir

Actualités

Pollution du Tage : le problème persiste

Le Tage est mourant. La pollution s’accumule le long du fleuve de la Péninsule Ibérique et en particulier du côté portugais. Les industries sont mises en cause et une enquête est en cours au Portugal.

Vivre à Lisbonne

PUBLIREPORTAGE

Immobilier touristique 2018 : réveil difficile pour les investisseurs

Le régime simplifié d’imposition au Portugal vient de se durcir en ce début d’année 2018 ayant des conséquences sur la fiscalité de l’activité de location touristique (alojamento local).